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La nouvelle agence de notation 
européenne ne changera rien 
à court terme
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Bonne ou mauvaise note ?

La nouvelle agence de notation européenne ne changera rien à court terme

Une nouvelle agence de notation européenne semble sur le point de voir le jour en Allemagne. Alors que l'initiative est saluée par le pouvoir politique, elle ne changera cependant en rien la donne dans ce secteur.

Sylvain Broyer

Sylvain Broyer

Sylvain Broyer est enseignant en Master Banques à l’Université Paris Dauphine.

Chroniqueur au FT Deutschland entre 2005 et 2007, il tient également depuis trois ans une chronique mensuelle sur la BCE et les banques centrales dans le quotidien français de la Finance AGEFI. 

Il est aussi occasionnellement relecteur scientifique de la revue Economie Internationale.

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Atlantico : La première agence de notation européenne semble sur le point de voir le jour en Allemagne sous l'impulsion de la société Roland Berger. Cette initiative peut-elle changer la donne dans le secteur ?

Sylvain Broyer : Malgré les nombreuses critiques formulées, les acteurs du marché du crédit, qu’il s’agisse des banques ou des investisseurs, restent encore très dépendants des principales agences de notation pour apprécier le risque de crédit. Elles restent une référence dont on peut difficilement faire l’économie.
 

Ainsi, pour les banques, si l’utilisation de la méthode avancée de la réglementation de Bâle permet l’utilisation de notations internes pour l’évaluation du risque sur les expositions classiques, elle impose en revanche l’utilisation des notations des agences pour les actifs titrisés.

Pour qu’un titre soit éligible aux opérations de politique monétaire de l’Eurosystème de la BCE (cessions temporaires, open market, facilité de prêt marginal), l’émetteur doit être noté par au moins deux des quatre principales agences de notation (S&P, Moody’s, Fitch et DBRS). Une banque dépend donc fortement des agences de notation.

Concernant les investisseurs, il convient de rappeler que les statuts des OPCVM prévoient souvent une notation minimum pour qu’un titre puisse être mis en portefeuille, ce qui induit une dépendance par rapport aux agences de notation. Ajoutons en outre qu’au-delà des OPCVM, les assureurs sont plus généralement contraints par des limites de notation (la catégorie investissement constitue souvent un minimum), ce qui sera généralisé avec Solvency II.

Une substitution à court terme paraît donc assez improbable. Casser l’offre oligopolistique actuelle et diversifier le nombre d’agences, par exemple en créant une agence de notations européenne n’apporterait probablement pas un succès rapide. Tout nouvel acteur entant sur ce marché pâtirait d’un manque d’historique pour la constitution de ses bases de données, d’interrogations des clients-investisseurs quant à la validité de ses modèles, et d’une courbe d’expérience vraisemblablement jugée insuffisante dans un premier temps.

Ce manque de "confiance" envers tout nouvel entrant empêche t-il la formation de nouveaux acteurs susceptibles de remettre en cause l'oligopole actuel ? Si oui, comment y remédier ?

Il ne faut pas abandonner le projet d’une agence européenne face aux difficultés techniques du projet. Les succès de la jeune agence chinoise Dagong, qui a dégradé la note américaine bien avant tout le monde, le montre. Mais il faut donner du temps au temps.

Une nouvelle agence de notation ne peut s’imposer aux investisseurs que par ses succès.Il faudra démontrer que son système de notation est plus efficace et plus juste que celui des agences dominantes aujourd’hui. Plus efficace, cela veut dire notamment que les changements de rating puissent anticiper la dégradation de la qualité de crédit d’un émetteur et pas simplement valider une situation déjà avérée. Plus juste, cela veut dire être capable de différencier finement d’un émetteur de dette à l’autre en fonction de critères très variés.

La création d'une nouvelle agence de notation émane t-elle avant tout d'une volonté politique plutôt que d'une demande économique réelle ?

Non, au-delà de la polémique, il y a une réelle demande économique. L’oligopole actuel n’est pas satisfaisant, dans le sens où il a conduit les marchés à de mauvaises allocations des capitaux. La rente de l’utilisateur est de plus supérieure en cas de concurrence que d’oligopole. Il faut donc avancer. Simplement, il n’est pas dit que nous voyions déjà poindre une alternative crédible. Encore une fois, seul le temps le dira.

Propos recueillis par Olivier Harmant

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