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Nicolas Hulot : enfant gâté ou symbole de l'échec des Verts ?
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Mise à distance

Dans un communiqué transmis à l'AFP, l'ancien candidat à la primaire écologiste a déclaré se mettre à "distance bienveillante" du parti. Il ne sera donc pas présent aux journées d'été d'Europe Écologie-Les Verts. Symbole de l'incapacité des Verts à rassembler ?

David Valence

David Valence

David Valence enseigne l'histoire contemporaine à Sciences-Po Paris depuis 2005. 
Ses recherches portent sur l'histoire de la France depuis 1945, en particulier sous l'angle des rapports entre haute fonction publique et pouvoir politique. 
Témoin engagé de la vie politique de notre pays, il travaille régulièrement avec la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) et a notamment créé, en 2011, le blog Trop Libre, avec l'historien Christophe de Voogd.

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Atlantico : Nicolas Hulot parle de « distance bienveillante » vis-à-vis d’Europe Écologie les Verts dans son communiqué. Comment interprétez-vous cette expression ?

David Valence : En clair, cela signifie qu'Hulot ne se sent plus vraiment concerné par ce qui se passe à Europe Ecologie-Les Verts, mais ne veut pas être accusé de préparer son ralliement à un autre candidat. 

Cette déclaration est à rapprocher des critiques qu'il avait déjà adressées à EELV dans une interview accordée au magazine Bretons, il y moins d’un mois.

En réalité, Nicolas Hulot n'a tout simplement pas su trouver sa place au sein d’Europe Écologie Les Verts. Il a débarqué il y a très peu de temps, sans expérience politique directe, dans une formation qui compte proportionnellement beaucoup d’élus et fonctionne en même temps selon des règles très démocratiques. Les militants d’EELV ont peut-être eu le sentiment qu’il leur tenait ce langage : « aimez-moi parce que je suis le plus fort dans les sondages ». Ils n’ont pas été séduits : il leur suffisait de se souvenir de la longue proximité entre Hulot et EDF, ou des problèmes que l’hypothèse de sa candidature leur avait déjà posés en 2007 pour être complètement refroidis à son égard. .

Cette prise de distance n’est, en soi, pas très grave pour EELV. Sauf qu’elle a valeur de symbole : elle témoigne de ce que le projet de refondation très ambitieux engagé par les Verts à l’occasion des européennes de 2009, sur une idée originale de Daniel Cohn-Bendit, a en partie échoué. Ou qu’il est passé en seconde partie de l’agenda politique d’EELV. Il y a deux ans, les Verts avaient su pousser les murs de la maison. Ils ne s’y enferment pas aujourd’hui à double tour, mais s'orientent tout de même vers une campagne présidentielle très marquée à gauche, dans la droite ligne de celles de Noël Mamère en 2002 ou de Dominique Voynet en 1995 et 2007.

Il dit dans son communiqué que c'est « un recul momentané » et qu'il apportera, « en temps utile », au débat publique ses contribution à cet enjeu universel qu'est l'écologie. Nicolas Hulot va-t-il jouer un rôle pendant la présidentielle malgré tout ?

Nicolas Hulot cherche au fond à rééditer le scénario de 2007, à ceci près que c’était lui qui avait alors, seul, décidé de n’être pas candidat. Il avait laissé courir l’hypothèse, les Verts l’avaient un peu attendu puis l’avaient craint, et finalement… il n’avait pas été candidat.

Mais il avait ensuite réussi à peser sur les enjeux de la présidentielle en soumettant un « pacte écologique » à la signature des principaux candidats. Ne négligeons pas l’importance qu’a eu alors ce « pacte » sur la prise de conscience du péril environnemental par les responsables politiques !

En 2007, Nicolas Hulot avait donc contribué, à sa manière, à mettre l'écologie au cœur du débat politique. Sans doute rêve-t-il de rééditer ce « coup » aujourd’hui, en proposant par exemple un agenda de réformes aux futurs candidats.

