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Petit traité d'anti-écologie (à l'usage des lecteurs méchants) : le Fluffy massacreur
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Bonnes feuilles

Petit traité d'anti-écologie (à l'usage des lecteurs méchants) : le Fluffy massacreur

Vous aimez les plantes et les petites bêtes, à condition d'avoir la bonne sauce. Vous adorez les éoliennes lorsqu’elles sont installées chez votre lointain cousin. Vous prenez votre vélo pour aller travailler et, avec l’habitude, il ne vous faut plus que deux minutes pour le rentrer dans le coffre de votre voiture diesel. Vous appréciez tendrement le tri de vos déchets qui permet de multiplier l’emploi de gros camions poubelles consommant 70 l/100 km pour chaque nouveau type de poubelles. Vous apprécierez donc ce petit traité d’anti-écologie, qui réconciliera enfin vos observations personnelles avec le discours catastrophile des écologistes politiques. Extrait de "Petit traité d'anti-écologie", de H16, publié aux Editions Les Belles Lettres (1/2).

Hash H16

Hash H16

H16 tient le blog Hashtable.

Il tient à son anonymat. Tout juste sait-on, qu'à 37 ans, cet informaticien à l'humour acerbe habite en Belgique et travaille pour "une grosse boutique qui produit, gère et manipule beaucoup, beaucoup de documents".

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L’enfer est pavé de bonnes intentions. L’enfer que nous pavent les Fluffies est l’un des pires : il s’agit d’un pandémonium jonché des restes de millions d’êtres humains sacrifiés sur l’autel d’une cause idiote.

Alors même que, déjà, des millions sont morts à la suite d’autres idéologies nauséabondes, les victimes des Fluffies sont mortes à cause d’idéologies non pas nauséabondes, mais simplement stupides, enduites d’un caramel sirupeux épais, surdosées en moraline, et totalement opaque au bon sens..

Dans ces idéologies idiotes mais massacrantes, on trouve la version dévoyée de l’écologie. Je ne parle pas ici de cette écologie au sens propre du terme, c’est-àdire la science qui étudie le milieu, et les interactions des différents êtres vivants dans ces milieux. Non, je parle du mouvement mondial lobbyiste qui vise à promouvoir l’idée que l’homme est par essence nuisible à la nature, qu’il s’en serait extrait pour en profiter unilatéralement, et que son apport sur terre serait au mieux nul, au pire infiniment négatif. Je parle aussi de sa dérive naturelle, toujours ultra-politisée, qui promeut l’interventionnisme individuel, de groupe, de masse et d’État et prétend aider la nature en entravant l’homme dans un salmigondis de contraintes toutes plus idiotes les unes que les autres, en vendant du catastrophisme facile et des visions apocalyptiques construites sur le mode Nostradamus’ Back With A Vengeance.

Évidemment, pour utiliser le concept d’« idéologie massacrante », il faut qu’il y ait un massacre. Pour le cas qui nous occupe ici, je parle effectivement d’une hécatombe. Je parle d’une bonne trentaine de millions de morts.

Comment en est-on arrivé là ? Le mécanisme est toujours le même (hélas) et produit (hélas) toujours le même résultat.

Phase I. Un produit est découvert, qui permet de résoudre de façon efficace un problème que se posait l’humanité depuis la nuit des temps. Ce problème peut être d’ordre énergétique, agricole, financier, technique, sanitaire – peu importe.

Phase II. Le produit, de surcroît, est facile à produire, à extraire, à utiliser ou à consommer. Il peut l’être par tous sans grandes difficultés et amène très vite des résultats spectaculaires ; les effets sur la société humaine sont palpables. Comme il est produit/vendu à grande échelle, il génère un cash-flow et une marge importante pour son/ses inventeurs/exploitants/ producteurs/vendeurs.

Phase III. Un groupuscule s’offusque de ces marges, principalement parce qu’il n’en bénéficie pas directement (le millionnaire râle moins, en général, au sujet de la source de ses millions). Comme le produit en question permet de résoudre un problème, le groupuscule estime donc que certains s’enrichissent sur le malheur des autres.

Un glissement sémantique s’est déjà opéré. Il ne fera que s’accentuer. Le groupuscule va donc, consciemment ou non, étudier tous les effets pervers ou supposés pervers que l’introduction de la nouveauté aura déclenchés.

En général, il n’est pas trop dur d’en trouver : puisqu’avant, on avait une situation misérable mais stable, la nouvelle situation, même si elle est objectivement meilleure, apporte au moins un inconvénient : elle est instable puisque produit des changements importants dans les sociétés humaines concernées. Tout changement est potentiellement dangereux. Le groupuscule, aidé de quelques médiateurs complices, n’aura pas de mal à effectuer le glissement sémantique suivant : tout changement est dangereux (et pouf, le potentiellement est placé en orbite, in a galaxy far, far away).

