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Emmanuel Macron annonces couvre-feu
©LUDOVIC MARIN / AFP

Deuxième vague

Nouvelles mesures face au Covid-19 : Emmanuel Macron fait peser le poids des ratages du gouvernement sur les Français

Face à la crise sanitaire, Emmanuel Macron a annoncé la mise en place d’un couvre-feu dès samedi en Ile-de-France et pour 8 métropoles entre 21h00 et 06h00 pour au moins quatre semaines. Emmanuel Macron n'a pas évoqué les erreurs du gouvernement lors de la gestion de la crise. Quel impact politique les nouvelles mesures peuvent-elles avoir ?

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

Voir la bio »Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti est professeur associé à l'Université Paris-Sorbonne. Il vient de publier Le coup de com' permanent (éd. du Cerf, 2017) dans lequel il détaille les stratégies de communication d'Emmanuel Macron.

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Atlantico.fr : L’intervention du président de la République a beaucoup été justifiée par le fait que les Français n’y voyaient pas clair sur la stratégie du gouvernement, Emmanuel Macron a-t-il réussi à les éclairer ?

Arnaud Benedetti : Il a éclairé ceux qui veulent consentir à sa communication de justification mais il n’aura fait que renforcer le doute de ceux qui considèrent que la société et la société démocratique payent un prix élevé au manquement de l’Etat à assurer sa mission matrice de protection. Reste que la peur qui est celle des dirigeants a sans doute une vertu communicative pour faire accepter toujours plus de sacrifices à nos concitoyens. Le discours sur la résilience est devenu l’alibi qui dissimule de facto une imprégnation de la soumission. Ce nudge de la "servitude volontaire" se déploie à partir d’une crise systémique de la société technicienne qui par son extrême complexité n’est plus capable d’offrir les mesures de "bon sens", pour reprendre l’expression galvaudée par la com’ présidentielle , afin de combattre l’épidémie. Et pour combattre l’épidémie, il faut des moyens, de la réactivité extrême dans le déploiement des moyens, de la simplification dans l’organisation de ceux-ci. Après la campagne de Printemps aléatoire , nous entrons dans une campagne d’Automne qui l’est tout autant. 

Edouard Husson : Nous avons eu une fois de plus l’occasion de constater les méfaits du « en même temps ». Je soutiens l’économie. En même temps je veux un risque sanitaire le plus proche possible de zéro. C’est absurde. Les données de Santé Publique France montrent que les premières sources de « clusters épidémiques » sont les entreprises, les écoles et les universités. Puis les hôpitaux. Devant les « événements publics ou privés » et le « milieu familial élargi ». Emmanuel Macron ne veut pas pour autant assumer un choix: on laisse les entreprises travailler et les écoles et universités fonctionner. Il faut « en même temps » donner l’impression que l’on met la santé au premier plan, donc on fait de la gesticulation: couvre-feu, discours sentencieux sur qui vous avez le droit d’embrasser chez vous, combien de personnes peuvent être à la même table.

Entre poursuite d’une logique sanitaire et poursuite d’une logique économique, l’équilibre vous paraît-il le bon ? Et cette ligne de crête vous paraît elle avoir été clairement exprimée ?

Arnaud Benedetti : Il faudra du temps pour mesurer l’efficience de ces mesures . La réalité c’est que leurs  cohérences heurtent  parfois un entendement, y compris un entendement bienveillant. On assigne 19 millions de français à un couvre-feu et dans le même temps on laisse s’égayer dans la nature les vacanciers de la Toussaint, on entend limiter les interactions sociales et on ne généralise pas lorsqu’il est possible le télé-travail, on préconise de limiter le nombre de convives dans les repas privés et on laisse circuler des transports bondés. Est-ce audible ? La ligne de crêtes a tout plutôt de la ligne brisée. 

Edouard Husson : Je fais partie de ceux qui considèrent que l’on s’est trompé depuis le début sur la gravité de l’épidémie. On a ébranlé l’économie de nos pays pour une épidémie moins grave que certaines grippes et dont l’on peut aujourd’hui constater qu’elle touche d’abord les personnes âgées et des sujets à risque. Il ne s’agit pas de nier qu’il y a des personnes qui vont porter des séquelles du COVID, y compris plus jeunes, mais nos gouvernants portent une très lourde responsabilité sur le fait que le développement de la maladie peut être stoppé par un médicament ancien et sans risque, le plaquenil, couplé à un antibiotique. Didier Raoult est le virologue le plus reconnu au monde dans les milieux scientifiques et on a osé le traiter de charlatan dans les allées du pouvoir alors que les chiffres de l’IHU de Marseille parlent d’eux-mêmes - et que tous les médecins et les  puissants de France qui sont tombés malades ont utilisé la thérapie! Une fois que l’on a fait ce constat, on comprend que le problème d’Emmanuel Macron est celui d’un potentiel nouvel engorgement hospitalier: si on ne traite pas en amont, il faut traiter en aval. Comme on n’a pas compris la méthode sud-coréenne du confinement individuel de la personne testée positive, qui repose sur la rapidité d’obtention des résultats du test, on se condamne à de la gesticulation. Et comme on ne sait pas comment arrêter un éventuel engorgement de malades, on prend des précautions en expliquant aux Français qu’ils sont responsables d’un éventuel échec. 

