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Overdoses en hausse : la crise des opioïdes serait-elle insidieusement en train d’apparaître en France ?
©JOHN MOORE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Après les Etats-Unis

Overdoses en hausse : la crise des opioïdes serait-elle insidieusement en train d’apparaître en France ?

Sur les quatre dernières années, le nombre de décès et d'hospitalisations ont plus que doublé en France. Une piste explicative serait la hausse des overdoses d'opioïdes.

Muriel Grégoire

Muriel Grégoire

Le docteur Muriel Grégoire est psychiatre addictologue

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Atlantico : L'observatoire français des médicaments a pu observer, à la fin de mois de juillet, que  1 million de Français sont traités chaque année avec un opioïde fort, dont l'oxycodone, largement mis en cause aux Etats-Unis dans le contexte de la crise opioïdique qui frappe le pays depuis plusieurs années (64 000 décès en 2016). Les prescriptions d'Oxycodone ont ainsi été multipliées par 20 au cours de ces 10 dernières années. Comment évaluer la situation en France ? Les risques ont ils réellement évolué au cours de ces dernières années ? 

Muriel Gregoire : L'usage médical et non médical a changé depuis une vingtaine d'année. La France avait un retard certain par rapport à la plupart des pays occidentaux quant à la prise en charge de la douleur, traitée en partie par les opioïdes surtout lorsqu'elles sont d'intensité moyenne à forte. De fait nous avons vu augmenter naturellement les prescriptions de ces médicaments.

Un autre facteur est l'arrêt de la commercialisation de certains médicaments, considérés comme antalgiques modérés (le di-antalvic par exemple). L'arrêt de ce médicament, enlevant une marche dans l'échelle des médicaments antalgiques a poussé les prescriptions d'antalgiques opioïdes comme la codéine ou le tramadol, plus à risque de dépendance et d'autres complications. 

L'élargissement des indications d'antalgiques forts comme l'oxycodone et le fentanyl, de douleurs uniquement cancéreuses aux douleurs chroniques rhumatologiques résistantes aux autres traitements est probablement la cause principale dans cette évolution. En effet ces prescriptions font sortir ces molécules des prescriptions hospitalières et les rendent beaucoup plus disponibles. L'activisme des firmes pharmaceutiques compte pour beaucoup dans cette situation. 

Les évolutions de prescriptions et délivrance sont très surveillées en France et nous sommes loin de la problématique américaine, mais on se doit d'être vigilant, et il n'est pas exclu de faire évoluer les conditions de prescription. En effet, à ce jour il y plus de décès liés à des médicaments opioïdes qu'à des opiacés non médicamenteux.

Quels sont les profils les plus vulnérables aux risques présentés par ces produits ? 

Il est difficile de donner un profil type. Les risques sont liés aussi au contexte et au moment dans lequel ce traitement peut être donné. Les personnes n'ayant pas de passif d'usages de produits opiacés peuvent également être à risque de dépendance et autres effets secondaires. Leur tolérance aux produits est faible, d'où un risque de surdose accru si la posologie n'est pas respectée. 

Ces médicaments nécessitent une évaluation très régulière de leurs effets et de la tolérance. Une fois la douleur passée, il faudrait diminuer et arrêter le traitement quand cela est possible ou adapter la prise en charge si la douleur perdure.  Si cela n'est pas fait, certains patients avec des difficultés, par ailleurs, de sommeil, d'humeur ou d'anxiété, auront de grandes difficultés à arrêter ces opioïdes de par leurs effets anxiolytiques, sédatifs et anti-dépresseurs. Plus la prescription est longue, plus la tolérance est grande et plus il peut être compliqué d'arrêter. 

Les opiacés ont des vertus pour soulager la douleur physique mais aussi psychique pas toujours reconnue par les patients. Et les pathologies avec douleurs chroniques sont souvent associées à des difficultés psychiques qui devraient toujours être évaluées lors de ces prescriptions. 

Les sujets ayant été dépendants d'opiacés dans leur passé ont un risque d'addiction accru. Il est important d'évaluer les souffrances autres que physiques, et le traitement opioïde n'est pas la seule réponse. Des centres anti douleur développent des prises en charge plurielles en plus des traitements médicamenteux : psychothérapie, hypnose, relaxation, acupuncture, balnéothérapie, méditation ....

De l'Oxycodon au Fentanyl, quels sont les produits les plus "dangereux" dans ce contexte ? 

Les opioïdes comme le fentanyl et l'oxycodone sont les plus à risque, de dépendance mais aussi de décès, d'autant plus s'ils sont à libération rapide. 

Le fentanyl est entre 10 à 1000 fois supérieur à la morphine. Il y a en effet plusieurs types de fentanyl dont certains qui se trouvent sur internet, ce qui en démultiplie le risque du fait d'un accès facilité. Ils sont parfois mélangés à l'héroïne qui est moins puissante, rendant le produit particulièrement dangereux dans les cas d'usage détourné. Aussi bien en usage et en mesurage, le fentanyl et l'oxycodone ont augmenté les risques de dépendance et de décès, le plus souvent liés à des prescriptions inadéquates.

Tout médicament comporte des risques dans son utilisation. Des prescriptions adaptées, évaluées très régulièrement par des professionnels compétents devraient largement limiter les risques. Ces risques doivent être connus des prescripteurs mais aussi des patients, et la médication antalgique n'est pas la seule thérapeutique possible, notamment pour les douleurs faibles à modérées; le tramadol et la codéine ne sont pas des médicaments anodins, bien qu'utiles en certaines circonstances.

 

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