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"Les électeurs ne pardonnent jamais à ceux qui s’excusent d’être ce qu’ils sont."
"Les électeurs ne pardonnent jamais à ceux qui s’excusent d’être ce qu’ils sont."
©Reuters

Ça fout les jetons !

Municipales : les cinq sujets qui font peur à la gauche

De retour de son voyage aux États-Unis, François Hollande n'a pas été épargné : entre couacs, échecs et promesses non tenues, la gauche se divise un peu plus et prend peur à cinq semaines des élections municipales. Revue des thèmes qui la hantent.

David Valence

David Valence

David Valence enseigne l'histoire contemporaine à Sciences-Po Paris depuis 2005. 
Ses recherches portent sur l'histoire de la France depuis 1945, en particulier sous l'angle des rapports entre haute fonction publique et pouvoir politique. 
Témoin engagé de la vie politique de notre pays, il travaille régulièrement avec la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) et a notamment créé, en 2011, le blog Trop Libre, avec l'historien Christophe de Voogd.

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L’abstention à gauche

Elle promet d’être élevée. A cela plusieurs raisons. François Hollande n’a, d’abord, jamais bénéficié d’un soutien d’adhésion véritable chez les électeurs de gauche. Il a remporté les primaires d’octobre 2011 parce qu’il semblait le mieux à même de séduire une partie du centre et de la droite : pour une partie de la gauche, il fallait absolument « virer Sarko », les moyens étaient secondaires. François Hollande semblait être ce moyen, il a donc battu Martine Aubry. Puis, en mai 2012, c’est à nouveau un élan d’adhésion négative qui a porté François Hollande. Les électeurs de gauche n’ont pas plébiscité François Hollande, ils ont rejeté Nicolas Sarkozy. Depuis bientôt deux ans, François Hollande a échoué à convertir cette adhésion négative en adhésion positive, à gauche.

Au contraire, l’amateurisme du gouvernement et du chef de l’Etat, l’absence de crédibilité de leur parole et le sentiment que la France est enlisée dans une après-crise financière complètement illisible politiquement, ont démobilisé beaucoup d’électeurs de gauche… Au point que, sur les marchés comme dans la vie quotidienne, on a du mal à trouver désormais des Français qui confessent avoir voté Hollande !  

La fuite vers le FN d'une partie de l'électorat de gauche

Jusqu’ici, la porosité entre le vote de gauche et le vote d’extrême-droite a été contenue, quoique significative : en cas de second tout droite-Front national, on estime qu’entre 10 et 20 % des électeurs de gauche, selon les cas, reportent leur vote à l’extrême-droite.

Lors des prochaines municipales, et malgré le faible pourcentage nécessaire pour se maintenir au 2e tour, on risque d’observer d’importants transferts de voix venues de gauche vers l’extrême droite, quand le candidat du PS sera arrivé 3ème. Ce sera fréquent à mon avis dans de nombreuses villes du pourtour méditerranéen, comme dans certaines banlieues pavillonnaires. Les dirigeants du PS se trouveront alors bien embarrassés pour critiquer d’éventuels rapprochements FN-UMP ! 

L'hypocrisie des candidats investis par le Parti socialiste

Sur le terrain, les candidats soutenus par le Parti socialiste prennent soin de se dire « indépendants », de faire oublier la rose au poing, voire de récupérer des « marqueurs » de droite (couleur bleue, valeur « famille », sécurité). Ils n’ont qu’une peur : que les électeurs fassent le lien avec François Hollande ou le gouvernement. Les ministres ne devraient pas être trop sollicités pour donner un coup de main, ici ou là ! Or, cette dilution du sens politique de l’élection va, à mon avis, démobiliser un peu plus l’électorat de gauche. En croyant se préserver, les élus socialistes s’exposent à un désaveu : les électeurs ne pardonnent jamais à ceux qui s’excusent d’être ce qu’ils sont.

La multiplication des listes incarnant "une autre gauche"

La prolifération des listes « citoyennes » est un phénomène très préoccupant pour les socialistes. En effet, ces listes sont souvent discrètement soutenues par les écologistes et l’extrême-gauche, et elles enfourchent des thèmes jusqu’ici cultivés par le PS : la démocratie locale, la proximité, la solidarité. Or, de nombreux maires socialistes de grandes villes ont été élus en 1995 ou en 2001, ils ont donc eu le temps de s’installer dans un confort de gestion qui les a éloignés de ces thématiques. C’est vrai de Jean Germain à Tours, de Michel Destot à Grenoble, de Gérard Collomb à Lyon, de Jean-Claude Boulard au Mans ou de François Rebsamen à Dijon, par exemple. Dans d’autres grandes villes, le PS est même devenu un Etat dans l’Etat, comme à Poitiers, Limoges, Clermont-Ferrand, Brest, Nantes, Rennes, Angers ou Besançon : dans ces villes, il y a objectivement « de la place » pour des listes de gauche « alternative » qui pourraient réaliser des résultats étonnants au 1er tour.

Une vague bleue dans les villes petites et moyennes

Ce ne sont pas les grandes villes qui font les scrutins nationaux, tout expert vous le dira ! Si la droite perd Marseille mais gagne une trentaine de villes moyennes, comme Pau, Brive-la-Gaillarde, Laval, Quimper, Alençon, Evreux, Ajaccio, Valence ou Bourg-en-Bresse, cela aura des conséquences considérables dès l’automne, aux sénatoriales… Puis en 2017, aux législatives ! Or, c’est dans ces villes de moins de 100.000 habitants que l’exaspération à l’égard du pouvoir de gauche est aujourd’hui la plus forte…

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