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Même avec une réélection d'Obama, 
les Républicains pourraient 
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Même avec une réélection d'Obama, les Républicains pourraient diriger les États-Unis

Le 6 novembre prochain les Américains n'éliront pas seulement un président, ils décideront de la composition du Congrès. Les Républicains sont favoris pour reprendre la main sur ce pouvoir législatif.

Gérald Olivier

Gérald Olivier

Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990, avant de rentrer en France pour  occuper le poste de rédacteur en chef au  mensuel Le Spectacle du Monde.  Aujourd’hui il est consultant en communications et médias et se consacre à son blog « France-Amérique ».

Il est aussi chercheur associé à  l'IPSE, Institut Prospective et Sécurité en Europe.

Il est l'auteur de Mitt Romney ou le renouveau du mythe américain, paru chez Picollec on Octobre 2012.

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Au contraire de la France, où les scrutins se suivent, et où chaque échelon administratif nécessite une élection propre, les États-Unis votent en bloc. Le 6 novembre prochain, en plus de se choisir un président, les Américains voteront pour renouveler l’ensemble de la Chambre des Représentants (435 sièges), un tiers du Sénat (les mandats de sénateur sont de six ans renouvelés par tiers tous les deux ans), onze postes de gouverneurs, de nombreux sièges d’élus locaux (juges, sheriffs, procureurs, conseillers municipaux, etc) sans parler des dizaines de « propositions » et « initiatives » sur lesquelles ils devront, le cas échéant, se prononcer…

De sorte que, même si l’élection présidentielle domine les débats, elle n’est pas la seule à occuper les esprits. Quelle que soit l’identité du prochain locataire de la Maison Blanche, le profil du Congrès (Chambre des représentants + Sénat) va évoluer. Les Républicains pourraient retrouver une majorité dans chaque chambre. Ce qui n’est pas advenu depuis 2004.

Actuellement les républicains disposent de la majorité à la Chambre des Représentants avec 242 sièges contre 193 aux démocrates. Le point de bascule étant à 218. Au Sénat, ce sont au contraire les démocrates qui dominent avec 53 sièges, dont deux « Indépendants », contre 47 aux républicains. L’enjeu de ce scrutin est évidemment de taille.

Le Congrès n’est pas une simple « chambre d’écho » qui se contenterait de voter les lois souhaitées par le président – ce que l’ Assemblée Nationale et le Sénat français risquent de devenir à la faveur de la réforme du quinquennat, comme tend à le démontrer le scrutin législatif en cours en France – c’est la puissante expression du pouvoir législatif. Un pouvoir qui dispose d’une capacité de blocage, et d’une capacité de décision (en termes d’appropriations de fonds par exemple ou même de déclaration de guerre…) que seul le « véto » présidentiel peut arrêter.

Or quel que soit le futur occupant de la Maison Blanche il semble que les Républicains soient en mesure de mettre la main sur le Sénat tout en conservant leur majorité à la Chambre. Voici comment les choses se présentent.

Sur les trente-trois sièges de sénateurs à renouveler, vingt et un sont occupés par des démocrates, dix par des républicains et deux par des indépendants. Les démocrates sont donc plus « exposés » que les républicains.

Onze sénateurs sortants ne se représentent pas, parmi eux, sept démocrates et quatre républicains. Le système politique américain accorde un avantage considérable au sortant. Qu’il s’agisse d’une visibilité médiatique accrue ou de soutiens financiers plus importants. Il est plus facile de conquérir un siège quand son occupant prend sa retraite que de le gagner à la régulière. L’avantage est donc encore aux républicains.

De sorte que les observateurs s’accordent aujourd’hui pour estimer que parmi les trente-trois sièges à renouveler, dix-sept iront aux démocrates (sept « sûrs » et dix « probables ») et huit aux républicains (cinq « sûrs » et trois « probables »). Restent huit sièges considérés comme « en ballotage ». C’est eux qui feront la différence. Il s’agit de sièges dans les Etats de Floride, Massachusetts, Missouri, Montana, Nevada, Nord-Dakota, Virginie et du Wisconsin. Sur ces huit sièges, six sont actuellement tenus par un démocrate et deux seulement par un républicain. Si quatre d’entre eux basculent, le Sénat change de majorité.

