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Promesses - Bilan : 1 - 0
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EDITORIAL

Promesses - Bilan : 1 - 0

Nicolas Sarkozy dressait lundi un premier bilan du grand emprunt... ou plutôt une série de promesses sur l’avenir. Ce mardi Martine Aubry annonce sa candidature en se projetant, elle aussi, dans le futur. Finalement en politique les promesses importent plus que les bilans.

Alain Renaudin

Alain Renaudin

Alain Renaudin dirige le cabinet "NewCorp Conseil" qu'il a créé, sur la base d'une double expérience en tant que dirigeant d’institut de sondage, l’Ifop, et d’agence de communication au sein de DDB Groupe.

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L’élection politique a cette forme de paradoxe qui consiste à être élu sur un projet, et pas forcément réélu sur le bilan du projet. Et même si nous vivons dans un monde qui exige des résultats, du discours de preuve, de l’efficacité, rien n’y fait, seul le projet est séducteur. A tel point que nous ne parlons finalement quasiment jamais du bilan des réformes, des résultats produits par l’application de la loi, sauf exception.

Et l’une de ces exceptions, ce sont bien sur les 35h, qui se réinviteront inévitablement dans le débat présidentiel à venir, surtout avec Martine Aubry en candidate. Mais en règle générale, l’objectif politique semble souvent être davantage de réformer que de produire les résultats de la réforme, surtout dans un pays comme la France où il est difficile de faire bouger les lignes. La satisfaction, le « résultat » politique est de l’avoir fait, d’avoir fait passer la loi. Le débat fait rage au moment du projet, on oppose les analyses, les résultats escomptés, le coût, et une fois la loi adoptée, il est bien difficile et rare d’en reparler et d’en évoquer l’impact.

Les projets font plus rêver que les résultats, souvent difficiles à mesurer, souvent moins positifs que prévus, et souvent influencés par un ensemble de facteurs toujours difficiles à isoler. C’est pour cela que paradoxalement, on ne gagne pas une élection en défendant un bilan, on ne parle pas du passé mais de l’avenir. François Mitterrand en avait même tiré une attaque fameuse, et sans doute fatale, en 1981 face à Valéry Giscard d‘Estaing : « Vous ne voulez pas parler du passé, je le comprends bien naturellement » […] « vous êtes devenu dans l’intervalle (1974-1981) l’homme du passif ». Réplique à « l’homme du passé » lancé par Giscard, et surtout revanche 7 ans plus tard de la non moins fameuse et cinglante réplique « vous n’avez pas Monsieur Mitterrand le monopole du cœur ».

En 1974 et 1981, Giscard et Mitterrand sont donc respectivement « inspirés », ils sont portés dans des élans de victoire, dans des dynamiques positives, très réfléchies mais aussi intuitives. On sent alors une forme de rouleau compresseur, de baraka. Jacques Chirac en 1995 connaîtra lui aussi, une époustouflante montée en puissance renversant finalement tout sur son passage après avoir été longtemps bousculé par Edouard Balladur. Nicolas Sarkozy en 2002 connaîtra lui aussi cette vista présidentielle, avec toujours un temps d’avance sur ses concurrents

1974, 1981, 1995, 2007, des campagnes « magiques », de premiers mandats présidentiels

1974 et 2007 étaient également des campagnes de premières candidatures pour VGE et Sarkozy, ce qui n’était pas le cas pour Mitterrand en 1981 (3ème candidature) ou pour Chirac en 2005 (3ème candidature également). Les seconds mandats sont plus difficiles à conquérir, et lorsque c’est le cas ce sont des élections qui génèrent beaucoup moins de ferveur (Mitterrand en 88 face à un duel fratricide entre Giscard et Chirac / Chirac en 2002 face à la chaise vide de Jospin).

Nicolas Sarkozy aura donc sans doute des difficultés à essayer d’exploiter un bilan qui n’est jamais un argument électoral très « vendeur » et dont l’analyse sera biaisée par un contexte économique très défavorable. Comme ses prédécesseurs, il aura des difficultés à retrouver l’élan d’une première investiture. Il pourrait essayer d’exploiter la lutte entre les candidats du Parti Socialiste, comme la lutte Chirac-VGE avait profité à Mitterrand en 88, avec une différence notable : l’absence de primaire à l’époque. Cette élection 2012 serait une première candidature, pour François Hollande ou pour Martine Aubry. Reste à savoir si nous connaîtrons dans les semaines et mois à venir l’émergence d’une campagne « magique » pour l’un des candidats en « virginité présidentielle ».

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