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Newt Gingrich souffre d’une personnalité complexe et parfois instable.
Newt Gingrich souffre d’une personnalité complexe et parfois instable.
©Reuters

Gingrincheux, pas simplet

Newt Gingrich : l'intellectuel iconoclaste qui pourrait affronter Obama

Après la chute dans les sondages de Rick Perry et le retrait d’Hermain Cain, la ferveur du parti républicain s’est reportée sur Newt Gingrich, un vieux routier de la vie politique américaine, dont la candidature n'est pourtant pas exempte de lourds défauts

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane est spécialiste des questions de défense.

Il est également maître de conférences à Science-Po Paris. 

Il est l'auteur de Questions internationales en fiches (Ellipses, 2021 (quatrième édition)) et de Premiers pas en géopolitique (Ellipses, 2012). il est également l'auteur de Théories des relations internationales (Ellipses, février 2016). Il participe au blog Eurasia Prospective.

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Le premier défaut de Gingrich est d’être un véritable intellectuel, une rareté sur la scène politique américaine. Diplômé d’histoire, spécialiste de l’Europe, il a visité Verdun et consacré sa thèse au sujet peu connu de la politique éducative du Congo belge. Il a ensuite enseigné l’histoire dans une modeste université de Géorgie avant de se lancer en politique à la fin des années 1970. Il est depuis l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont certains de fictions historiques, ce qui tranche avec le côté terre à terre des autres candidats. Dans un pays qui aime peu les hiérarchies sociales, les politiciens américains prennent grand soin de paraître plus sots qu’ils ne sont vraiment. L’ancien président Georges W. Bush rappelait plaisamment, en parlant de son condisciple de Yale, le théoricien conservateur William F. Buckley : « il a écrit un livre pendant sa scolarité à l’université et moi j’en ai lu un ». Gingrich a, au contraire, un côté Pic de la Mirandole, n’hésitant pas à ensevelir les auditeurs sous ses connaissances historiques.

Il connaît trop bien Washington... et a pactisé avec Bill Clinton

Son second défaut, aux yeux des électeurs du Grand Old Party (GOP), est de trop bien connaître Washington. Elu de Géorgie, il fut à l’origine de la victoire républicaine de 1994. Président (speaker) de la Chambre, il a signé le Contrat avec l’Amérique, le programme de l’époque du parti qui prévoyait une forte diminution des dépenses publiques. Gingrich est un professionnel de la politique avec des qualités d’insider, de connaisseur des arcanes de Washington, qui affaiblissent son discours de rupture avec la politique de Barack Obama.  

Certes, à la différence de Mitt Romney, il n’a jamais varié dans son soutien aux idées conservatrices. Sous sa direction, les républicains ont fait barrage au projet de créer une assurance maladie obligatoire et publique aux Etats-Unis. Un projet porté par Hillary Clinton, qu’Obama fera finalement voter… après que Romney l’a introduit, comme gouverneur, dans son Etat du Massachusetts ! Mais Newt Gingrich sait aussi faire preuve de souplesse. En collaborant avec le président démocrate Bill Clinton, il a fait voter, en 1998, le premier budget des Etats-Unis à l’équilibre depuis 1969.

Catholique dans un monde de protestants

Enfin, Newt Gingrich souffre d’une personnalité complexe et parfois instable. Fils de parents divorcés, adopté par le nouveau mari de sa mère, le jeune Newton a épousé, à dix-neuf ans, son professeur de mathématiques, de sept années son aînée. Il quitte la mère de ses deux filles au début des années 1980, alors qu’elle ait atteinte d’un cancer. Son second mariage sombre aux débuts des années 1990 : en pleine affaire Lewinski, Newt a une liaison avec une jeune (23 ans de moins que lui…) attachée parlementaire. Remarié une troisième fois, il pourrait lasser la patience des électeurs sensibles aux questions morales.

Par ailleurs, né luthérien, Gingrich est devenu baptiste dans sa jeunesse avant de se convertir au catholicisme sous l’influence de sa troisième épouse. Le catholicisme est aujourd’hui à la mode dans les milieux conservateurs américains mais la majorité des électeurs républicains restent d’obédience protestante. Tout cela est-il rédhibitoire ? Pas si sûr : en 1980, c’est Ronald Reagan, un acteur de série B, qui plus est divorcé, qui est rentré à la Maison Blanche... 

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