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Gerhard Schröder, ex-Chancellier allemand.
Gerhard Schröder, ex-Chancellier allemand.
©Reuters

Dans le secret des grands

Parce qu’ils le valent bien ? Le business des ex stars de la politique : mais qu’est-ce qui pousse à payer des fortunes pour les écouter ?

Nicolas Sarkozy, George Bush, José Maria Aznar ou Gerard Schroeder, loin d'avoir pris leur retraite, enchaînent des conférences parfois payées des dizaines de milliers d'euros. Et le public en redemande.

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Benoît de Valicourt

Benoît de Valicourt s’inscrit dans la tradition du verbe et de l'image. Il travaille sur le sens des mots et y associe l'image réelle ou virtuelle qui les illustre. Il accompagne les acteurs du monde économique et politique en travaillant leur stratégie et leur story-telling et en les invitant à engager leur probité et leurs valeurs sur tous les territoires. 
 
Observateur de la vie politique, non aligné et esprit libre, parfois provocateur mais profondément respectueux, il décrypte la singularité de la classe politique pour atlantico.fr et est éditorialiste à lyonmag.fr
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Ils sont nombreux les anciens chefs de gouvernement à être invités par les grandes entreprises nationales ou internationales, les forums et autres conventions ; ils sont la garantie du succès de la manifestation et plus les responsabilités qu’ils ont occupées sont importantes, plus les invités se presseront pour les écouter. Georges Bush a été un des premiers à facturer ses interventions après avoir quitté la Maison Blanche : au pays du capitalisme, le temps c’est de l’argent et il n’y a aucune raison d’offrir ce temps si précieux. En Russie, juste après la dissolution de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev qui a droit à une retraite de 3 900 roubles par mois va, lui aussi, courir le monde pour raconter et expliquer l’échec de l’Union Soviétique.

En Europe, José Maria Aznar, Tony Blair, Gerard Schroeder leur ont emboîté le pas et enfin Nicolas Sarkozy, jeune retraité de la politique dispense ses analyses comme le 11 juin dernier à l’invitation de la Financière de l’Echiquier, société de gestion de portefeuille qui n’a pas hésité à débourser plusieurs dizaines de milliers d’euros pour écouter les conseils avisés de l’ancien président de la République. Mais que peuvent-ils raconter de si intéressant qui justifient des honoraires à faire baver de jalousie les plus brillants intellectuels et scientifiques de la planète ?

Sans doute pas grand-chose que l’on ne sait déjà de la politique économique, de la situation internationale ou de ce qu’il faudrait faire et que leurs successeurs ne font pas. Le vrai talent de ces ex stars de la politique, c’est leur mémoire, ce sont les anecdotes qu’ils détiennent, les petites histoires qui font la grande histoire. Il en est de même quand ils publient leurs mémoires, ce n’est pas leur talent littéraire qu’on s’arrache, mais les secrets de palais, de diners informels ou de pseudos moments de détente dans une résidence de week-end, comme quand Hillary Clinton raconte dans son dernier livre Le temps des décisions, la découverte tragique dans un charnier de la mère encore vivante de Vladimir Poutine par son père en 1944. 

Certains considèrent toutes ces informations comme des potins et pourtant s’il y a sans aucun doute des détails croustillants qui font rire, il y a aussi tous ces moments si particuliers qui façonnent l’histoire du monde.

L’autre intérêt d’inviter ces politiques est aussi qu’ils peuvent analyser la situation actuelle et les conséquences à venir à l’aulne de l’histoire telle qu’ils l’ont vécue et on ne cessera jamais de rappeler assez ce que dit Kenzaburō Ōe : « La mémoire est le socle à partir duquel penser le présent ».

La vraie question est de savoir si leurs interventions valent ce que les entreprises ou autres organisateurs acceptent de payer. Ce n’est pas une question d’offre et de demande, on pourrait comparer cela aux salaires des footballeurs, mais c’est bien plus que ça.. Certes il y a le talent, la rareté, parfois même l’idolâtrie qui sont l’assurance d’un succès engendrant des bénéfices, mais il y a aussi - et surtout - pour toutes celles et ceux qui viennent écouter ces conférences l’impression de vivre par procuration l’histoire contemporaine. Cela justifie l’investissement comme pour les collectionneurs de manuscrits qui n’achètent que le droit de sauvegarder une part de mémoire.

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