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Faut-il retirer la garde 
des enfants obèses à leurs parents ?
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Bon appétit

Faut-il retirer la garde des enfants obèses à leurs parents ?

C’est la question que posent deux chercheurs de Harvard, Murtagh et Ludwig qui, après des années de recherche sur le comportement humain, viennent de pousser un cri d’alarme très entendu aux USA, entraînant des réponses acerbes d’opposants à cette proposition radicale, ou des félicitations chez leurs supporters.

Valérie Orsoni

Valérie Orsoni

Valérie Orsoni est experte dans les méthodes de motivation et de coaching. 

Fondatrice du #1 de la perte de poids online LeBootCamp.com, elle est le coach attitré de nombreuses stars et de titres de presse français et américains. Elle a publié La méthode Orsoni aux éditions Reader Digest, Le Sarrasin, tous les secrets de la graine miracle et Un corps de rêve pour les nulsFIRST EDITIONS (1 mars 2012).




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Aux États-Unis, plus de deux millions d’enfants ont un indice de masse corporelle supérieur à 40, les mettant dans la catégorie « très grande obésité », ou pour employer un terme plus médical « obésité morbide ». Pour la première fois depuis l’avènement de la médecine moderne, l’espérance de vie sera plus faible pour la génération à venir que pour celle de ses parents. Enfin, les dernières données publiées par le CDC (Center for Disease Control), indiquent que les enfants qui grandissent aux États-Unis aujourd’hui, souffriront plus de maladies chroniques et de mort prématurée découlant de mauvaises habitudes nutritionnelles et du manque d’activité physique, que liées à leur consommation d’alcool, de tabac ou de drogue.

Cette tendance ne fait que s’accentuer au fil des années, si bien qu’en 2011, partant de ce constat, Murtagh et Ludwig estiment que l’enfant décrite dans leur papier publié dans le très sérieux Journal of the American Association (qui pesait 40 kg à 3 ans et 180 kg à 12 ans) est, selon eux, victime de ses parents et devrait leur être retirée et placée en maison d’accueil ou en centre de type DASS.

Le papier des chercheurs de Harvard a excité la communauté scientifique comme celle des travailleurs sociaux. Il paraît évident à tous que le problème est bien présent et plus personne ne peut l’ignorer. Néanmoins, entre ceux qui proposent d’enlever des enfants déjà fragilisés moralement de par leur non « conformité aux normes sociales du corps parfait », et les autres qui proposent de ne rien faire, il existe des dizaines d’initiatives, qui pour le moment ne sont pas du domaine de l’état fédéral.

La malbouffe, une drogue comme les autres ?

La solution de Murtagh et Ludwig impliquerait de rendre illégal le fait de mal nourrir ses enfants au même titre que de leur donner de la drogue ou de leur faire subir des mauvais traitements physiques (coups par exemple). Mais où mettre la limite ? Après tout, il existe des enfants minces mal nourris qui encourent plus de problèmes de santé que des enfants un peu enveloppés mais qui mangent sainement, simplement en de trop grandes quantités. Qui punir ? Et plus important : doit-on punir et faire de ce problème un problème d’ordre fédéral ou bien social ?

Appliquer la suggestion de Murtagh et Ludwig serait financièrement impossible pour des États souvent à la limite de la banqueroute (voir la situation financière de la Californie ou de l’État américain au niveau fédéral). Ses résultats en terme d’éducation nutritionnelle ? Probablement proche de zéro. En effet, la vaste majorité des centres d’accueil manquent cruellement de fonds d’une part, et d’autre part leurs menus sont effarants : sodas (light ou pas), pancakes avec sirop sucré et bacon frit le matin, la seule source de fruits ? Un jus de fruits très sucré et bien évidemment, pas frais. A midi ? Souvent une pizza ou un sandwich, jamais très léger, et où il faut vraiment faire preuve d’imagination pour y trouver des légumes. C’est aussi oublier qu’enlever les enfants à leur famille et les placer en famille d’accueil ou en centre spécialisés, risquerait d’entraîner des séquelles psychologiques terribles sur des êtres déjà habitués à compenser leur stress avec de la nourriture. Les parents seraient peut-être punis, mais aussi et surtout leurs enfants, coupés de leur famille.

D’autres chercheurs spécialisés dans le comportement proposent des solutions plus viables financièrement et hypothétiquement plus efficaces, comme la rééducation nutritionnelle des parents à laquelle l’intégralité de la famille prendrait part. Le budget pour ce genre d’initiative devrait être pris en charge par les assurances maladies puisqu’elles croulent sous les frais des traitements liés aux soins des grands obèses, mais celles-ci refusent toutes en bloc de sortir un cent de leur bourse, préférant économiser dans le court terme et espérer que tout s’arrangera miraculeusement dans le futur.

Des coupons obésité ?

Lorsque l’on sait que la vaste majorité des grands obèses sont bénéficiaires des coupons alimentaires (les fameux « food stamps ») octroyés par l’État aux famille vivant dans un état de grande pauvreté, il semble nécessaire que le processus d’éducation commence par là.  Pourquoi peut-on n’acheter que des bonbons, des sodas et des chips avec les food stamps si l’envie nous prend ? Ces coupons sont censés aider une famille à bien se nourrir, pourquoi ne pas imposer un certain seuil de légumes frais et fruits frais, de limiter à un certain pourcentage les aliments à calories vides, le tout accompagné par des séances d’apprentissage dans des centres de quartier ? Autant d’initiatives simples et beaucoup moins coûteuses sur les plans humains et financiers que la solution finale proposée par les chercheurs.

Néanmoins, en s’aventurant sur le terrain de la provoc’, Murtagh et Ludwig ont réussi leur coup : rendre la grande obésité de l’enfant plus visible, faire parler d’elle (la Une de CNN) et donc déchainer l’énergie des grandes fondations qui ont les moyens d’agir : Gates, Ford, etc….

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