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Merci patron ! Lettre ouverte à Carlos Ghosn
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Tribune

Merci patron ! Lettre ouverte à Carlos Ghosn

Il convient de rappeler quelques principes fondamentaux qui ont d'évidence encore récemment échappé à Carlos Ghosn. Les grands patrons ne peuvent pas s'exempter de prendre en considération une certaine "sensibilité" française et d’un minimum de responsabilité sociale.

Franck Morel

Franck Morel

Franck Morel est avocat (Barthélémy avocats), co auteur de Un autre droit du travail est possible (Fayard). 

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Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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Il est injuste que les patrons français soient victimes par principe de relents idéologiques d'une lutte des classes transposée au monde de l'entreprise. Des dirigeants d’entreprise sont quand même à l’origine de nos plus belles marques qui font notre réputation dans le monde et ont la responsabilité  de faire travailler des centaines de PME françaises (merci patrons !).  Il convient cependant de rappeler quelques principes fondamentaux qui ont d'évidence encore récemment échappé à Carlos Ghosn. En effet, ces mêmes grands patrons ne peuvent pas s'exempter de prendre en considération une certaine "sensibilité" française et d’un minimum de responsabilité sociale.

Il est vrai que, la mondialisation s'imposant, les multinationale obéissent à d'autres règles que celles de notre cadre national souvent dépassé ; le capitalisme n'a pas de frontières et aiment les riches. De Gaulle estimait déjà cependant que le désir du privilège et le goût de l’égalité étaient des passions communes et contradictoires des Français. L'opinion publique élevée au lait d'une égalité républicaine consistant trop souvent à tout niveler par le bas et à corriger le succès par la fiscalité, est prompte à confondre sentiment d’inégalité et jalousie. Par ailleurs, pour une grande majorité des salariés, la répartition de la valeur ajoutée entre salariés, actionnaires et dirigeants apparaît inéquitable.

Face à ces constats, il existe depuis plusieurs années, des codes de régulations mis en place par les organisations professionnelles sur la rémunération des dirigeants. L’autorégulation constitue un système souple et responsabilisant qu’il faut soutenir. Mais, il fait peser sur les épaules de ceux qui sont visés une plus grande responsabilité encore.

Un grand patron, aujourd’hui en France, a des responsabilités économiques, sociales et sociétales qui dépassent l’entreprise qu’il dirige. L'entreprise est à la fois le fruit de son environnement mais est aussi responsable des conséquences de sa gestion écologique, financière, etc. Ses publics sont nombreux ; fournisseurs, banquiers, clients, élus, consommateurs, collectivités locales, syndicats, salariés, sous-traitants, etc.

On ne peut pas se comporter avec une indifférence absolue à cet environnement sous prétexte que le monde est vaste et que le groupe est international. Le siège c'est un peu la famille proche de cette entité éclatée : l'entreprise a une nationalité, du moins psychologique, si ce n'est actionnariale ...

Le rapport à l'argent reste un sujet sensible, le chômage et une certaine paupérisation demeurent élevés, on peine à obtenir l’adoption de dispositions légales qui redonneraient du souffle à nos entreprises et qui libéreraient l'emploi ... Et c'est le moment que choisit Carlos Ghosn et son conseil d'administration pour se distribuer prime, salaire et rémunération à un niveau que finalement chacun s'accorde à considérer comme choquant et contre l’avis de son assemblée générale d’actionnaires. Le résultat ne se fera pas attendre : une nouvelle disposition légale (on en manquait !) et un espace plus restreint pour l’autorégulation. Ne pouvant ignorer que son comportement aboutirait vraisemblablement à ce résultat, on a envie de dire là encore : merci patron, mais ne venez pas à l’avenir protester contre l’intrusion législative que vous provoquez.

La morale de l’histoire c’est que nous sommes tous, législateur, patrons, salariés, conseils, responsables syndicaux et patronaux, responsables de la complexification des règles et de la difficulté à réformer mais que l’exigence qui pèse sur nos comportements individuels en est plus forte encore.

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