Côté républicain, seuls Scott Brown dans le Massachusetts et Dean Heller dans le Nevada sont menacés. Le premier siège est celui occupé par Ted Kennedy pendant près de quarante ans et qui fut perdu par les démocrates en 2010, à la surprise générale. Le territoire, marqué par le sceau de la famille Kennedy, est un fief démocrate historique, et le parti a mis un point d’honneur à le reconquérir. Le second se trouve au contraire en territoire républicain, mais son occupant actuel y a été « nommé » par le gouverneur, à la suite de la démission de l’ancien sénateur, Jon Ensign, empêtré dans un scandale lié à une relation extra-conjugale… Bilan probable, un siège chacun.

Côté démocrate, six sièges sont menacés.

Dans le Wisconsin, le gouverneur républicain Scott Walker vient de remporter une victoire retentissante face à une procédure de « rappel » (« recall »). Le candidat démocrate pour le Sénat est un militant de la cause « gay », connu pour des positions très à gauche. Il n’est pas donné favori.

En Virginie, le sénateur sortant Jim Webb, élu d’extrême justesse en 2006, ne se représente pas et laisse le champ libre à un retour de l’ancien sénateur républicain George Allen, qui a remporté, le 12 juin, la primaire de son parti.

La Floride est un des « swing states » que Romney devra impérativement gagner pour espérer emporter la Maison Blanche, les républicains ont prévu d’y investir massivement et leur campagne profitera inévitablement au candidat du parti pour le Sénat.

Idem pour le Montana. Les Républicains sont décidés à reprendre ce siège, situé sur une terre traditionnellement favorable, et à y mettre le prix nécessaire. Le sénateur sortant est le démocrate Jon Tester. Il a été élu en 2006. Au plus fort de la controverse sur les manipulations de l’administration Bush-Cheney concernant la guerre en Irak. Cette période est révolue.

Dans le Missouri, le sénateur est une sénatrice ! Claire McCaskill, tout comme Jon Tester a été élu en 2006. Très proche du président Obama, son sort est lié à celui du président. Son challenger républicain sera connu en août. Trois candidats sont en lice, tous donnés gagnant contre elle en novembre.

Enfin dans le Dakota du Nord, le sénateur sortant Ken Conrad, un démocrate, a décidé de se retirer après quatre mandats consécutifs. L’Etat a voté républicain a toutes les élections présidentielles depuis 1996 ! Le représentant républicain Rick Berg, a vu sa candidature confirmée lors de la primaire, ce mardi 12 juin, et part favori en novembre.

Bilan probable cinq sièges aux républicains contre un aux démocrates. De sorte que les Républicains espèrent gagner quatre sièges pour une majorité minimum de un siège, 51 contre 49 !

A la Chambre, ces mêmes républicains disposent d’une marge de vingt-cinq sièges. C’est peu et beaucoup à la fois.  C’est peu car 42 sièges sont laissés vacants par des élus qui ne se représentent pas : 23 démocrates et 19 républicains. Bien plus que la marge de sécurité des Républicains. C’est aussi beaucoup car à la seule faveur du redécoupage électoral consécutif au recensement de 2010, douze circonscriptions ont été supprimées dans des régions à prédominance démocrate et douze autres créés dans des régions plutôt républicaines (tant on constate que les agglomérations à forte croissance économique et démographique penchent du côté des républicains alors que les régions déprimées, donc qui se dépeuplent, penchent du côté des démocrates). Bref les observateurs donnent les républicains dans une fourchette qui va de 235 à 250 sièges. Soit avec une majorité légèrement affaiblie ou légèrement consolidée.

Quoi qu’il en soit les républicains sont en mesure de dominer les deux chambres du Congrès le 6 novembre et restreindre ainsi les options d’Obama, s’il venait à être réélu.

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