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Surnommé 'l'Insaisissable' pour n'avoir jamais été arrêté, Belmokhtar est l'un des premiers djihadistes à s'être installé au Sahara malien
Surnommé 'l'Insaisissable' pour n'avoir jamais été arrêté, Belmokhtar est l'un des premiers djihadistes à s'être installé au Sahara malien
©Reuters

Les secrets de la Défense

Mort d’Abou Zeid et de Mokhtar Belmokhtar : les raisons pour lesquelles la France ment sur ce qu’elle sait vraiment

Le gouvernement français continue d'affirmer, en dépit de plusieurs témoignages, qu'il ne dispose d'aucun d'élement probant quant à la mort des deux plus importants chefs djihadistes du Sahel. Alors que preuves et déclarations s'accumulent, le silence de Jean-Yves Le Drian sur la question semble révéler une stratégie toute particulière.

Alain Chouet

Alain Chouet

Alain Chouet est un ancien officier de renseignement français.

Il a été chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE de 2000 à 2002.

Alain Chouet est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l’islam et le terrorisme. Son dernier livre, "Au coeur des services spéciaux : La menace islamiste : Fausses pistes et vrais dangers", est paru chez La Decouverte en 2011.

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Atlantico : Comment s'explique le silence de Paris sur la mort des deux plus importants leaders djihadistes au Sahel ?

Alain Chouet : Le Ministre de la Défense et l'Etat Major des armées ont clairement opté depuis le début de l'intervention pour une politique de discrétion maximale en matière de communication. On peut comprendre que cela agace les journalistes mais c'est un choix qui se justifie sur bien des points.

Il serait catastrophique de claironner des bulletins de victoire tant que la preuve absolue de la mort des chefs djihadistes n'est pas administrée de façon formelle et incontestable. En cas d'erreur, ils pourraient réapparaître auréolés de la gloire du survivant qui résiste à tout. En cas de doute, leurs partisans pourraient présenter les choses de la même façon.

Et il serait tout aussi peu avisé d'afficher médiatiquement une satisfaction arrogante tant que les opérations ne sont pas terminées. Cela pourrait entre autres stimuler la détermination des djihadistes encore présents sur le terrain à résister et cela pourrait provoquer des représailles par vengeance sur nos compatriotes détenus en otage. La discrétion et la modestie sont plus que jamais de rigueur face à une situation qui n'est pas encore réglée.

Peut-on dire que l'armée française cherche volontairement à se mettre en retrait dans cette affaire ? Pourquoi ?

Je n'ai nullement l'impression que l'armée française cherche à "se mettre en retrait" . En moins d'un mois, le contingent français appuyé par divers contingents africains a repris le contrôle d'une zone plus grande que le territoire français, de ses axes routiers et de ses principales villes.

Nos soldats se battent avec courage, détermination, succès et un minimum de pertes sur un terrain difficile, dans des conditions extrêmement rudes et face à un adversaire dont les chefs sont sans doute plus criminels que terroristes mais dont les exécutants de base sont de furieux fanatiques rompus aux affrontements dans le désert.

Cela dit, le souci de discrétion et de retenue manifesté par l'armée française me semble dicté par la volonté de mener son opération à terme à l'abri des pressions médiatiques et des émotions changeantes des opinions publiques. La guerre avec "zéro mort" n'existe pas. Chaque jour qui passe en administre malheureusement la preuve. Or, une opération de ce genre s'inscrit dans la durée. Une durée qui paraît toujours trop longue à une presse d'information qui travaille dans l'immédiat et suscite donc des réactions immédiates et passionnelles. Au troisième jour de l'opération Serval, les médias parlaient déjà "d'enlisement".... Il est certainement préférable pour leur moral et leur disponibilité que nos troupes engagées sur le terrain ne soient pas soumises à ce genre de pressions. Il ne s'agit évidemment pas de dissimuler de l'information, mais de la traiter à froid et avec le recul suffisant.

Cela s'inscrit-il dans une stratégie globale qui vise à "africaniser" le conflit plutôt qu'en faire une confrontation entre Islam et Occident ?

La France n'a aucune vocation de jouer au gendarme du monde ou même de l'Afrique, et en a encore moins les moyens. Mais elle se doit d'honorer ses engagements internationaux et les traités d'assistance qu'elle a signés.

Elle est intervenue au Mali à la demande pressante et urgente des autorités maliennes alors que la communauté occidentale faisait la sourde oreille. Elle a reçu l'appui d'un certain nombre de gouvernements de la région qui ont envoyé des contingents. Et notamment le renfort de l'armée tchadienne qui - contrairement à d'autres armées de la région - dispose pour des raisons historiques de troupes aguerries, rompues à la guerre du désert et qui n'hésitent pas à se porter courageusement en première ligne.

Le contingent tchadien donne un bon exemple de ce que pourrait être un appareil de sécurité collective dans la zone du Sahel où aucun pays ne peut, faute de moyens, assurer seul sa défense face à la menace salafiste.

C'est une expérience à encourager et à ne pas dévaloriser par une attitude arrogante d'autant plus injustifiable qu'il n'y avait pas dans l'affaire malienne de confrontation entre l'Islam et l'Occident. Ce sont - une fois de plus - des Musulmans qui étaient victimes de la violence  des bandes criminelles drapées dans la bannière du wahhabisme pour se légitimer.

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