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Le président de la République serait désormais convaincu qu'il va dans le mur.
Le président de la République serait désormais convaincu qu'il va dans le mur.
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Non, ce n'est pas une blague : François Hollande va essayer de changer de politique

Des ministres qui avalent leur chapeau, d’autres qui ravalent leurs convictions, certains qui se taisent ou qui se convertissent au libéralisme… Branle-bas de combat dans les ministères. Selon des observateurs avisés, il y aurait des signes qui indiqueraient que le président aurait enfin décidé de changer de politique et d’opter pour une stratégie plus libérale.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Tout d’abord, le président de la République serait désormais convaincu qu'il va dans le mur. Pas de croissance, pas d’emplois et, plus grave, un risque d’écrasement par les marchés au printemps prochain. D’où une prévision de hausse des taux d’intérêt et la perspective de blocage du marché obligataire… Avec, à la clef, l’humiliation d’être obligé de demander de l’aide à l’Europe et au FMI. La honte. 

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Pour la présidence de la République, ce scenario qui était complètement irréel en septembre est devenu crédible depuis le début du mois de décembre. Compte tenu de la grogne sociale, les agences de notation ont prévenu la France que les chances de redressement étaient compromises pour des raisons politiques. C’est à ce moment-là que le Président a acquis la conviction que sa politique faisait fuir les investisseurs (cf l’analyse de Jean-Jacques Netter sur Atlantico). C’est à ce moment-là que du côté de chez Pierre Moscovici on a commencé à s’inquiéter.

A partir de la fin novembre, l’Élysée a donc commencé à reconnaître en privé, que la politique suivie n’était pas la bonne. Les chefs d’entreprises ont multiplié les alertes auprès du chef de l’État. Toutes les occasions étaient bonnes pour lui dire qu'il y avait le feu dans la maison. C’est à ce moment aussi que les personnels de cabinet ont commencé à demander des changements d’affectation. Mais le coup de gong, en forme d’avertissement, a été donné par Bercy qui a confirmé que le manque à gagner fiscal serait de 11 milliards d’euros

En dépit des hausses, le rendement de l’impôt a baissé. Ça veut dire que les contribuables ont commencé a baissé les bras. Trop d'impôt tue l'impôt : le phénomène est archi connu des économistes. Les contribuables qui le peuvent rechignent à travailler plus ou travaillent au black, ceux qui le peuvent partent à l’étranger et ceux qui le peuvent prennent leur retraite etc.

Fort de ce diagnostic, le Président a changé de ton et d’attitude. Il a tout fait pour essayer de calmer la révolte des bonnets rouges, des pigeons et autres déplumés. Il a tout fait pour calmer son Premier ministre dans son ambition de réforme fiscale. Jean-Marc Ayrault a dû avaler son chapeau. On ne touchera à rien et surtout pas aux impôts. Au contraire, le Président a discrètement mais fermement sanctuarisé le crédit d’impôt recherche, le crédit d’impôt compétitivité, et rendu hommage à l’inventivité des chefs d’entreprise français. Dans la foulée, il refuse à son aile gauche tout coup de pouce au smic, pour ne pas abimer encore davantage la compétitivité des entreprises. 

Il invite Benoit Hamon à raboter de sa loi les sujets qui fâchent comme l’obligation pour un patron qui voudrait vendre son affaire d’en informer le personnel et voir s’il y a des repreneurs en interne. En revanche Benoit Hamon est sommé de mettre en lumière tout ce qui va concourir à améliorer la concurrence dans les différents secteurs. En réalité, c’est encore timide. Ce n’est pas en autorisant la vente des lunettes sur internet qu’on va bouleverser la société. Mais c’est un début. Pour Benoit Hamon, c’est compliqué à défendre lui qui a combattu la dérèglementation et le libéralisme qu'il considérait comme une maladie honteuse. Les jours passent. Son voisin de Bercy, Arnaud Montebourg, a cru faire le malin la semaine d’avant en critiquant l’innovation, le progrès technique et la mise en concurrence. Pas forcément dans l’air du temps d’une économie d’offre. Du coup, il est quasiment interdit d’antenne depuis une semaine. 

Quant à Cécile Duflot, qui déteint le triste record d’être le ministre du Logement à avoir le plus asphyxié le secteur de la construction, elle comprend très vite que si elle veut garder son job, il lui faut revenir en arrière. Ce qu'elle fera le week-end dernier en révisant les dispositions de ce projet utopique de GUL, garantie universelle des loyers, qui aurait coûté une fortune à l’État puisque personne n’aurait plus eu intérêt à payer son loyer. Pour couronner le tout, elle va même jusqu’à préconiser un fichier des mauvais payeurs de loyers. Incroyable pour celle qui, dans l’opposition, se battait contre le fichier des surendettés à la banque de France. 

Hier, la surprise du jour a bénéficié aux auto-entrepreneurs. Après avoir essayé de les tuer il y a six mois, voilà que Sylvie Pinel reçoit un rapport qui préconise tout le contraire. C’est-à-dire de leur donner un ballon d’oxygène en leur permettant de vivre et de s’épanouir. Plutôt que de restreindre et de contrôler les auto-entrepreneurs, l’idée c’est d’en élargir le bénéfice.

Ne parlons pas de Marisol Touraine, ministre de la Santé qui reconnait ce que tout le monde savait, à savoir que la gestion de l’hôpital public n’est pas très rigoureuse. Médecins en surnombre, jeu abusif avec les heures supplémentaires, remplaçants qui ne remplacent pas mais qui touchent les vacations. Au total, 500 millions d’euros à récupérer. Pas mal. Si toutes les administrations se mettent ainsi à nettoyer leurs comptes on va peut-être faire des économies. Enfin.

A l’initiative de François Hollande, le gouvernement aurait donc compris que le bon sens est encore le meilleur carburant de l’économie. C’est un peu le miracle de Noël, pourvu que ça dure.

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