Même si le président de la République a reconnu l’échec de StopCovid en annonçant le lancement de l’application de traçage qui doit le remplacer, il a largement esquivé le sujet des ratages du gouvernement. On sait pourtant que le manque de maîtrise des tests et du traçage d’une part, l’absence de contrôles sérieux de l’isolement des cas positifs d’autre part portent une lourde part de responsabilité dans la situation actuelle. Les leçons de ces ratages sont-elles tirées ? Et le diagnostic des causes de cet échec français vous paraît-il avoir été fait par Emmanuel Macron ?

Arnaud Benedetti : De manière très allusive seulement. Sur le fond on reste arc-bouté dans une stratégie du déni , voire même dans une escalade de la stratégie du déni, imaginant que tenir sur la distance celle-ci suffira à tenir, “ quoiqu’il en coûte ", l’opinion publique. On peut s’interroger sur la faiblesse du retour d’expérience de la première crise, celle du Printemps . À partir du moment où l’hypothèse du rebond était sur la table, pourquoi ne pas avoir réellement anticipé, y compris dans des délais très courts , et conforté l’offre des soins dont on comprend qu’elle est la clef de la maîtrise épidémique. Bien qu’il s’y réfère, la comparaison avec les autres pays européens à laquelle s’est adonnée le Président ne joue pas qualitativement en notre faveur. 

Edouard Husson : En fait, Emmanuel Macron a été au printemps dans l’outrance langagière. Il se voulait chef de guerre. Pour contrer une épidémie de basse intensité. Cela dénotait déjà le retard pris sur les événements. L’épidémie a démarré en octobre en Chine. Les premiers rapports diplomatiques sur le sujet arrivent fin novembre à Paris. Les premières réunions de crise se tiennent en décembre au Ministère de la Santé. La première chose à faire - de nombreux pays l’ont fait - aurait été de contrôler très strictement les frontières. Puis, effectivement, de mettre en place un système de tests rapide et efficace. Mais pour que cela marche, il aurait fallu s’appuyer sur les tous les éléments du dispositif: les médecins de ville - or on leur a très vite retirer le droit de prescrire le plaquenil; les hôpitaux privés - on les a ignorés pendant des semaines; les capacités de construire des hôpitaux de campagne de l’armée - on l’a à peine mobilisée. En réalité, le confinement généralisé aurait pu déboucher sur une énorme catastrophe : mettre ensemble chez eux des personnes infectées et des personnes saines était la chose la plus absurde que l’on pût imaginer. Heureusement, le COVID 19 n’est pas le tueur qu’impliquait les rodomontades du président de la république au printemps. Et la reprise d’une vie en partie normale depuis lors ne crée pas de « seconde vague ». On a affaire à un rattrapage: un virus doit circuler jusqu’à ce qu’il s’épuise. 

Ces mesures sont annoncées pour 4 semaines, de facto le gouvernement est contraint de faire peser sur les Français des contraintes d’une logique proche de celle d’un nouveau confinement faute d’avoir su mieux se mobiliser, quel impact politique cela peut-il avoir ? 

Arnaud Benedetti : Le Président est en première ligne. Son Premier ministre pour le moment ne le protège pas, comme avait su le faire malgré tout Edouard Philippe. En outre nous n’avons pas encore subi le choc économique et social des conséquences du confinement des mois de Mars et Avril. Cette vague là n’a pas encore fait subir ses effets qui ne manqueront pas d’être politiques également. L’impact de la colère, de la frustration, de l’inquiétude est à ce stade une matière sociale en apesanteur, sans appariement pour le moment. Le pari d’Emmanuel Macron sans doute est qu’aucune offre ne soit en mesure de métaboliser ce potentiel... 

Edouard Husson : Le plus choquant, c’est que, refusant d’assumer le choix de l’économie - et donc de se voir accusé de prendre des risques sanitaires, éventuellement quelques décès supplémentaires - le pouvoir décide de s’en prendre à la vie privée des gens, prétend s’ingérer dans la vie sociale. Est-ce qu’on se rend compte que celui qui est assis dans le fauteuil du Général de Gaulle a pris le temps de dire hier qu’il ne fallait pas être plus de 6 à table et qu’on ne devait pas faire preuve de gestes d’affection avec la famille élargie. Alors que les étudiants s’entassent dans des amphis mal aérés, que rien n’a été fait pour alléger la tension habituelle sur les transports en commun etc... Encore une fois, heureusement que l’épidémie est de gravité toute relative. Sinon, on irait vers une catastrophe ! Le plus grave dans tout cela, c’est l’irresponsabilité: on met en danger le secteur de la restauration un peu plus, sans aucune utilité. Contrairement à ce que croit ce président qui ne doit pas avoir eu beaucoup d’amis ni avoir souvent fait la fête, les Français se comportent comme des gens raisonnables dans leur cadre privé. 

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