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Le mémorial de la Shoah est-il vraiment un lieu de combat de campagne électorale ?
©MIGUEL MEDINA / AFP

Du bon usage des morts

Le mémorial de la Shoah est-il vraiment un lieu de combat de campagne électorale ?

Cette visite du candidat d’ "En Marche !" est pour le moins étrange. Les morts juifs font-ils partie de ses calculs électoraux ?

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Il  y a dans une petite rue du IVe arrondissement, la rue Geoffroy Lasnier, un endroit dont il convient de s’approcher avec respect. Et avec le tremblement humble et timide que l’on doit aux martyrs. Le mémorial de la Shoah. Dans la cour, sur les murs extérieurs sont gravés les noms des 76 000 Juifs de France disparus dans les chambres à gaz. Parmi ces noms, des milliers de petits Nathan, Golda, ou Moïche : des enfants.

Ce n’est pas un lieu où l’on va faire du tourisme. Et surtout pas du tourisme électoral. Emmanuel Macron y est aujourd’hui. Certes, aujourd’hui, c’est la journée de la mémoire de la déportation. En toute autre circonstance qu’une campagne électorale, cette visite n’aurait appelé aucun commentaire. Mais l’usage, l’utilisation qu’en fait Macron est révoltante moralement. On a bien compris que le leader d’ "En Marche !" entendait faire voter les 76 000 Juifs assassinés contre Marine Le Pen. Si le délit de détournement de cadavres existait, Macron serait condamné par la loi. Son expédition nécrophile a tous les aspects d’une vulgaire et grossière manipulation. Allez, j’te prends une pelletée de cadavres juifs et j’te les balance à la gueule de la candidate du Front national…

Pour bien faire, Emmanuel Macron s’était déjà rendu la veille à Oradour-sur-Glane. Petit piqure de rappel de la barbarie nazie toujours à l’intention de Marine Le Pen. Mais les morts d’Oradour ne suffisent pas à remplir les fourneaux dans lesquels Macron mitonne sa tambouille électorale. Des morts juifs, c’est plus parlant, plus fort. Et ils constituent une tâche indélébile sur l’Histoire de notre pays puisque c’est la police de Vichy qui a fait le sale boulot pour les Allemands.

Si Macron savait ce que le mot dignité signifie, il aurait dit deux ou trois choses sur le Front national. Et il y a des choses à dire. Quand on nomme, comme l’a fait Marine Le Pen, (avant de le débarquer) un négationniste notoire, président par intérim du parti, on peut s’interroger sur l’entourage de la candidate. Quand on tient, comme elle l’a fait, des propos pour le moins ambigus, sur la rafle du Vel d’Hiv, on se dit que le passé et le passif du Front national n’ont pas entièrement disparu. Et que son présent en garde des traces.

Voilà ce qu’aurait pu dire Emmanuel Macron au lieu d’aller chercher quelques sordides dividendes du côté des Juifs assassinés. Non, tout ne lui est pas permis ! Non, tout n’est pas permis en campagne électorale ! Tout n’est pas permis avec des morts, les pauvres morts qui ont droit au respect et au repos ! Il reste encore quelques jours de campagne. Que va faire Macron ? Coudre une étoile jaune sur le revers de sa veste ? Revêtir une tenue rayée de déporté ? 

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