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Discours politique : 
du slogan à la "petite phrase"
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Paroles, paroles...

Discours politique : du slogan à la "petite phrase"

Avec la rentrée politique s'ouvre une année de campagne et de discours. Focus sur l'évolution de la parole politique.

Christian Delporte

Christian Delporte

Christian Delporte est professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Versailles Saint-Quentin et directeur du Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines. Il dirige également la revue Le Temps des médias.

Son dernier livre est intitulé Les grands débats politiques : ces émissions qui on fait l'opinion (Flammarion, 2012).

Il est par ailleurs Président de la Société pour l’histoire des médias et directeur de la revue Le Temps des médias. A son actif plusieurs ouvrages, dont Une histoire de la langue de bois (Flammarion, 2009), Dictionnaire d’histoire culturelle de la France contemporaine (avec Jean-François Sirinelli et Jean-Yves Mollier, PUF, 2010), et Les grands débats politiques : ces émissions qui ont fait l'opinion (Flammarion, 2012).

 

Son dernier livre est intitulé "Come back, ou l'art de revenir en politique" (Flammarion, 2014).

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Atlantico : Comment la parole politique a-t-elle évolué ces dernières années ?

Christian Delporte : La parole politique est maintenant très fermée par les formats courts. On voit des émissions de télévision de plus en plus courtes. Les hommes politiques y prononcent surtout des formules qui ont été concoctées par des communicants. Ces formules sont répétées à l’infini sur tous les plateaux télés et studios de radio. C’est la génération des "petites phrases"

On essaye de commettre le moins d’erreurs possibles. Plus que le discours lui-même, les circonstances dans lesquelles il est prononcé ont changé. Les hommes politiques fuient les formats longs car ils y contrôlent beaucoup moins leur discours. On rejette toute prise de risque, toute confrontation avec un adversaire. Les journalistes politiques sont boudés, pour laisser place aux animateurs, plus consensuels, moins coriaces dans l’interview.

 

Peut-on dire que le discours politique s’est popularisé ?

Oui, il s’est clairement simplifié. Les hommes politiques qui dominent aujourd’hui sont des hommes de répartie. Ce n’était pas le cas avant. Les politiques avaient du « souffle » et prononçaient des phrases complexes, bien ficelées. Avant on trouvait des slogans, maintenant c’est l’ère de la petite phrase. Le slogan mobilisait l’ensemble d’une communauté, la petite phrase est destinée à être reprise, à tourner en boucle dans les médias.

 

Comment expliquer cette simplification du discours politique ?

Cela s’explique en grand partie par la télévision. La télévision, c’est le média de la conversation et de la répartie. Au début des années 1980, les hommes politiques ont appauvri volontairement leur vocabulaire. L’un des premiers à avoir fait cela, c’est Laurent Fabius. Il avait un langage très élaboré qu’il a travaillé pour qu’il soit beaucoup plus perceptible par le grand public.

L’opinion publique pousse aussi à ce que les hommes politiques appauvrissent leur discours. Dans les enquêtes d’opinion les gens disent toujours « Ce qu’ils nous disent est trop complexe ». D’une certaine manière, les journalistes eux aussi sont responsable de cet état de fait. Ils attendent, sont à l’affut de cette petite phrase. A chaque fois, ça fait mouche.

 

L’opinion publique n’est-elle pas contradictoire quand elle réclame un président qui parle « vrai » mais aussi, dans le même temps, une « stature présidentielle » ?

Un homme politique c’est quelqu’un qui dit : « Je suis comme vous, mais un petit peu mieux ». Il doit y avoir cette alchimie assez complexe entre une vraie proximité et de la hauteur. La proximité permet de s’identifier mais l’on s’identifie toujours à quelqu’un qui est toujours un petit peu au-dessus de soi. L’éloquence traditionnelle était destinée à ses pairs, dans le cadre des assemblées. L’éloquence d’aujourd’hui est destinée au grand public. Il faut choquer le moins possible et être le plus accessible possible.

 

Le président de la République lui-même semble avoir évolué dans ce domaine. En quoi cela se traduit-il aujourd’hui ?

Nicolas Sarkozy a évolué dans sa manière de communiquer. Il parle de manière de plus en plus populaire. Il y a quelque chose de très caractéristique dans sa manière de s’exprimer. Il a une forte tendance à effacer la négation dans son discours. Il ne dit pas « je ne trouve pas », il dit « je trouve pas ». Il emploie également des mots que l’on peut retrouver dans un parler plus populaire. Une fois, il a déclaré : « J’ai trimé toute ma vie ». On imagine mal le général De Gaulle utiliser une telle expression.

Sarkozy a fait exploser tous les codes. Il a imprimé à tout le monde cette manière de s’exprimer directement. On cherche toujours à imiter le plus gros communicateur. On parlait comme De Gaulle quand il était président, maintenant on parle comme Sarkozy.

Le discours ne fait toutefois pas tout. Pour qu’il ait un impact il faut d’abord que la personne retienne l’attention. Nicolas Sarkozy s'exprimait de la même façon qu'aujourd'hui dans les années 1990. Mais on a commencé véritablement à l’écouter qu'au début des années 2000, quand il est devenu présidentiable. 

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