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Médicaments : quand la publicité booste l’effet placebo et fausse les tests permettant les mises sur le marché
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Pilules roses

Médicaments : quand la publicité booste l’effet placebo et fausse les tests permettant les mises sur le marché

Quand il s'agit d'anti-douleur, le placebo est de plus en plus efficace ! C'est le résultat d'une surprenante étude menée aux Etats-Unis. Il s'agirait avant tout d'un effet "marketing", dans la mesure où les entreprises pharmaceutiques vantent les qualités de leurs médicaments jusqu'à ce que les patients y croient. Un constat qui expliquerait peut-être pourquoi on préfère les médicaments non-génériques aux autres.

Jean-Paul Giroud

Jean-Paul Giroud

Le Pr Jean-Paul Giroud est l'un des spécialistes les plus reconnus en pharmacologie. Membre de l'Académie nationale de Médecine, de la commission d'Autorisation de Mise sur le Marché, de la Commission de pharmacovigilance et expert auprès de l'OMS, il est également l'auteur de plusieurs livres, dont "Médicaments sans ordonnance : les bons et les mauvais" Editions de la Martinière.

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Atlantico : De récentes études sur l'industrie du médicament et les tests en laboratoire aux Etats-Unis ont abouti à une découverte inattendue : l’effet placebo - pour les médicaments antidouleur en particulier - marcherait de mieux en mieux aux Etats-Unis. Par conséquent, le bénéfice des nouvelles molécules testées parallèlement serait minoré et leur chance de commercialisation de celles-ci réduite. Etes-vous étonné par ce constat ?

Jean-Paul Giroud : Je pense que ce constat est lié à un problème de culture et, plus encore, à un problème d’information – ou de surinformation – de la part de l’industrie pharmaceutique américaine qui essaye – à juste titre – de vendre des médicaments. Et pour les vendre au mieux, il faut en parler de la façon la plus positive. A force de répéter qu'une molécule est efficace, le patient se met à y croire et l'effet placebo se déclenche. A en croire cette étude, ce phénomène est manifestement amplifié par les campagnes publicitaires autorisées aux Etats-Unis pour vanter les bienfaits de telle ou telle molécule.

En France, la publicité dans le domaine du médicament a beau être interdite, on retrouve le même processus du fait de l'information que reçoivent les médecins directement dans leur cabinet en provenance des laboratoires pharmaceutiques. Pourquoi une molécule est-elle plus vendue que les autres ? Non pas parce qu’elle est plus efficace, mais tout simplement parce que la publicité à destination des médecins a fait que ces derniers le prescrivent. Souvent, les patients eux-mêmes demandent aussi le produit parce qu'il est le plus récent.

En France, la manière dont est faite la prescription aurait aussi une incidence sur le bénéfice perçu par le patient…

C’est évident. C’est même tout à fait essentiel. On dit qu’il y a des médecins qui soignent mieux que d’autres. C’est le plus souvent parce qu’ils ont une empathie beaucoup plus grande vis-à-vis de leurs patients. Et cette empathie qui se manifeste à ce moment-là favorise certainement l’efficacité de la molécule. Tout médicament a de toute façon une efficacité placebo d’environ 30%. Le médecin peut rajouter une partie importante de valeur au médicament. Voire à la substance placebo.

Vous semblez très circonspect sur l'opportunité de tests en laboratoire faisant appel à des placebos…

Je suis très choqué que l’on puisse penser qu’il faille continuer à faire des effets comparatifs avec des placebos. Il serait pour le moins justifié, en particulier dans le domaine de la douleur, que l’on fasse une comparaison soit avec le paracétamol pour des petits phénomènes douloureux, soit avec la codéine pour des douleurs plus importantes, soit avec la morphine.

Si vous compariez cela avec une substance nouvelle, il y aurait certainement moins de médicaments qui apparaîtraient mais on serait sûr de leur efficacité plus grande. On n’a pas besoin d’une deuxième morphine ! Ce qui est important, c’est un médicament qui est plus efficace que la morphine et qui aurait moins d’effets indésirables que la morphine.

Lorsqu’il y a un nouveau médicament sur le marché, on connaît peu sa réelle activité, et encore moins ses effets indésirables. En effet, dans certains cas, les effets indésirables vont apparaître dans un cas sur 10 000 ou un cas sur 50 000. Or, le nombre de patients ayant participé aux essais cliniques est au maximum de 3 000. De plus, ils ont été sélectionnés, ce qui implique des tas de biais au départ. Vous n’avez aucune chance de trouver de preuve de dangerosité de ce médicament. C’est pour cela que je préviens toujours mes étudiants : quand un nouveau médicament apparaît sur le marché, vous ne devez l’utiliser que si le médicament que vous utilisiez jusqu’à présent ne peut pas être utilisé.

Les études de pharmacologie clinique qui précèdent les AMM (autorisations de mise sur le marché, ndlr) donnent des informations qui sont parfaitement insuffisantes et qui ne sont valables que pour les patients qui ont testé le médicament dans le cadre d’un traitement. Elles ne valent pas pour la population entière. On ne fait pas les études sur les personnes âgées, sur les femmes enceintes, sur celles qui allaitent, ni sur les jeunes enfants. On n’est pas dans la réalité quotidienne du médicament.

C’est pour cela que parfois on se rend compte – parfois très rapidement – que le médicament n’est pas adapté pour un groupe très important d’individus. C’est aussi ainsi que l’on arrive à un chiffre effarant de 45% de médicaments qui n’ont pas démontré leur efficacité.

Que pensez-vous qu’il faille modifier et comment ?

La première question relève des pouvoirs publics qui devraient permettre une meilleure formation des médecins dans le domaine du médicament. Cela fait 35 ans que je le dis et que je le répète : il y a des classes entières de médicaments qui ne sont même pas vues au cours des études médicales. Et beaucoup de ces médicaments vont être prescrits de manière quotidienne par le médecin.

Je préconise aussi une meilleure information du public, en particulier dans le domaine des médicaments qui sont – soi-disant – en vente libre. Ce sont 540 médicaments qui sont de l’autre côté du comptoir, - on les appelle les médicaments officinaux – sur lesquels seulement 130 ont démontré une efficacité. Les autres, on pourrait les éviter. Et cela ferait à mon avis plaisir aux Français qui ont peut-être davantage besoin d’aller se chercher un bifteck que de prendre un fluidifiant bronchique qui ne sert à rien.

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