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Mario Draghi obligé d'envoyer une bouée de sauvetage à un gouvernement français en pleine noyade (tandis que Standard & Poor's, elle, lui appuyait sur la tête)
©Flickr

Baisse des taux de la BCE

Mario Draghi obligé d'envoyer une bouée de sauvetage à un gouvernement français en pleine noyade (tandis que Standard & Poor's, elle, lui appuyait sur la tête)

Vendredi, l'agence de notation américaine a abaissé la note de la France à "AA", contre "AA+", en raison de la perte de marge de manœuvre financière du pays.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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La semaine s’est terminée par un commentaire assassin signé « Standard and Poor’s ». La décision de l’agence de notation de confirmer la dégradation de la note française n’a surpris personne. Depuis deux ans, les agences de notation ont mis la France sous surveillance et on se doutait bien que rien dans le paysage économique et financier du pays ne pouvait justifier de retrouver le prix d’excellence.

Mais le commentaire de Standard & Poor’s est terrifiant. « La France n’est plus en capacité de créer de la richesse. Son équilibre socio-politique et l’ampleur de son chômage rendent désormais inefficaces les réformes qui seraient nécessaires pour retrouver de la croissance. »  Dans les détails, l’agence explique que la gouvernance Hollande est désormais incapable de réformer, compte tenu de sa légitimité perdue. Le voudrait-elle qu'elle ne le pourrait pas.

En d’autres termes, tout espoir de redressement serait vain. La France est sur le déclin et n’en sortira pas. Standard & Poor's nous annonce la décadence. Diagnostic terrible qui prolonge l’analyse en fait très pessimiste publiée deux jours avant par la Commission européenne, et qui explique aussi la décision surprise de la Banque centrale de baisser les taux d’intérêt de 0,25%. Cette décision n’était absolument pas attendue. Les taux d’intérêt sont déjà très bas. Trop bas pour inviter l’épargne à s’investir. L’obsession de Mario Draghi est plutôt d’éviter la déflation.

Cependant, en accord avec les Allemands, décision a été prise d’enfoncer encore plus les taux pour rendre service à la France et anticiper une réaction brutale des marchés au lendemain de la décision de Standard & Poor's. Bref, Mario Draghi envoie une sorte de bouée de sauvetage à l’adresse d’un gouvernement français qui se noie. C’est donc bien un service que le conseil de la BCE a voulu rendre à la France.

Mais ce qui est intéressant, c’est que Standard & Poor’s aurait décidé de publier le commentaire assassin de la dégradation après la décision de la Banque centrale qui n’était véritablement pas attendue. Pour les marchés ça signifie simplement que la France ne pourra pas dissimuler ses failles et ses faiblesses derrière une manipulation monétaire. C’est en ce sens qu'il est politiquement assassin, parce qu'il vise l’incapacité de la gouvernance française à rattraper une situation qui lui a complètement échappé.

A l’Elysée, à Matignon et à Bercy, on a vraiment très mal pris le communiqué de l’agence de notation. D’autant qu'on a parfaitement décrypté la manip… Du coup, personne n’a voulu réagir officiellement et c’est Pierre Moscovici qui a dû s’y coller. Deux jours après avoir expliqué à la presse que les prévisions de Bruxelles n’étaient pas si mauvaises, deux jours après que Bernard Cazeneuve, le ministre du Budget (avec lequel il s’entend moyen) a reconnu que la France devrait poursuivre une politique d’austérité jusqu’en 2017 et cela en contradiction avec la promesse de François Hollande lui-même... bref, Pierre Moscovici s’est fendu d'une réaction disant que l’agence Standard & Poor’s avait tout faux…

La ligne choisie par Bercy est simple. D’abord le déni de réalité, « il est faux de dire que la conjoncture ne s’améliore pas ». Ensuite, la leçon de morale, « ce n’est pas bien, pas républicain que de dénigrer sans cesse ». Double peine pour l’opinion publique, ce qui ne va pas améliorer l’ambiance. Quand on se souvient du tollé de critiques et de condamnations qui a déferlé sur la France de Nicolas Sarkozy quand l’agence américaine avait dégradé la France et mis nos gouvernants sous surveillance...

La situation économique désastreuse explique évidemment le désarroi des opinions publiques et particulièrement des classes moyennes qui sont tentées les unes après les autres par la colère et la révolte. Il n'y a pas qu'en Bretagne que les salariés, les chefs d’entreprises et les élus se braquent. Partout en France, les artisans et les patrons préparent des grèves de l’impôt. Mais la manière que le gouvernement a de réagir à tout cela, ne fait qu’aggraver l’incompréhension.

