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« Internet ? Mais j’ai déjà une très bonne société de nettoyage, mademoiselle ! »
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Millionnaire grâce à Internet

« Internet ? Mais j’ai déjà une très bonne société de nettoyage, mademoiselle ! »

Rien ne semblait prédestiner Orianne Garcia, étudiante en lettres, à devenir l'une des reines de la Toile. Pourtant, la jeune femme va se donner pour objectif de rendre la nouvelle technologie accessible à tous. Dans "Comment je suis devenue millionnaire grâce au net, sans rien y comprendre", elle raconte son aventure. Extraits (1/2).

Orianne Garcia

Orianne Garcia

Figure emblématique de l'internet français, Orianne Garcia est à l'origine de succès comme Lokace et Caramail à la fin des années 90.

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Nous croyons à l’Internet, cette révolution en marche et décidons de nous lancer, avec une poignée d’amis. Le premier d’entre eux c’est Christophe, l’associé d’Alex, l’ami de toujours. Ils sont inséparables depuis la maternelle, et sont tout aussi passionnés d’informatique l’un que l’autre. Ils dirigent ensemble la SSII qu’Alex a créée à la sortie de Centrale. Christophe est titulaire d’un Dess Systèmes et Réseaux de l’université de Strasbourg. C’est là que je l’ai rencontré, et c’est lui qui m’a présenté Alex. Avec nous, il y a aussi Philippe et Thierry. Ces deux centraliens-là ont créé une société de formation bureautique d’une trentaine de personnes qui marche bien. C’est pour eux que je travaille régulièrement. Nous sommes tous d’accord pour dire que nous avons envie de créer quelque chose dans l’internet, mais quoi ? Notre première idée est basique. Autant commencer par le commencement : pour que ce réseau devienne populaire, il faut en encourager l’accès.

Nous choisissons donc le seul métier véritablement porteur, à l’époque, dans cette industrie en devenir, celui de fournisseur d’accès. Comme les garçons ont déjà leurs entreprises, nous essayons naturellement de monter notre business en nous aidant des moyens et des infrastructures existants, sans rien demander à personne, surtout pas des financements. C’est comme cela qu’un beau jour de septembre, nous nous installons au 19 de la rue Réaumur, dans le 3e arrondissement parisien. Quelques années plus tard, ce quartier, situé en plein cœur de la capitale, deviendra le Silicon Sentier[1], l’un des hauts lieux de l’Internet français branché dans tous les sens du terme, où viendront s’installer de multiples start-up attirées par la qualité des infrastructures de télécommunication. Et en ce temps-là, déjà, l’endroit constitue une sorte de pépinière d’entreprises avant l’heure, puisque nous partageons les locaux avec As/Tech, Forlog – les sociétés de nos associés et amis – et quelques autres.

Nous finançons nous-mêmes les premiers investissements en achat de matériel. Et nous voilà donc accumulant les modems dans un petit bureau. Notre premier challenge est de taille : il s’agit d’obtenir une connexion internet au débit suffisamment important pour que nous puissions la partager entre tous nos futurs abonnés. Nous devons donc louer une LS (ligne spécialisée) chez Transpac, une filiale de France Télécom. C’est cette ligne qui reliera nos bureaux au point d’accès de l’opérateur pour nous relier à Internet. La tarification est composée de frais d’accès et d’un forfait mensuel, qui dépend du volume de données échangées. En gros, si nous voulons devenir fournisseur d’accès à Internet, il faut d’abord que nous soyons clients d’un fournisseur plus gros, à savoir France Télécom, qui occupe alors une position plus que dominante sur ce marché en pleine expansion. Le trafic du réseau, en milliards de caractères par mois, est passé de 1 070 en 1986 à 3 600 en 1993. Le nombre de raccordements Transpac en Europe s’élevait à 124 000 en 1994. Son premier client ? France Télécom, l’essentiel du chiffre d’affaires étant représenté par le Télétel, le réseau informatique français utilisé par le Minitel. La boucle est bouclée. Mais on n’a pas le choix, même si les tarifs sont élevés et si le délai pour obtenir notre ligne nous semble trop long, à nous qui n’avons qu’une hâte : commencer à proposer nos accès à des clients.

Enfin, nous avons notre ligne, nos modems, et en novembre 1994, Internet Plus Sarl au capital de 25 000 francs, peut enfin démarrer.

Alex et Christophe, tous deux ingénieurs en informatique, se chargent de la technique. C’est leur truc depuis qu’ils sont en âge de programmer sur TO7[2]. Pour ma part, je m’occupe de la commercialisation, en utilisant les bonnes vieilles technologies : un bureau, un téléphone, un annuaire des pages jaunes… et me voilà partie pour de longues heures de palabres pour tenter de vendre des abonnements à Internet sous la marque Internet Plus, avec une formule Présence Plus à 150 francs par mois (environ 23 euros), et une formule Pro Plus, un peu plus chère, pour les entreprises. Il me faut beaucoup, beaucoup de persévérance. J’appelle notamment le bowling du boulevard Sébastopol, où l’on m’assure que l’on n’a pas besoin de mes services : « Internet ? Mais j’ai déjà une très bonne société de nettoyage, mademoiselle ! » Ah oui, alors bon, forcément, si on le prend comme ça… A la fin de la journée, c’est moi qui suis littéralement lessivée !

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Extraits deComment je suis devenue millionnaire grâce au net, sans rien y comprendre, Editions Albin Michel (5 octobre 2011)



[1] Le Silicon Sentier fait référence à la Silicon Valley, berceau des start-up à succès, près de San Francisco, et au Sentier, situé dans cet arrondissement parisien.

[2] Ordinateur commercialisé par le groupe Thomson Brandt de novembre 1982 à juin 1984.

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