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Où l’on apprend que d’anciens membres du personnel de l’Elysée, comme l’ancien majordome personnel de Jacques Chirac, sont toujours logés gracieusement
©Rémi Mathis / CC BY-SA 3.0

Bonnes feuilles

Où l’on apprend que d’anciens membres du personnel de l’Elysée, comme l’ancien majordome personnel de Jacques Chirac, sont toujours logés gracieusement

L'arrivée de François Hollande au 55, rue du Faubourg-Saint-Honoré promettait le changement : jamais l’Élysée n’avait autant communiqué, ni ouvert ses portes que ces dernières années, conférant au palais l’image d’une maison de verre où rien n'échapperait à la vigilance médiatique. Trompeuses apparences... Extrait de "L'Elysée off", de Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri, aux éditions Fayard 2/2

Aziz Zemouri

Aziz Zemouri

Aziz Zemouri est reporter au Point.

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Stéphanie Marteau

Stéphanie Marteau

Stéphanie Marteau est journaliste indépendante.

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Dans une note du 30 avril 2014, Sylvie Hubac, directrice de cabinet du chef de l’État, a défini les "critères d'attribution et de gestion des logements pour les personnels de la présidence". Selon ce document, depuis le 1er septembre 2015, la gratuite systématique n'a plus cours quai Branly. Seuls les personnels répondant à une "nécessité absolue de service" ("NAS", c'est-à-dire une obligation de disponibilité), soit vingt-huit personnes, sont toujours dispensés de loyer. Il s'agit par exemple du chef de cabinet adjoint, du conseiller diplomatique, du général Puga, le commandant militaire, de Guillaume Gomez, le chef des cuisines, ou encore d’Hervé Guénot, le chef de l'intendance. Tous les autres sont soumis à une redevance. Elle est égale à 30 % de la valeur locative réelle pour ceux qui jouissent d'une "convention d'occupation précaire avec astreinte" (membres du GSPR, majordomes, etc.) et oscille entre 50 % et 85 % de la valeur locative réelle (en fonction des ressources et de la composition du foyer) pour les employés bénéficiant d'une "autorisation d'occupation précaire" (jardiniers, lingères, etc.).

Le rapport de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, daté d'octobre 2015, se félicite de cette "opération de remise a plat". Un peu vite, toutefois. Car si le nouveau dispositif s'applique à toutes les nouvelles attributions de logement depuis le 1er septembre 2015, les occupants de longue date, eux, ne versent toujours pas de loyer. Et ne devraient pas en verser avant la fin des travaux de désamiantage, prévus en juillet 2016…

"Ils ne veulent pas de scandale (1), s'amuse un locataire. Vu que les appartements ne sont pas aux normes, nous serions fondés à refuser de payer !" Selon lui, il s'agit surtout d'une façon de calmer la grogne du "petit personnel" logé à l'Alma, qui devra verser les loyers les plus élevés alors qu'ils touchent les plus faibles revenus. "Il se trouve que la manière dont Sylvie Hubac a fait les choses épargne les hauts fonctionnaires et les conseillers, certes soumis à des astreintes, mais qui touchent les salaires qui vont avec !", se plaint un cuisinier. "Les appartements de l'Alma étaient une compensation pour les plus petits salaires, c’était même stipulé dans le contrat de certains ! Pour nous, il restera que c'est la gauche au pouvoir qui a foutu dehors les ouvriers."

A l’Élysée, personne ne souhaite s'exprimer sur l’interprétation du "décret Fillon" et ses "effets pervers (2)". Et encore moins préciser les conditions d'attribution des logements, qui, après vérification sur place, sont parfois occupés par des locataires qui ne travaillent absolument pas au 55, rue du Faubourg Saint-Honore.

Comment expliquer, par exemple, qu'un employé qui a quitté ses fonctions à la présidence l’été dernier et qui travaille officiellement dans le privé depuis six mois soit toujours logé, gratuitement, dans un grand trois pièces à l'Alma ? Que dire de son voisin, ancien majordome personnel de Jacques Chirac, hébergé lui aussi gracieusement depuis neuf ans ? Il n'est pas le seul proche du vice-président corrézien à profiter de ces faveurs : l'ancienne secrétaire générale de la Fondation des Amis de Jacques Chirac, dont l'époux était l'ex-"monsieur Afrique" de Nicolas Sarkozy, bénéficie également d'un coquet pied-à-terre à l'Alma.

1. Entretien avec les auteurs.

2. Contacté, Frédéric Monteil, chargé de mission auprès du directeur de cabinet du président de la République, et responsable de l'attribution des logements, n'a pas voulu nous répondre.

 

Extrait de L'Elysée off, de Stéphanie Marteau et Aziz Zemour, aux éditions Fayard, avril 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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