Peut-on imaginer que Nicolas Hulot rejoigne Jean-Louis Borloo si Jean-Louis Borloo était candidat ?

De tous les écologistes engagés et connus du grand public, Nicolas Hulot est sans doute un des plus compatibles avec la droite. Cela lui a d’ailleurs fait du tort à Europe Ecologie-Les Verts ! Mais si Nicolas Hulot ralliait aujourd’hui Jean-Louis Borloo, il perdrait toute crédibilité. Son opportunisme –un coup à gauche, puis, si ça ne marche pas, un coup à droite- serait très critiqué.

Son ralliement ferait-il gagner des points à la candidature de Jean-Louis Borloo ? Ce n’est même pas sûr, car l’ancien ministre de l’Ecologie et du Développement durable n’a pas besoin de Nicolas Hulot pour être reconnu par les Français comme un partisan des « réformes vertes ».

Est-ce la fin d'une écologie politique non-partisane ?

L’écologie a toujours pour partie échappé à l’action politique classique. Elle est aussi incarnée, et depuis longtemps, par tout un réseau d’associations plus ou moins proches de mouvements politiques, mais qui tiennent jalousement à leur indépendance.

Quant à l’écologie politique, elle a longtemps refusé, en France, de se situer sur l'échelle droite-gauche. Le tournant se situe à cet égard en 1993-1994, quand Dominique Voynet, Andrée Buchmann et d’autres ont fait « basculer » les Verts vers un système d’alliances exclusivement à gauche.

On a assisté en 2009, avant les européennes, sous l'impulsion de Daniel Cohn-Bendit, à une tentative de réunification des familles écologiques divisées depuis le début des années 1990 : Corine Lepage, Vice-présidente du MoDem, s’est un temps dit prête à intégrer EELV, EELV a fait figurer Antoine Waechter sur sa liste dans le Haut-Rhin. Autre changement intervenu en 2009 : la volonté d’ouvrir les écologies politiques aux acteurs de la société civile. Cette stratégie impliquait d’insister moins sur le clivage  droite-gauche. Il y a deux ans, Cécile Duflot avait même mis les enchères assez haut dans les négociations avec le Parti socialiste en menaçant de maintenir des candidats écologistes aux élections locales contre des socialistes ou des communistes dans certains cas.

A travers le retrait de Nicolas Hulot, c'est le retour à un calendrier et à un positionnement plus à gauche qui se joue un peu. Le projet de rassemblement de tous les écologistes a en partie échoué, comme l’ouverture à la société civile en dehors même des échéances électorales. Ce qui est possible aux européennes ne l'est pas forcément pour une présidentielle…

Par ailleurs, s’il existe un candidat qui peut jouer la carte de la société civile, je pense que c'est Jean-Louis Borloo, car il a gardé de la proximité avec les milieux patronaux et les acteurs du dialogue social. C'est dans la société civile que sa candidature aura sans doute l'écho le plus grand, et pas forcément dans le milieu politique ; même s’il enregistre de nombreux ralliements au centre.

Eva Joly, qui aurait pu être une candidate très « société civile », a abandonné ce terrain pour une entrée en campagne plus classique, plus politique. Le terrain de l’ouverture à cette « société civile » sera, à mon avis, plutôt occupé par Jean-Louis Borloo s’il est candidat que par EELV.

L'ombre de Hulot va-t-elle planer au-dessus de ces journées d'été ou les Verts sont-ils déjà passés à autre chose ?

Les militants d’EELV sont clairement passés à autre chose. Ils sont très occupés aujourd'hui par des questions de négociations pour les législatives et les sénatoriales avec les socialistes, pour construire une majorité de gouvernement. Beaucoup considèrent un peu Hulot comme un enfant gâté qui voulait tout, tout de suite. Et qui boudera ces Universités d’été, faute d’avoir obtenu ce qu’il voulait…

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