En fait, ce qui se passe aujourd'hui est une quasi-généralisation de la révolte des pigeons il y a plus d’un an. Même blocage, même méthode mais au niveau national cette fois. Le blocage est tellement sérieux que les dirigeants patronaux, le président du Medef et de la CGPME parcourent l’Hexagone pour essayer de canaliser cette colère. Pierre Gattaz et Jean Pierre Roubaud ont pu jusqu’alors convaincre leurs troupes d’épargner au gouvernement le carton rouge et d'en rester au carton jaune… Mais de son propre aveu, il n’est pas sûr de pouvoir tenir très longtemps.

Cette semaine, le gouvernement a donné le sentiment qu'il était complétement désarmé. Le Parti socialiste lui-même ne comprend pas la nature exacte du mécontentement. L’extrême gauche est complètement à côté de la plaque. Cette gauche classique n’a pas l’habitude de ces manifestations des classes moyennes. Elle n’a pas les outils, ni les mots. Alors, il y a des ministres qui ont intégré la nécessité de répondre à cette demande de modernité et de réforme mais ils ne sont guère écoutés du président ou de la majorité présidentielle qui reste, elle, arc-boutée sur des positions archaïques.

Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif a complètement changé sa communication. Il en a fini, de casser du patron. Il les caresse désormais dans le sens du poil et réussit assez bien. Avec un nouveau crédo, la compétitivité et la mise en place d’une politique énergétique qui serait fondée sur le nucléaire et une probabilité de richesse grâce aux gaz de schiste. Accessoirement, il essaie de faire oublier la loi Hamon qui, vient d’être votée en laissant entendre qu’elle sera vide de sens au niveau de son application.

Manuel Valls continue son chemin de ministre pragmatique en évitant de provoquer des socialistes qui ne le comprennent pas… Ce que les socialistes n’acceptent pas c’est que Valls ait trop souvent raison.  

Laurent Fabius, lui, a essayé de transformer l'administration étrangère en assignant aux ambassadeurs une priorité commerciale. C'est désormais à eux de promouvoir les produits et les entreprises françaises. Un peu comme le font les services japonais. Nos ambassades en sont parfaitement capables, elles en ont les moyens et l’envie... Elles ont réussi et commencent à changer les choses. Cela dit, Laurent Fabius se heurte aujourd'hui aux services extérieurs de Bercy qui protègent leur pré carré. Le résultat, c’est que les entreprises qui veulent exporter se retrouvent face à des usines à gaz difficilement utilisables.

Du côté de Bercy, justement, la guéguerre entre les ministres fait rage. Pierre Moscovici est épuisé, écartelé entre la nécessité d’être présent à l’Assemblée nationale et celle de défendre la France à Bruxelles ou dans les réunions internationales. Et cela sans boussole, en prenant le risque permanent d’être en porte-à-faux par rapport au Parti socialiste qui s’est enraciné sur ses vieilles lunes ou par rapport au président qui a fait tant de promesses irréalisables. Sur la fiscalité, on a atteint un record d’incohérences que personne ne veut assumer. Concernant l’ouverture des magasins le dimanche ou le soir tard, Jean-Paul Bailly, l’ancien président de la Poste chargé de trouver une solution est en pleine galère... Il doit remettre un rapport qui ne devra vexer personne. Personne à Bercy ne veut assumer la liberté qu'il faudrait restaurer dans le commerce. Impossible si le pouvoir politique ne prend pas ses responsabilités. Comment réagir par exemple à la décision de Marionnaud d’ouvrir son magasin des Champs Elysées jusqu’à minuit alors qu'on avait fait fermer Sephora. Vendredi par exemple, on ne savait pas au ministère de la Santé quoi répondre à Jean Gangue qui dénonçait dans un rapport parlementaire une dérive de l’aide médicale au étrangers de plus de 800 millions d’euros cette année.

Les pragmatiques du gouvernement ont évidemment raison mais ils ont si peu de pouvoir politique qu'ils en viennent à espérer que les mouvements de la rue obligent les idéologues à se taire et le président à changer de politique. Contraint et forcé.

La crise rend intelligent. « Ça doit être vrai aussi au Parti socialiste, mais on n’en a pas encore la preuve, disait un des députés de la majorité présidentielle, après l’annonce de Standard and Poor’s, on agit comme si nos propres électeurs étaient incapables d'entendre la vérité. »

Des idées, on en a en France, de l'envie de travailler aussi. C’est l’écosystème qui est pollué par une fiscalité délirante, un modèle social déréglé, un climat d’insécurité financier aberrant… dans un contexte politique où l’idéologie masque trop souvent l’incompétence. Standard & Poor’s n’a rien fait d’autre que de dénoncer cette incompétence.

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