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Martin Schultz démolit Donald Trump ! Mais de quoi je me mêle ?
©France Info

Très bavard…

Martin Schultz démolit Donald Trump ! Mais de quoi je me mêle ?

Le président du Parlement européen a le droit d’avoir ses opinions. Mais il a aussi le droit – et il devrait l’exercer plus souvent – de se taire.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Martin Schultz est social-démocrate, membre d’un parti – le SPD – en perte de vitesse en Allemagne. Et c’est à la démarche très intéressée d’Angela Merkel, sa rivale et amie de la CDU qu’il doit de présider le Parlement européen. A la demande de la Chancelière, les députés conservateurs allemand ont massivement voté pour lui : il fallait bien donner un os à ronger au SPD dont Mme Merkel a besoin pour cogérer l’Allemagne.

Le Parlement européen n’est pas grand-chose. Dépourvu de tout vrai pouvoir législatif : on se demande à quoi il sert. A première vue, à caser ou recaser des personnalités qui n’ont pas eu les succès escomptés lors de scrutins nationaux. C’est-dire qu’être président du Parlement européen devrait inciter à un peu de modestie et de retenue. Et en tout cas, à ne pas parler au nom de l’Europe.

Martin Schultz s’est affranchi de ce code de bonne conduite. Embrayant sur beaucoup d’autres, il a éprouvé le besoin de taper sur Donald Trump. C’est sans risque, assez banal, et ça peut rapporter un peu. "Les Européens et les Américains ne sont pas prêts d’accepter un président comme Donald Trump", a-t-il déclaré. Et il a appuyé son propos avec un "Trump président pourrait prendre des décisions très dangereuses."

Il est patent que Monsieur Schultz n’est pas au courant de ce que veulent ou ne veulent pas les Américains. En même temps on ne voit pas non plus en quoi il serait qualifié pour décrypter les sympathies ou les antipathies des Européens concernant le milliardaire américain. Il y a en revanche plein de sujets sur lesquels il pourrait s’exprimer en tout légitimité. En tant qu’Allemand d’abord. En tant qu’Européen ensuite.

En tant qu’Allemand, on aurait aimé l’entendre sur les scènes de violences sexuelles qui ont eu lieu à Cologne le soir de la Saint-Sylvestre. On ne l’a pas entendu. Car Monsieur Schultz est idéologiquement dans l’impossibilité totale de dire du mal des agresseurs dont l’identité vaut pour lui absolution. On aurait pu aussi l’entendre commenter et déplorer le fracassant succès de l’extrême droite allemande lors du récent succès régional. On ne l’a pas entendu. Car il aurait été obligé, pour expliquer, d’évoquer la consternante politique migratoire de son amie Angela Merkel.

En tant qu’Européen, il aurait pu s’intéresser à ce qui se passe en Pologne. Là-bas, une droite très bêtement nationaliste est arrivée au pouvoir et prend de très grandes libertés avec les plus élémentaires des libertés publiques. On ne l’a pas entendu. La Pologne, c’est juste à côté, alors que l’Amérique c’est heureusement si loin … Dénoncer les dérives du pouvoir polonais aurait contraint Martin Schultz à demander des sanctions contre Varsovie. Hors de question : l’Europe va déjà très mal, et on ne va quand même pas embêter ceux qui consentent à y rester. Alors comme il faut bien se défouler un peu, Martin Schultz est parti loin, très loin, vers l’Amérique, porter le fer dans un pays où personne n’a jamais entendu parler de lui.

Soyons quand même juste avec le président du Parlement européen. Il sait parfois se montrer ferme. Lors de la session du Parlement consacrée à l’éventuelle adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, il a expulsé de la salle un député d’extrême droite grec pour ses "propos racistes". Le parlementaire avait qualifié les Turcs "barbares spirituels", se moquant des "scientifiques ottomans". C’est raciste ça ? On comprend que Martin Schultz, social-démocrate de bonne famille n’aime pas trop les députés d’extrême droite. Il leur préfèrera sans doute, si jamais ses vœux se réalisent, les députés femmes du parti de M. Erdogan, toutes voilées comme son épouse… 

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