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Ratification du traité budgétaire européen : pomme de la discorde des socialistes.
Ratification du traité budgétaire européen : pomme de la discorde des socialistes.
©Flickr / coincoyote

Ni oui ni non

La ratification du pacte budgétaire européen va-t-elle réveiller les vieux démons qui ont divisé le PS lors du référendum sur le traité constitutionnel européen ?

Le gouvernement s'apprête à proposer au Parlement la ratification du traité budgétaire européen négocié l'année dernière par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Le Front de gauche a annoncé qu'il voterait contre et réclame un référendum, tandis que l'aile gauche du PS proteste et demande un débat. En 2005, le PS s'était déchiré entre le "oui" et le "non" sur le traité constitutionnel européen. Bis repetita ?

Gérard Grunberg

Gérard Grunberg

Gérard Grunberg est directeur de recherche émérite CNRS au CEE, Centre d'études européennes de Sciences Po. 

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Atlantico : François Hollande et Jean-Marc Ayrault entendent faire approuver par leur majorité les décisions arrêtées lors du dernier Conseil européen, y compris le pacte de stabilité budgétaire. La ratification de ce dernier pourrait-elle réveiller les démons du « oui » et du « non » qui s’étaient affrontés au sein du PS en 2005 lors du débat sur le traité constitutionnel européen ? 

Gérard Grunberg : Il y a probablement des divergences de fond sur ce pacte au sein du PS. Mais il est trop tôt pour que les vraies oppositions s'expriment ouvertement. Pour l'instant, c'est la solidarité à l'égard du gouvernement qui va primer.

Je n'exclue pas qu'une petite frange du PS manifeste sa désapprobation. Mais je pense que le Parti socialiste ne connaîtra pas une crise similaire à celle de 2005.  Le gouvernement comprend toutes les tendances du Parti socialiste : Laurent Fabius, qui était le leader de "nonistes" en 2005, est désormais ministre des Affaires étrangères. De même, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg sont membres du gouvernement et seront tenus par la solidarité gouvernementale.  

Par ailleurs, François Hollande a obtenu des concessions de la part d'Angela Merkel, notamment le pacte de croissance qui vient compléter le  pacte de stabilité budgétaire. Le PS va faire semblant de s'en satisfaire, au moins pour le moment, et la majorité socialiste va ratifier le pacte. 

En revanche, ce vote va encore écarter le Front de gauche du Parti socialiste et du gouvernement. 

Le Front de gauche a déjà annoncé qu’il voterait contre et réclame un référendum. Est-ce une option envisageable ? 

Non, ce n'est pas envisageable. François Hollande a décidé de faire ratifier le traité le plus vite possible par voie parlementaire. Il ne prendra jamais le risque d'un référendum. Le Front de gauche ne le gênera pas lors de la ratification puisque le PS dispose de la majorité absolue.

En revanche, l'opposition de Jean-Luc Mélenchon peut avoir des conséquences dans l'opinion publique. Cela signifie qu'en dépit des dénégations d'une partie du Parti communiste, le Front de gauche est entré dans l'opposition à François Hollande. 

François Hollande, lorsqu’il était premier secrétaire du Parti socialiste, s’était prononcé en faveur du traité constitutionnel et avait vu son parti se déchirer. Cela avait été pour lui un gros échec. Il avait dû notamment renoncer à se présenter à l’élection présidentielle de 2007. Pourrait-il  subir en revers similaire aujourd’hui ? 

Le contexte de 2005 était très différent . D'abord, il ne faut pas oublier qu'à l'époque le PS était dans l'opposition. Par ailleurs, le traité constitutionnel avait été soumis au peuple français par référendum. La voie parlementaire est beaucoup plus sûre. Le Parti socialiste ne prendra pas le risque de se diviser alors qu'il vient d'accéder au pouvoir. 

 

L’aile gauche du PS exprime déjà son mécontentement. La sénatrice et ex-ministre Marie-Noëlle Lienemann annonce qu'elle ne ratifiera pas le pacte de stabilité budgétaire sans un pacte de croissance de grande ampleur en contrepartie. Peut-il y avoir une scission au sein du PS ?

Hormis Marie-Noëlle Lienemann et Henri Emmanuelli, peu de socialistes se prononceront officiellement contre la ratification du pacte budgétaire.

En revanche, les tensions pourraient se faire sentir lors du congrès du PS à l'automne. La gauche du parti devrait déposer une contribution relativement critique pour se distinguer. Mais je ne pense pas que les représentants de l'aile gauche aillent jusqu'à refuser de signer le pacte. Il faudrait que Benoît Hamon commence par quitter le gouvernement. Cela déclencherait une crise gouvernementale interne. Je n'y crois pas beaucoup. 

Si des voix venaient à manquer au gouvernement pour la ratification du traité, Jean-Marc Ayrault pourrait-il compter sur les députés centristes ou même les députés de l’UMP ? 

Ce pacte est celui qui avait été négocié par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Certes, le volet croissance n'en faisait pas partie, mais la droite n'est pas hostile à la croissance. Il n' y a donc aucune raison que l'UMP s'oppose à ce pacte. Il est tout à fait possible que les députés de droite votent "pour" ou s'abstiennent. 

 Propos recueillis par Alexandre Devecchio

 

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