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Mike Pompeo est-il devenu le docteur Folamour ?
©DAVID MCNEW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Va-t-en-guerre

Mike Pompeo est-il devenu le docteur Folamour ?

Le secrétaire d’État américain voit des ennemis des États-Unis partout. Le dernier en date est la Chine.

Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Mike Pompeo, ancien directeur de la CIA et actuel secrétaire d’État américain (ministre des Affaires Étrangères) est un dévoué serviteur du président Donald Trump. Partageant les idées conservatrices extrémistes de John Bolton, il s’est bien gardé de le suivre dans sa sécession évitant par là la disgrâce du prince.

Comme son maître, ses déclarations laissent pour le moins perplexe tout observateur doté d’un minimum de jugeote. Ainsi, animé d’une paranoïa qui frise l’hystérie, il voit des ennemis des États-Unis partout. Il n’a d’ailleurs vraisemblablement pas totalement tort mais il est légitime de se poser la question : quelle est la part de responsabilité des États-Unis dans ce ressentiment qui n’épargne que les dirigeants de nations en mal de protection militaire comme les pays Baltes et la Pologne, ces derniers faisant une véritable fixation sur l’ours russe (ce qui est historiquement compréhensible)?

Les derniers ennemis en date sont les Chinois qui briment les populations ouighours et celles de Hongkong - ce qui est loin d’être faux - même si cela concerne les affaires intérieures de ce grand pays. Que diraient les Américains si des capitales étrangères en venaient à demander au peuple US de renverser le président Trump en raison de sa politique qu’elles qualifierait de « ségrégationniste et raciste » ? Pompeo a donc conseillé à son mentor d’envoyer deux porte-avions et leur groupe d’escorte en Mer de Chine dans le plus pur style de la « canonnière du Yang-Tsé-Kiang ». Pékin qui n’est actuellement pas en mesure de répliquer militairement est resté sur une prudente réserve mais la situation peut tourner à l’incident armé à tout instant. À domicile, le FBI pourchasse les espions chinois (tout aussi réels, mais c’est loin d’être une nouveauté) et fait fermer le consulat de Houston qui leur servirait de « base » (ce qui est tout à fait commun à toutes les représentations diplomatiques de l’ensemble des pays de la planète ; les Américains sont les premiers à en être avec la présence de « grandes oreilles » sur les toits de leurs représentations diplomatiques). Les enquêtes menées par le FBI contre des scientifiques chinois (qui, certainement par « négligence », avaient omis de signaler leurs liens avec le complexe militaro-industriel voire leur grade dans l’armée) présents sur le sol américain rappellent les plus belles années de la Guerre froide et du Maccarthysme. À ce rythme, entre les manifestations violentes des afroaméricains dont les plus radicaux rêvent de créer un État noir (donc sans blancs)… en Afrique (les Africains ne vont peut-être pas apprécier)…, les révolutionnaires de toutes obédiences qui ne rêvent qu’attaquer en justice tous ceux qui leur déplaisent (et la justice américaine est connue pour sa réactivité) et la chasse aux sorcières lancée par les autorités fédérales, le séjour sur le sol nord-américain semble de plus en plus inconfortable pour tout citoyen étranger sachant que les services de renseignement US ont collecté toutes les informations à son sujet pour de soi-disant raisons de sécurité. De plus, ils ne dédaignent pas à incarcérer les étrangers comme un haut cadre d’Alsthom s’en rappelle encore (sans évoquer le cas de Dominique Strauss-Kahn)…

Très peu diplomatique malgré son poste qui pourtant devrait l’y obliger, Pompeo n’a pas hésité à qualifier la Chine de « menace à notre peuple et à notre prospérité ». Jusque là, rien que de très normal sauf qu’il n’hésite pas à appeler les alliés des États-Unis à suivre sa démarche en priant le peuple chinois à se débarrasser de ses dirigeants lors d’une intervention titrée « la Chine communiste et le futur du monde libre ». D’ailleurs, la menace vis-à-vis des pays alliés est à peine voilée : « chaque nation devra comprendre comment défendre sa sécurité nationale, sa prospérité économique et ses idéaux face aux tentacules du parti communiste chinois ». Si ce ne sont pas les Chinois qui s’en chargent, Washington sera là pour faire payer les récalcitrants comme cela a été le cas à l’égard des pays qui se sont risqués à continuer à commercer avec l’Iran objet de la « pression maximale ».

Dans la liste des pays honnis, la Russie suit juste après et Pompeo renverrait bien le président Poutine à ses chères études mais le morceau est là un peu trop gros à avaler et surtout à digérer. Les sous-marins et bombardiers stratégiques russes se rappellent de temps en temps aux bons souvenirs des Occidentaux en venant titiller leurs espaces maritimes et aériens respectifs. Naturellement Washington s’offusque à chaque fois parlant de « manœuvres dangereuses » mais oubliant que ses forces font de même, parfois avec des avions ou navires civils, particulièrement iraniens. C’est à se demander si l’État profond américain (expression volontairement malpropre qui englobe une grande partie du monde politique US qui entretient des liens étroits avec le complexe militaro-industriel et celui du renseignement qui sont, tous deux, des va-t-en guerre car c’est dans leur intérêt financier) ne souhaite pas un bon petit conflit pour remettre les pendules à l’heure !

Mais curieusement, la Corée du Nord ne fait pas l’objet de l’ire du Pompeo, sans doute sur ordre de son patron qui trouve en son suprême leader Kim Jong-un « type très sympathique ».

Quant à l’Europe, il ne semble même pas savoir où cela se trouve tant son influence est négligeable. Heureusement que les forces américaines viennent y effectuer des reconnaissances armées auprès de leurs « postes avancés » (dont certains devraient migrer de Germanie en Pologne), tout cela dans le cadre de l’OTAN.

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