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Ne parlez pas hébreu dans le métro ! En tout cas, pas à la station Château d'Eau : ça peut être dangereux.
©Reuters

Accroche : Ça s'est passé chez nous…

Ne parlez pas hébreu dans le métro ! En tout cas, pas à la station Château d'Eau : ça peut être dangereux.

L'affaire n'a pas intéressé la presse française. La presse israélienne, elle, en parle beaucoup.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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B. Yogev un étudiant israélien d'une trentaine d'années était monté dans le métro à Château D'Eau. La station est située dans un quartier très africain (pour ceux qui ne le connaissent pas). Là-bas, boulevard Magenta, il y a des dizaines de coiffeurs qui défrisent le système capillaire de celles qui ne veulent plus avoir les cheveux crépues.  

L'étudiant reçut un coup de téléphone de son père qui l'appelait d'Israël. Ils parlèrent hébreu. Entendant cette langue, des passagers commencèrent à l'insulter. L'un d'eux, "d'origine africaine" (précision de la chaîne israélienne francophone I-24 News), se jeta sur lui et le frappa violemment. L'étudiant tomba par terre et son agresseur continua avec des coups de pieds. 

Le malheureux B. Yogev s'évanouit et fut transporté, tuméfié, à l'hôpital Lariboisière. Qui en parle ? Pas la presse française ! Seulement une chaîne israélienne. Pourtant ça s'est passé chez nous. Si un étudiant algérien parlant arabe au téléphone avec son père resté à Alger avait été agressé dans le métro, sans doute que nos médias auraient réagi différemment…

On apprend également que le pauvre B. Yogev a sur son lit d'hôpital reçu un appel du premier ministre israélien pour le réconforter. Il aurait été à l'honneur de la France que ce soit Edouard Philippe qui lui téléphone. Une mésaventure semblable, mais en très anodin, m'est arrivée il y a quelques années. Alors que je parlais au portable avec une amie qui m'attendait devant le théâtre Mogador, un grand gaillard, de la même origine que l'agresseur du métro Château D'Eau, se pointa devant moi. 

"Donne-moi une clope !" De la tête je lui fis signe de patienter, en lui faisant comprendre que j'allais acquiescer à sa demande. Je continuais encore à parler. Il s'énerva : "J'ai pas qu'ça à faire !" Je lui fis comprendre qu'il devait encore attendre quelques instants. Très en colère il s'approcha de moi. Et il vit que je portais autour du cou une chaîne avec la lettre hébreu Haï (la vie). Il m'informa que j'étais : "une sale race". Je m'emportais et lui répondis : "appelle-moi Bwana ('patron' ou 'maître' du temps des colonies)". Il y eu une bousculade. 

Des flics arrivèrent. Et nous fûmes embarqués au commissariat. Là-bas, j'expliquais au commissaire que j'avais été insulté. Le policier m'objecta que ce n'était pas raciste car dans "sale race", la race n'était pas nommée. Le grand gaillard annonça qu'il voulait déposer plainte à cause de "bwana". Elle fut acceptée, car "bwana" pouvait être considéré comme raciste. Elle fut heureusement classée sans suite. Depuis je me tiens à carreau. Quand on me dit "sale race" je m'abstiens de répondre "appelle-moi bwana"…

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