Phase IV. L’attaque en règle peut avoir lieu. Elle fera feu de tout bois. Toutes les publications, scientifiques ou non, tous les témoignages, vérifiables ou non, viendront corroborer la thèse que le changement introduit n’est pas bon et qu’il faut vite, vite, revenir en arrière, trouver une alternative, faire intervenir l’État, changer la donne !

Pour cela, on aura tôt fait de mettre en exergue tous les rapports alarmistes :– la mort de centaines d’espèces animales pourra y jouer un rôle important ; – si le sort tout entier de l’humanité est en jeu, on y inclura la possibilité d’un Armageddon long, pénible, et pas trop loin dans le futur (mais pas trop proche, histoire que le temps puisse passer si jamais on se trompe) ; – on prouvera que l’apport de la nouvelle technologie, finalement, est au mieux globalement neutre, au pire néfaste pour la nature, l’humanité et toutes ces petites choses auxquelles chacun(e) se doit d’être très attaché, autant que, par exemple le caramel raté au fond de la casserole, ou le plongeur à ses semelles de béton.

Ce schéma se retrouve, avec de subtiles variantes, pour les OGM, le réchauffement climatique, et, notamment, le DDT. Ce composé chimique permet de façon assez simple de débarrasser l’humanité d’une plaie qu’elle trimbale lourdement depuis des milliers d’années : la malaria.

Dans la seule Afrique subsaharienne, la malaria détruit 70 % plus d’années de vie que tous les cancers dans tous les pays développés réunis.

Des chercheurs de l’OMS ont décrit la pulvérisation d’intérieur au DDT comme la façon la plus efficace et la plus facile de lutter à grande échelle contre la malaria. Le DDT est souvent l’insecticide de choix parce qu’il est à la fois bon marché et efficace. Mais voilà. Comme noté, il est à la fois bon marché et efficace. Et cela, c’est une faute de goût pour le Fluffy.

Car s’il est bon marché, un ou plusieurs industriels vont pouvoir le vendre facilement, faire une marge, et s’enrichir. S’il est bon marché, il va être massivement utilisé, et va obligatoirement provoquer des changements, qui, pour le Fluffy, seront obligatoirement néfastes (souvenez- vous du glissement sémantique : tout changement est néfaste, point).

Le DDT doit donc être mauvais.

Or, dans les années 1940, beaucoup de gens ont été délibérément exposés à des concentrations élevées de DDT par les programmes de saupoudrage ou l’imprégnation des vêtements, sans aucun effet sanitaire apparent. Comme le souligne The Lancet :

Il y a probablement peu d’autres produits chimiques qui ont été étudiés aussi profondément que le DDT, expérimentalement ou sur l’être humain. Il est rapidement apparu clairement que la toxicité cutanée du DDT sec était très basse, mais même la toxicité par ingestion dépendait de la composition du régime. L’ingestion du DDT, même répétée, par des volontaires ou des personnes tentant de se suicider, a indiqué une basse létalité.

Flûte : le DDT sert l’humain et ne lui est pas dangereux. Oui, mais alors, il est forcément dangereux pour… la nature ! Vlan. Et comme par hasard, on va trouver une étude pour appuyer ce point de vue, qui prouverait, par exemple, que le DDT fragilise les coquilles d’oeuf ! Rendez-vous compte ! Ça va tuer des oiseaux !

Et là, miracle, tout le monde va marcher. Depuis le milieu des années 1970, le DDT est donc interdit. Et depuis ces années, plus d’un million de personnes (principalement des femmes et des enfants) seront donc mortes tous les ans parce que, potentiellement, le DDT tend à réduire l’épaisseur des coquilles d’oeufs.

Mais que valent trente millions d’humains face à une (ou plusieurs) espèce de volatiles en péril ?

Le Fluffy a fait son choix : un coin-coin vaut mille humains. Attention cependant : ce seront les mille humains qu’on trouvera loin de chez nous, loin du coeur, loin des yeux. Le Fluffy, je vous le rappelle, est sensible.

Las.

Au final, la thèse sur les coquilles d’oeufs, je vous en passe les détails, mais elle n’était pas tout à fait aussi simple : le DDT et ses métabolites (DDD et DDE) n’entraînent pas d’amincissement des coquilles d’oeufs, même à des taux plusieurs centaines de fois supérieurs que ceux expérimentés par des oiseaux sauvages 2. Et, là, le Fluffy massacreur est démasqué. Et ses mains sont couvertes du sang de trente millions de personnes à cause… d’une étude mal boutiquée, d’un a priori faux et d’une idéologie biaisée qui place les petits oiseaux avant les humains. Et ce sont ces mêmes Fluffies qui viennent vous demander, ensuite, de voter pour eux, de respecter le protocole de Kyoto, de ne pas manger d’OGM, de ne plus utiliser votre voiture, de décroître, de vous soumettre.

Ça laisse songeur.

Extrait de "Petit traité d'anti-écologie", de H16, publié aux Editions Les Belles Lettres, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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