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©JACQUES DEMARTHON / AFP

#BalanceTonPère

Pères et maris dangereux ? Quand Alice Coffin oublie opportunément les guerres judiciaires sans fondements menées par des mères sans scrupules

Julia Courvoisier, avocate au Barreau de Paris, revient sur la polémique liée aux propos d'Alice Coffin sur les "maris" et sur les violences conjugales. Si la liberté d’expression est un droit fondamental, il existe des limites nécessaires : l’incitation à la haine et l’injure.

Julia  Courvoisier

Julia Courvoisier

Julia Courvoisier est avocate pénaliste au Barreau de Paris. 

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« La référence paternelle : est ce que l'on peut arrêter avec ça deux minutes. Pourquoi il faut absolument une référence paternelle ? Vous voulez faire sortir les études sur le rôle des pères dans le monde entier ? Ne pas avoir un mari ça m'expose plutôt à ne pas être violée, ne pas être tabassée, ne pas être tuée et ça évite que mes enfants le soient aussi ».

Voici un extrait des propos, tenus en 2018 et qui ressortent aujourd’hui, par Madame Alice COFFIN, élue municipale EELV à Paris, « lesbienne, féministe, activiste et journaliste » (comme elle se présente elle même), enseignante à l’institut catholique de Paris et à la Sorbonne.

Le 22 septembre 2019, cette même féministe expliquait que « se débarrasser de la figure du père est une des meilleures choses qui puisse arriver à l’humanité » (v. twitter).

Non contente de tenir de tels propos abjects, Madame COFFIN serait à l’origine du hashtag : #balancelepère. Après le « tous les hommes sont des porcs », nous avons droit à un « tous les pères sont des violeurs ».

En entendant ces mots, j’ai immédiatement pensé à Madame Gisèle Halimi et Madame Simone Veil, deux féministes engagées, qui ont tant fait pour les femmes, dans le respect de l’autre, dans la tolérance et l’intelligence. Dans un combat élégant et intellectuel qui a mené à de si belles victoires.. Jamais d’excès de langage outranciers, toujours de la hauteur, une élégance inégalée. Loin des débats de caniveau que nous subissons aujourd’hui.

Il n’était donc pas question pour moi, avocate, pénaliste, femme libre, engagée et indépendante, de laisser passer de tels mots, condamnables à double titre.

Condamnables d’abord pénalement car l’incitation à la haine et à la discrimination est sévèrement punie par l’article 24 de la loi de 1881 (un an de prison et 45.000 euros d’amende). Ce texte a d’ailleurs été modifié en 2017 pour y intégrer « l’incitation à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personne, à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre ». Cette modification est notamment intervenue grâce au travail des associations LGBT (dont fait partie Madame COFFIN). 

Cette dernière semble en outre ignorer, ce qui est navrant, que l’incitation à la haine en fonction du sexe ne vise pas uniquement les femmes. Que dire en effet de ces pères homosexuels, assimilés de facto à des criminels violeurs et tueurs d’enfants ? Ou alors ces propos ne viseraient-ils que les pères hétérosexuels ?

De tels mots pourraient également constituer une « injure publique à raison du sexe », punie des mêmes peines, plus communément appelée « injure publique sexiste », dont la première condamnation pénale en France remonte au 25 mai 2018 (tribunal correctionnel de Paris, dans l’affaire de la fresque représentant un viol collectif).

Si la liberté d’expression est un droit fondamental, il existe des limites nécessaires : l’incitation à la haine et l’injure en font partie. Et le « militantisme » ne peut pas justifier toutes les outrances. Que dire si au lieu de parler des maris et de pères, Madame COFFIN avait parlé des mères et des femmes ? Ou des étrangers ? Le raisonnement aurait été le même. Et il aurait été tout autant inacceptable.

Mais ces propos sont ensuite condamnables car ils sont faux. Ils sont pire que faux : ils sont à mille lieux de la réalité.  Mais cette réalité, Madame COFFIN ne la connait pas et ne veut pas la connaître.

Il s’avère que ces papas, je les connais. J’en ai défendus beaucoup ces dernières années, dans le cadre de procédures judiciaires souvent très conflictuelles : des enlèvements d’enfant, des accusations mensongères, des demandes de retrait de l’autorité parentale. J’ai entendu des horreurs, des monstruosités.

Ces papas ne sont pas que des géniteurs criminels. Ils sont nombreux à avoir pleuré dans mon bureau, à m’avoir parlé de leur colère, de leur peine, de leur drame, de leurs doutes. Et croyez moi, aucun avocat ne sort indemne d’un rendez vous avec un père qui n’arrive pas à voir ses enfants.

L’un d’eux m’a dit un jour que ne pas voir ses enfants, c’était un « outreau du coeur », en référence à l’affaire d’Outreau où la vie d’innocents à été ruinée par des accusations criminelles mensongères et des détentions provisoires injustes.  

Je pourrais vous dire qu’il y a des mauvaises mères, mais aussi des mamans fantastiques.

Je pourrais vous dire qu’il y a des monstres chez les papas, mais qu’ils sont une minorité.

Je pourrais vous donner des chiffres… 

Mais mon métier m’a appris à ne jamais faire de généralités, qui sont l’apanage des esprits étriqués. J’ai porté la parole de ces pères de très nombreuses fois ces dernières années. Je ne peux pas vous raconter tous ces papas.. Chacun est unique, chaque dossier est particulier.

Alors je vais vous parler de Samir, petit garçon né d’une FIV entre une femme lesbienne et un homme homosexuel, qui n’a pas pu voir son papa pendant des mois parce que sa mère « n’avait jamais voulu un père pour son enfant ». Il n’était « que du sperme ». Et qui a, finalement, retrouvé les bras de son père, pour faire du vélo avec lui. Samir rentre à l’école en septembre, il grandit bien, entouré de ses deux papas et de ses deux mamans. Il a tout l’amour dont il a besoin.

Je vais vous parler aussi de la petite Marie, enlevée à l’âge de 9 mois par sa mère. Il aura fallu quatre décisions de justice pour que Marie retrouve son papa. Cette petite fille joyeuse et pleine de vie a aujourd’hui 6 ans : elle fait de la danse, voit ses copines, est l’une des meilleures élèves de sa classe. La justice ne s’est pas trompée en la rendant à son père. Sa maman la voit toutes les semaines et la moitié de toutes les vacances scolaires. 

Il y a aussi Damien, enfant adopté dont la mère s’est vigoureusement opposée à une résidence alternée alors qu’elle vivait dans la même rue que le père de son fils. Que de batailles pour que cet enfant, abandonné à la naissance en Roumanie, puisse avoir deux parents aimants et présents équitablement auprès de lui. Après des mois difficiles, Damien a trouvé une « amoureuse » et entre dans sa 14ème année avec le coeur qui palpite. Auprès de son père, une semaine sur deux, Damien s’épanouit et a trouvé son équilibre.

Et que dire de la petite Julia, élevée par son beau-père « papa » depuis ses 6 mois et qui a retrouvé son père à l’âge de 15 ans… Elle a aujourd’hui un papa merveilleux et un père unique, tous deux essentiels à sa vie et à ses combats d’avocate. Un double amour. Sans violence, ni haine.

De ces pères là, je n’ai vu que de l’amour.

Soyez certains que ces PAPAS là existent. Et que leurs enfants les méritent.

(Les prénoms des enfants ont bien entendu été modifiés).

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