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Mauvaises nouvelles de l’Insee sur la démographie : la part du Covid, la part du reste
©Philippe HUGUEN / AFP

Bilan de l'année 2020

Mauvaises nouvelles de l’Insee sur la démographie : la part du Covid, la part du reste

Si les chiffres de l’année 2020 montrent un impact incontestable de la pandémie sur un certain nombre d’indicateurs, à commencer par la mortalité ou l’espérance de vie, d’autres évolutions inquiétantes ne sont que le produit de facteurs structurels.

Atlantico.fr : En quoi l’année 2020 a-t-elle été exceptionnelle pour la démographie française ?

Laurent Chalard : Quel que soit l'indicateur que l'on regarde, il y a de fortes évolutions, ce qui n'est pas le cas chaque année.

C'est la plus faible croissance démographique depuis plusieurs décennies avec seulement 135 000 habitants en plus. Elle s'inscrit dans la poursuite d'une tendance qu'on observe depuis plusieurs années. Elle s'explique naturellement par l'évolution du solde naturel et du solde migratoire mais aussi par un autre facteur purement technique. C'est l'ajustement à la baisse de la population que fait chaque année pendant 5 ans l'Insee suite à un changement de questionnaire du recensement visant à mieux prendre en compte la birésidentialité. Cette révision à la baisse est impactée sur 5 années.

Le principal facteur explicatif de la baisse de la croissance démographique française en 2020 est le solde naturel, la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès. Ce solde naturel (+ 45 000) est le plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette détérioration est liée à la dégradation des deux indicateurs : la natalité et la mortalité. 

On assiste à une baisse des naissances de plus de 10 000 qui s'inscrit dans une tendance structurelle depuis une dizaine d'années. Celle-ci s'explique par une réduction de la fécondité (nombre d'enfants par femme), liée à une évolution des mentalités et de façon plus secondaire à une diminution du nombre de femmes en âge de procréer. C'est le nombre de naissance le plus faible depuis 1945.

Pour la mortalité, on compte 667 000 morts en 2020, soit 45 000 décès en plus par rapport à 2019. C'est également le nombre de décès le plus élevé depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Cette hausse est liée au Covid-19 qui a entraîné une surmortalité en particulier chez les personnes âgées. Leur espérance de vie a donc baissé contrairement à celle des jeunes qui a augmenté à la faveur d'une baisse du nombre d'accidents notamment sur la route. Il faut noter que la surmortalité de 45 000 décès supplémentaires est inférieure au nombre de morts dus au Covid-19. En effet au début d'année, avant la crise sanitaire, on observait plutôt une sous-mortalité. Peut-être que sans le Covid-19, le nombre de décès de France aurait diminué.

Si le Covid-19 a indéniablement fait augmenter la mortalité, les causes de déclin démographique sont avant tout structurelles…

La baisse de la croissance démographique totale est en effet structurelle. Elle s'explique par la réduction du solde naturel, qui est structurellement liée au vieillissement de la population. On observe l'arrivée au grand âge de la génération du baby-boom. On a une augmentation mécanique du nombre de décès depuis les années 2000. Cette hausse de décès va continuer dans les années suivantes. On dépassera même le nombre de morts de cette année dans les quinze ans à venir, même sans Covid-19. Le nombre de morts de 2020 nous parait exceptionnel aujourd'hui mais il n'aura rien d'exceptionnel dans le futur. Quand la génération du baby-boom arrivera en âge de décès, on aura une explosion du nombre de décès qui devra dépasser largement les 700 000 morts.

La baisse des naissances est aussi structurelle. Elle est liée à l'évolution des mentalités chez les jeunes, et en particulier au retard de la première maternité. On a de moins en moins de maternité précoce, en particulier dans les catégories populaires où les femmes ont tendance à "imiter" les femmes plus diplômées et plus aisées qui traditionnellement retardent leur maternité. On observe donc une uniformisation de la première maternité à l'ensemble des femmes.

L’année 2020 est-elle une « mauvaise » année pour la France, démographiquement parlant ?

Une forte mortalité n’est jamais une bonne chose. Celle-ci a été d'autant plus importante qu'on a en France des populations très âgées.  Mais la plus mauvaise nouvelle sur le long terme, c'est la natalité. Le fait que des génération ne soient pas remplacées d'année en année va entrainer un certain nombre de problèmes en termes économiques : financement des retraites, besoin en main d'œuvre, etc. Cela interroge sur la dynamique du pays. Ce ralentissement démographique incite au recours à une immigration internationale pour compenser les enfants qui ne sont pas nés.

Justement, où en est notre solde migratoire ?

Le solde migratoire a augmenté en 2020 (+ 86 000). C'est une estimation à prendre avec des pincettes puisqu'elle ne tient pas compte des mouvements migratoires liés au Covid-19. Le solde migratoire a également été révisé pour les années précédentes. Celui de 2017 a été revu à la hausse avec + 155 000 personnes, c'est à dire le plus haut solde migratoire depuis 1970. Le rebond de l'immigration est corrélé à l'augmentation des demandes d'asile et des permis de séjour. Ce ne sont pas forcément des migrants qui arrivent en Europe mais qui sont déjà entrés et qui transitent d'un pays à un autre.

Propos recueillis par François Blanchard

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