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Certains ténors du Parti socialiste ne devraient pas pâtir de l'impopularité du gouvernement lors des prochaines municipales.
Certains ténors du Parti socialiste ne devraient pas pâtir de l'impopularité du gouvernement lors des prochaines municipales.
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Sauvés des eaux

Municipales : ceux qui au PS vont sauver leur peau (et pourquoi)

Martine Aubry, Gérard Collomb ou encore François Rebsamen figurent parmi les ténors qui ne devraient pas voir leurs chances de victoire affectées par l'impopularité de l'exécutif.

Jérôme Sainte-Marie

Jérôme Sainte-Marie

Jérôme Sainte-Marie est président de la société d'enquête et de conseils PollingVox.

 

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Atlantico : Si l'on se fie aux différentes enquêtes d'opinions, certains "barons" du Parti socialiste devraient sauver leur peau lors des prochaines élections municipales. Qui sont-ils ?

Jérôme Sainte-Marie : A vrai dire, les grandes figures du Parti socialiste qui seront candidates à leur réélection comme maires d’une grande ville ne sont pas si nombreuses. La victoire de 2012 a ainsi enlevé, par exemple, Jean-Marc Ayrault à Nantes, Manuel Valls à Evry, Jean-Yves Le Drian à Lorient ou Bernard Cazeneuve à Cherbourg. En outre, au fil du renforcement des règles de non-cumul, la part des maires parmi les ténors nationaux s’est également réduite. Dès lors, l’attention se porte essentiellement sur Martine Aubry à Lille, Gérard Collomb à Lyon et François Rebsamen à Dijon, voire Marie-Arlette Carlotti dans un secteur de Marseille, le 3ème probablement. Et l’on constate pour chacun d’entre eux, au vu des enquêtes d’intentions de vote, que leurs chances ne paraissent guère affectées par l’impopularité historique de l’exécutif.

Ces futurs vainqueurs sont-ils, pour la plupart, des figures du Parti socialiste écartées du gouvernement en mai 2012 ?

De fait, oui. Cependant, là n’est pas l’explication essentielle. En effet, ce ne sont pas les quelques critiques que certains d’entre eux ont pu émettre, et encore de manière modérée, sur tel aspect de l’action gouvernementale qui justifient leur situation avantageuse à l’orée de la campagne des municipales. Pour chacun des maires sortants considérés, les sondages montrent un bilan apprécié, et cela pèse.

De plus, nous ne sommes pas dans la situation de 1983, où le vote sanction avait entrainé la conquête de nombreuses villes par la droite. En effet, à cette époque les déboires du gouvernement Mauroy s’accompagnaient d’une faveur retrouvée pour l’UDF et le RPR. Aujourd’hui, rien de tel pour l’UMP : selon un sondage de l’IFOP pour le JDD, seuls 25% des Français considèrent que si le parti de Jean-François Copé était au pouvoir il ferait mieux que le gouvernement actuel.

Parmi eux, Martine Aubry devrait être réélue à Lille. Pourquoi reste-t-elle si populaire à Lille ?

Le cas de Martine Aubry est l’un des plus simples. Déjà, au niveau national, et comme l’a montré un récent sondage BVA, neuf sympathisants de gauche sur dix en ont une bonne opinion, et une majorité pense qu’elle aurait fait un meilleur Chef de l’Etat que François Hollande. Dans le contexte actuel, son absence du gouvernement et même sa défaite à la primaire socialiste de 2001 sont des atouts. Lors de cet épisode, elle est apparue combative, courageuse et plus clairement de gauche que son concurrent. A cette image personnelle intacte s’ajoute, selon une étude CSA, un bilan apprécié au niveau local.

C'est le cas également pour Gérard Collomb à Lyon, François Rebsamen à Dijon, Roland Ries à Strasbourg ou encore Pierre Cohen à Toulouse ? Pourquoi ces maires sont-ils en bonne voie pour être réélus ?

Nous avons là des maires qui ont su composer avec la sociologie de leur ville. C’est particulièrement net dans le cas lyonnais, avec Gérard Collomb qui ne cesse de fredonner dans les rangs socialistes une musique quasiment…barriste. La situation toulousaine est plus inattendue. Récente conquête socialiste, avec une gauche alternative très présente, on aurait pu penser que la déception des électeurs de François Hollande ait quelque effet sur les intentions de vote pour les municipales. A en croire un sondage de l’IFOP, ce ne serait absolument pas le cas. Au contraire, Pierre Cohen qui l’avait emporté avec 50,42% en 2008 face à l’ancien maire Jean-Luc Moudenc l’emporterait aujourd’hui face au même, dans l’hypothèse d’un duel de second tour, avec 54%.  Ce serait un résultat surprenant. Enfin à Strasbourg, où la culture politique est bien différente, la fluidité de la situation à droite favorise grandement la reconduction de la majorité actuelle.

La tâche sera plus compliquée pour Anne Hidalgo à Paris ou Patrick Mennucci à Marseille mais les sondages leur donnent de bonnes chances d'être élu maire. Leur victoire-elle possible ?

A Paris, comme dans la plupart des "villes-centres", le processus de gentrification est à ce point avancé, comme le montre le livre d’Anne Clerval, que les contradictions sociales de la politique suivie par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault sont moins ressenties que dans le reste du pays. De ce fait, l’emprise de la gauche n’est pas trop entamée. Il faut cependant être prudent : la récente étude réalisée par PollingVox pour Libération dans le 14ème arrondissement de Paris montre certes que la tâche est ardue pour Nathalie Kosciusko-Morizet, créditée de 45% des intentions de vote au second tour, mais elle révèle aussi un recul important de la gauche par rapport à la présidentielle comme aux dernières municipales.

La situation est tout autre à Marseille, où le bilan de Jean-Claude Gaudin est moyennement apprécié, et sa capacité à l’améliorer lors d’un prochain mandat contestée. Dans le stratégique 3ème secteur, un autre sondage PollingVox montre une liste de gauche aujourd’hui victorieuse à la faveur d’une triangulaire. Dans cette ville, la poussée du Front national est forte, et se fait pour l’essentiel au dépens de l’UMP.

Si ces ténors du Parti socialiste l'emportent en 2014, vont-ils sauver symboliquement la gauche d'une réelle claque électorale, en attendant les européennes ? 

Un scénario atypique, paradoxal, est envisageable. Si l’on prend en compte la solidité des maires sortants socialistes dans les grandes villes, et l’éventualité d’une conquête de Marseille, les résultats des prochaines élections municipales pourraient déconcerter.

Même dans une telle configuration, encore tout à fait hypothétique, il faudrait regarder ce se passerait dans des villes de taille plus modeste, et garder à l’esprit que l’offre politique des élections municipales est tout à fait différente de celles des élections législatives ou présidentielle, notamment du fait de la difficulté qu’a encore le Front national a constituer des listes.

Il y aurait cependant là un avertissement pour l’UMP, et une sorte de trompe-l’œil par rapport à la crise politique que connaît le pays.

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