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Olivier Faure, député socialiste de Seine-et-Marne, vice-président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale et secrétaire national de PS.
Olivier Faure, député socialiste de Seine-et-Marne, vice-président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale et secrétaire national de PS.
©olivierfaure.fr

Entretien politique

Olivier Faure : "Lorsque certains versent à Noël des larmes de crocodiles pour les chrétiens d'Orient et en septembre refusent que nous prenions notre part à leur accueil, j'ai la nausée"

A propos de l'université d'été du Parti socialiste à La Rochelle, le député de Seine-et-Marne Olivier Faure assure que ces évènements sont souvent propices à la moindre polémique.

Olivier Faure

Olivier Faure

Olivier Faure est député de Seine-et-Marne depuis 2012, porte-parole du PS et vice-président du groupe SRC (Socialiste, républicain et citoyen) à l'Assemblée nationale.

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Atlantico : Cette année encore les universités d'été du parti socialiste ont été mouvementées...

Olivier Faure : Le propre des rentrées politiques ultra médiatisées c'est d'être le réceptacle de la moindre polémique. Le cru 2015 aura été très calme en comparaison de la cuvée 2014...

Les déclarations d'Emmanuel Macron sur les 35h et le code du travail ont choqué les militants. De son coté, Jean-Marie Le Guen, défendant le ministre de l’Économie, a comparé les universités d'été de La Rochelle à un tribunal populaire. Y-a-t-il une fracture entre le gouvernement et la base des militants ?

Emmanuel Macron a ouvert une controverse inutile. Aujourd'hui toutes les entreprises peuvent faire travailler leurs salariés au delà de 35 heures. La condition c'est le paiement d'heures supplémentaires majorées.

Seule la droite défend l'idée de modifier la durée légale du travail. Le Premier Ministre lui même a rappelé que ce n'était pas notre projet. Je ne vois donc pas ce qui pourrait donner corps à l'idée qu'il y a une fracture entre la base des militants et le gouvernement.

A La Rochelle, Emmanuel Macron a donc été recadré par Manuel Valls qui a expliqué : « Quand on gouverne, chaque mot, chaque attitude, chaque phrase, chaque acte sont importants », mais est-ce que cela suffit ? Depuis son arrivée à Bercy, Emmanuel Macon n'a cessé de multiplier les déclarations choquantes pour les électeurs socialistes. A-t-il encore sa place au gouvernement ?

Aux mots de Manuel Valls je rajouterais volontiers que quand on fait de la politique on appartient à un collectif, que lorsqu'on gouverne on le fait au nom de millions de citoyens, de militants, d'élus qui ont placé leur confiance en vous pour agir en leur nom, ce qui suppose de ne pas être dans le registre du bavardage. Voilà pour les 35 heures.

Mais je ne voudrais pas que ce rappel altère ce que je pense de notre ministre de l'économie. Il est brillant, inventif, rapide. Il a toutes les qualités pour réussir à la condition de ne pas se laisser enfermer dans une caricature. La modernité, l'efficacité ne sont pas à rechercher dans une transgression libérale, mais dans la réinterprétation de nos propres valeurs.

François Hollande et Manuel Valls ne risquent-ils pas, en le gardant, de se mettre définitivement à dos tout une partie de l'électorat de gauche traditionnel ?

Il est l'un des ministres les plus populaires, y compris à gauche.

De nombreux participants et intervenants des universités d'été ont réclamé une parole forte pour défendre les réfugiés syriens et irakiens de la part de François Hollande ou de Manuel Valls. Pour quelle raison, selon vous, le chef de l’État et le chef du gouvernement gardent-ils le silence sur cette question ?

Mais ils ne sont pas demeurés silencieux sur le sujet. Et mieux encore, ils travaillent notamment avec Bernard Cazeneuve à réformer le droit d'asile qui est un droit inaliénable, ou à trouver des solutions européennes pour l'accueil des migrants.

Ils conduisent avec Jean-Yves Le Drian la riposte militaire contre Daesch, car seule la victoire contre les barbares du califat auto-proclamé, puis l'aide à la reconstruction de la région permettront de sédentariser les populations qui fuient aujourd'hui.

Cette question des flux migratoires est centrale, le parti socialiste souhaite l'organisation d'une conférence internationale sur les migrants pour que la question puisse être traitée dans son ampleur et sa complexité.

Nous avons un devoir de solidarité humaine que nous partageons avec l'ensemble des Européens. L'intrumentalisation politique de cette question est odieuse. Lorsque je vois les mêmes personnalités verser à Noël des larmes de crocodiles pour les chrétiens d'Orient et en septembre refuser que nous prenions notre part à leur accueil, j'ai la nausée.

Les femmes et les hommes qui abandonnent leur maison, leurs biens, leurs amis, leur village, paient des passeurs avec ce qui leur reste d'argent, embarquent avec leurs enfants sur des rafiots surchargés au péril de leur vie, ne le font ni par plaisir ni dans la perspective de bénéficier de l'aide médicale d'Etat !

Le gouvernement semble abandonner les vieux piliers de la gauche (immigration, ascenseur social, lutte contre la pauvreté, défense du code du travail...) au profit de nouveaux totems. Assiste-t-on a une profonde mutation du PS ?

Sans ignorer la mutation en cours, il n'y a pas de nouveaux totems. La gauche porte toujours la même aspiration à "la République jusqu'au bout" pour reprendre la définition du socialisme de Jaurès.

La priorité donnée par exemple à l'éducation avec les rythmes scolaires, le principe du "plus de maitres que de classes", la refonte de l'éducation prioritaire, le recrutement massif d'enseignants, la formation des maitres, la réforme des collèges, est-ce que ce n'est pas une excellente manière de remettre en marche l'ascenseur social ?

Alors il y a des sujets plus ambivalents par ce qu'ils empruntent un vocabulaire commun avec celui des libéraux, ainsi en est-il de la simplification du code du travail. Mais là où la droite masque derrière l'exercice de simplification sa volonté de revenir sur les droits acquis par les salariés, nous voulons comme l'a récemment montré Robert Badinter dans un essai percutant, simplifier à droit constant. Rendre la loi plus lisible, c'est rendre les droits et les devoirs plus accessibles aux salariés comme à leurs employeurs.

Dans ces conditions là, François Hollande peut-il rassembler la gauche en 2017 ou vise-t-il un nouvel électorat ?

Nous sommes en 2015. Nous sommes encore dans le temps de l'action, pas dans celui de l'élection. La mise en place de politiques et l'émergence de résultats exigent du temps. L'opposition avait déjà tiré un bilan négatif du CICE et du pacte de responsabilité avant même qu'ils n'entrent en application... Et la presse s'intéresse à 2017 depuis...2012.

A l'heure du bilan les Français seuls jugeront.

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