Nuit des témoins pour les chrétiens persécutés : les difficultés de l’Eglise dans ses efforts pour les protéger | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
Nuit des témoins pour les chrétiens persécutés : les difficultés de l’Eglise dans ses efforts pour les protéger
©REUTERS/Ahmed Saad

Diplomatie

Nuit des témoins pour les chrétiens persécutés : les difficultés de l’Eglise dans ses efforts pour les protéger

Le Vatican est aussi une force diplomatique. L'un de ses rôles est de venir en aide aux chrétiens dans les zones où ils sont inquiétés pour leur foi. Mais cette mission se heurte à la complexité des terrains d'opération, et à un Saint-Siège qui peine à appréhender toutes les données du contexte sur les zones à risques.

Christophe Dickès

Christophe Dickès

Historien et journaliste, spécialiste du catholicisme, Christophe Dickès a dirigé le Dictionnaire du Vatican et du Saint-Siège chez Robert Laffont dans la collection Bouquins. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la politique étrangère et à la papauté (L’Héritage de Benoît XVI, Ces 12 papes qui ont bouleversé le monde). Il est enfin le fondateur de la radio web Storiavoce consacrée uniquement à l’histoire et à son enseignement.

 

Voir la bio »

Atlantico : L'Aide à l'Eglise en détresse organise le vendredi 13 mars la 7e Nuit des témoins, qui sera consacrée aux victimes des persécutions commises par l'Etat islamique. Sur le plan diplomatique, que fait l'Eglise pour venir en aide à ces populations ?

Christophe Dickès : Le premier objectif de la diplomatie du Saint-Siège est de défendre la liberté des catholiques et des chrétiens là où ils se trouvent. Elle a plusieurs moyens d’action à sa disposition. Le premier d’entre eux est la parole du pape lui-même. On sait que le Saint-Père intervient publiquement afin de sensibiliser les Etats et les institutions internationales sur le sujet. Mais le Vatican possède aussi son propre appareil diplomatique qu’il forme au sein de l’Académie pontificale ecclésiastique, une sorte de grande école chargée de préparer les futurs diplomates. Plusieurs papes dans l’histoire (Léon XIII, Benoît XV, Paul VI) sont sortis de cette prestigieuse institution.

Mais cette diplomatie agit le plus souvent dans l’ombre, à l’abri de la scène médiatique afin de ne pas mettre en péril des négociations souvent difficiles. La diplomatie secrète du Saint-Siège, par définition, est donc mal connue. A la différence des hommes politiques, elle ne se vante jamais de ses propres résultats. Elle est au service d’une conception chrétienne de l’homme et de sa dignité. Parfois, comme dans le cas du rétablissement des relations diplomatiques entre Cuba et les Etats-Unis où son intervention a été décisive, son action est médiatisée. Mais cela reste une exception... Ainsi, il est extrêmement difficile de connaître la réalité de l’action des services diplomatiques du Saint-Siège au Moyen-Orient.

Le cas du Moyen-Orient n’est-il pas aussi un cas spécifique ?

Vous avez tout à fait raison. Chaque partie du monde possède ses propres particularités géopolitique et historique. Au risque d’enfoncer une porte ouverte, nous savons que le Moyen-Orient mais aussi l’Afrique sont d’une grande complexité politique. Ils le sont aussi sur le plan religieux. Les communautés chrétiennes elles-mêmes sont multiples, très souvent divisées par des traditions et des cultes différents. Un copte n’est pas un orthodoxe... Or, aujourd’hui, le Saint-Siège semble bien plus familier des affaires d’Amérique latine que de celles du Moyen-Orient. Ce qui est tout à fait normal dans la mesure où le pape est argentin. Son action en Amérique du Sud est beaucoup plus décisive dans la mesure où cette partie du monde lui est familière, tout comme, en son temps, Jean-Paul II avait une connaissance parfaite de l’Europe de l’Est.

Le Moyen-Orient ne semble pas bénéficier de la même expertise. Mais le pape actionne malgré tout des leviers diplomatiques. Il l’a fait par un voyage en Turquie et son intervention au Parlement européen en novembre dernier mais aussi – on l’imagine aisément – par les relations privilégiées que le Saint-Siège entretient avec la Russie, grâce à Benoît XVI. Le géant russe, nous avons tendance à l’oublier, possède la même tradition diplomatique que la France au Moyen-Orient : celle de protéger les minorités chrétiennes. On peut imaginer que la diplomatie vaticane essaie de promouvoir un axe Bruxelles, Ankara, Moscou sur la question moyen-orientale en général et syrienne en particulier.

Quelles sont limites de l'action du Vatican ?

Nous ne sommes plus à l’époque du pape saint Pie V qui, en 1571, a été à la tête d’une coalition des rois et des princes afin de battre les Turcs à Lépante… Depuis la fin du XIXe siècle, le Souverain pontife s’érige simplement en "puissance morale" dans un monde de "puissances relatives". Il ne possède qu’une seule arme : celle de la parole. A plusieurs reprises, même s’il l’a fait de façon assez embarrassée, le pape François a rappelé la licéité de la guerre. Qu’est-ce que cela signifie ? Simplement qu’il existe, selon la tradition de l’Eglise, des guerres justes. Par exemple, Jean-Paul II estimait l’intervention en Yougoslavie nécessaire.

François fait de même à propos du conflit en Irak et en Syrie au cœur duquel se trouve l’Etat islamiste, totalitaire et meurtrier. Pourquoi le fait-il ? Parce que la doctrine d’une guerre juste est fondée sur le principe de la légitime défense. Trois conditions sont nécessaires pour qu’une guerre soit juste du point de vue de l’Eglise : une guerre doit être décidée par une autorité légale et/ou légitime ; l’adversaire doit avoir commis une faute qui mérite une intervention ; enfin la guerre doit promouvoir le bien. Ces trois conditions, posées par la philosophie de Saint Thomas d’Aquin, sont réunis depuis bien longtemps. Saint Augustin, bien avant saint Thomas, avait ajouté deux autres conditions: la légitime défense donc et la réponse à l’agression par des moyens proportionnels.

Que fait l'Eglise pour venir en aide sur le plan humanitaire aux chrétiens d'orient persécutés ?

L’action humanitaire et la défense d’un droit humanitaire est un des fondements de la politique du Saint-Siège. Des associations et des institutions sont directement ou indirectement rattachées à l'Eglise, comme Caritas, l'Aide à l'Eglise en détresse, l'Ordre de Malte, etc… Je rappelle que l’Eglise est la première "ONG" d’Afrique, même si le pape récuse le terme qui est évidemment laïc et n’indique absolument pas la réalité profondément religieuse de cette action humanitaire. Comme toute action humanitaire, elle vise à protéger les civils des guerres de toutes natures. Dans le cas du Moyen-Orient ou de l’Afrique, cette action est entravée par l’impossibilité d’accéder aux zones de conflits. Leur marge de manœuvre ne peut donc être que périphérique, c’est-à-dire qu’elle est essentiellement destinée aux camps de réfugiés qui fuient les zones contrôlées par l’Etat islamique. Ce qui est déjà énorme.

Le sujet vous intéresse ?

À Lire Aussi

Pourquoi l’esprit nouveau que veut insuffler le pape François aura de la peine à aller jusqu’au célibat des prêtres qu’il vient de mentionner à nouveauCélibat des prêtres : le Pape François affirme que la question est "dans son agenda"Le pape François accepte d’être assassiné mais ne veux pas que cela soit douloureux car il dit être une "mauviette"

Mots-Clés

Thématiques

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !