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Nouvelle attaque sur les Champs Elysées : assiste-t-on à une intifada à la Française ?
©AFP

Fada

Nouvelle attaque sur les Champs Elysées : assiste-t-on à une intifada à la Française ?

Si on peut pas parler d'intifada textuellement, le djihadisme français est bien en mutation, opérant un retour à la normal avec des attaques visant des représentants de l'Etat au lieu de civils.

François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe, docteur d’État, hdr., est directeur de recherche à l’IRIS, spécialisé dans la communication, la cyberstratégie et l’intelligence économique, derniers livres : « L’art de la guerre idéologique » (le Cerf 2021) et  « Fake news Manip, infox et infodémie en 2021 » (VA éditeurs 2020).

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Atlantico : Ce 19 juin, un homme aux commandes d'un véhicule, contenant armes et explosifs, a percuté un fourgon de gendarmeries sur l'avenue des Champs Elysées. Dans un climat de répétition des actes, 2 semaines après l'attaque sur le parvis de Notre Dame, la France assiste-t-elle à une forme d'intifada sur son territoire ?

François-Bernard Huygues : il y a plusieurs intifada. Il y en a eu une en 1987, illustrée par des palestiniens balançant des cailloux sur les soldats armés. Il y a eu une deuxième intifada en 2001. Mais la différence entre une intifada et une suite d'attentats c'est que l'intifada se présente comme une révolte dans des territoires occupés. Il s'agit donc de groupements qui se disent représentatifs d'une population, et qui rentrent en conflit avec les autorités. La première intifada s'est faite à coup de cailloux. La seconde était plus violente. Il s'agit d'une population qui attaque systématiquement les autorités d'une autre population, en visant particulièrement les policiers. Ce qui se rapproche le plus de ce qui se passe en ce moment n'est pas une intifada, dans la mesure où il ne s'agit pas de demander la libération d'un territoire français, et qu'on est dans le cas d'un attentat, c'est-à-dire un acte de violence brusque qui va éclater. Ce n'est pas une situation où tout le monde attaque la police. A la rigueur, nous pouvons comparer ce qu'il s'est passé en 2015, avec l'intifada des couteaux où on a vu des palestiniens attaquer des gens brusquement avec des couteaux. Mais ne mélangeons pas les notions. On est devant du terrorisme djihadiste. 

En quoi le fait qu'une nouvelle fois, ce sont les forces de l'ordre qui sont la cible des assaillants peut-il changer la donner ? Est-on en train d'assister à une mutation des formes du terrorisme ? 

C'est plutôt un retour à la normal. Depuis la fin du XIXème siècle, les cibles préférées des groupes terroristes, quelles que soient leurs origines, étaient les militaires,  les gendarmes et les policiers. Bref, ceux qui portent un uniforme, et qui sont facilement reconnaissables et symbolisent l'Etat. Est-ce qu'on a une tendance des djihadistes français à plus s'en prendre soit à des militaires, soit à des policiers, avec moins de chance de réussite. C'est possible que le terrorisme soit en train de muter, mais on est de retour à une forme plus normale de terrorisme qui s'en prend à quelqu'un qui représente l'Etat plutôt que n'importe qui dans la rue.  

Encore une fois, l'assaillant était fiché S, ce qui n'a pas empêché l'auteur des actes d'être en possession d'un permis de port d'armes. Comment la législation peut-elle s'adapter à un tel climat ?

Première précision : il n'avait pas de permis de port d'armes, qui est quelque chose de rarissime. Il était en principe un tireur sportif qui avait la licence pour détenir 3 armes. Il était inscrit dans un club de Tir. Il avait obtenu sa licence auprès de la Fédération Française de Tir. Il s'entraînait régulièrement, et avait demandé l'autorisation en préfecture de détenir des armes à usage sportives chez lui. Afin de recevoir ce permis de détenir, il faut casier vierge. Si j'ai bien compris, il avait ses armes depuis 2012. C'était donc un tireur assez ancien. Au moment où on lui a donné son permis, il n'était pas encore fiché S.  Mais lui a renouvelé son permis à un moment où il était fiché S, impliqué par du djihadisme étranger. C'est sûr que, même en étant fiché S, vous avez le droit à votre permis  de détention, on se demande à quoi sert d'être fiché S.  Il y a deux explications possibles : la première est le patacaisse bureaucratique, où une administration n'arrive pas à communiquer avec une autre. C'est celle qui me semble la plus réaliste. La seconde explication possible est que l'on ne lui aurait pas retiré son permis afin d'éviter d'éveiller des soupçons. 

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