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Notre système de santé est-il encore à notre service au regard des leçons de la pandémie de Covid-19 ?
Notre système de santé est-il encore à notre service au regard des leçons de la pandémie de Covid-19 ?
©LUDOVIC MARIN / AFP

Leçons de la pandémie

Notre système de santé est-il encore à notre service ?

Une tribune de Xavier Camby.

Xavier  Camby

Xavier Camby

Xavier Camby est l’auteur de 48 clés pour un management durable - Bien-être et performance, publié aux éditions Yves Briend Ed. Il dirige à Genève la société Essentiel Management qui intervient en Belgique, en France, au Québec et en Suisse. Il anime également le site Essentiel Management .

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Notre humanité n’en est pas à sa 1ère pandémie. Ni hélas à la dernière. Certaines de nos évolutions sembleraient même en avoir jadis heureusement résulté. Il n’est pas impossible aussi qu’un jour nous découvrirons qu’elles naissent et se propagent par « effet cocktail » - une bactérie potentialisant et catalysant une infection virale. Ou inversement.

Il y a exactement un an aujourd’hui que nous sommes confinés et toujours davantage contraints, pour éviter l’implosion de notre système de santé et l’explosion de nos hôpitaux. Réaffirmons ici notre solidarité avec celles et ceux qui, très diversement, ont souffert ou souffrent encore du méchant microbe qui nous obnubile, notre considération pour l’extraordinaire travail de nos soignants ou de nos élus et de leurs conseillers. Il semble cependant opportun de réfléchir un peu à ce que la gestion de cette pandémie révèle de notre société.

Permettez-moi quelques anecdotes, qui seraient plaisantes s’il ne s’agissait de vie ou de mort. Et de santé globale. Tout récemment vacciné contre le virus, un homme âgé de plus de 90 ans mourut après seulement 10 jours. Instantanément l’information fusa : il ne serait pas décédé du vaccin, puisqu’il était déjà mourant. Le paradoxe est insoluble : est-ce moral d’utiliser un vaccin pour un mourant, alors qu’on en manque ? Ou bien est-ce ce vaccin qui l’a achevé et qu’on nous ment ? Je veux partager encore ces inconfortables expériences personnelles, qu’un jour peut-être vous aurez aussi vécu. Changeant de médecin de « famille » à l’occasion d’un déménagement, un assommant inventaire de tous mes risques potentiels me fut asséné. Sans pourtant que cette manœuvre anxiogène entame ma tranquillité. Ce « médecin » me reprocha alors, avec une rude violence verbale, sous forme de menace, « ma belle sérénité ». Et lors des examens de routine qu’ensuite j’acceptais, pris en charge par une infirmière et un médecin dans un service hospitalier, je me suis soudain retrouvé dépossédé de moi-même, sans autre explication qu’un jargon abscons et plutôt anxiogène.

Le traumatique souvenir de la fièvre espagnole (américaine en fait) nous a-t-il poussé à une surenchère de sur-précaution, très éloignée de son initial principe, dès l’émergence du virus actuel ? Car il est indispensable de l’affirmer : plus 95% des européens contaminés par le virus s’en retrouvent fort heureusement guéris, sans aucune séquelle. Et en Europe, la moyenne d’âge des victimes réellement mortes du CoVid19 est de plus de 85 ans. Comment ne pas le dire : il n’y a dans ces morts regrettables rien de prématuré !

Se pourrait-il donc, qu’à force de sanitarisme, nous en arrivions à penser que la mort n’est qu’une ultime forme de maladie, à vaincre absolument ? Alors pourtant qu’elle participe de toute vie et que rien de ce qui vit sur notre merveilleuse Terre n’y échappe ? Cette inéluctable mort biologique programmée nous serait-elle donc désormais refusée ou déniée ?

Et pourquoi prioritairement vacciner les anciens ? N’est-ce pas la 1ère fois qu’une vaccination antiépidémique commence par celles et ceux qui sont déjà très proches de l’échéance de de leur vie ? Concrètement, ne pourrait-on pas en déduire qu’ils sont aussi les premiers et principaux clients de notre très prohibitif système de santé ?

Ne serait-il pas plus rationnel et efficient de vacciner prioritairement les personnels de santé, les jeunes gens et toutes les personnes au service des autres ? Comme lors d’une authentique pandémie ? Notamment pour leur permettre de se mettre au service de tous, plutôt que de nous nous retrouver imposé d’inaction sociale, au motif de l’injonction à un très isolant confinement ?

Le paradoxe le plus ultime est le aussi le plus authentiquement inquiétant : depuis le début de cette crise, tous les sacrifices qui nous sont imposés se veulent légitimes au motif de la préservation de notre système hospitalier. L’argument de la conservation des capacités de nos « services de la santé », les hôpitaux surtout, exige, voire impose, un sacrifice de plus en plus entier de nos vies, de nos libertés et de notre futur. Pour pouvoir rester opérant, au service de seuls mourants ?

Cette inversion m’inquiète : aurions-nous laissé se développer un monstre, très sournoisement, en dehors de tout contrôle de notre société économique ? Discret mais très efficace, comme un symbiote se nourrissant de la sève vitale de notre monde, sans jamais rien lui en redonner, aurait-il entrepris de nous consommer ou de nous dévorer ?

Me permettez-vous une interrogation un peu brutale ? Nos remarquables et souvent géniales organisations sanitaires sont-elles encore à notre service ? Ou bien est-ce nous qui serions désormais à leur service, quitte à ne plus pouvoir vivre librement ? Quitte à être confinés ou enfermés pendant des mois, pendant que des lits d’hôpital demeurent vacants ? Quitte à nous résigner à l’isolement, l’angoisse ou la privation de liberté – comme autant de petites morts ? Quitte à refuser notre lot commun : se préparer toute notre vie à sereinement et dignement mourir ?

Car c’est l’argument très toxique de cette nouvelle idéologie – comme toujours marquée des meilleurs des bonnes intentions : vouloir empêcher les mourants de mourir, quitte à empêcher les vivants de vivre.

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