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Marine Le Pen est omniprésente médiatiquement.
Marine Le Pen est omniprésente médiatiquement.
©Reuters

Des hauts, des bas

Marine Le Pen fait-elle une mauvaise campagne ?

Marine Le Pen est omniprésente médiatiquement. Elle était sur le plateau de Laurent Ruquier samedi soir et jeudi soir, sera dans "Des paroles et des actes", où elle a d'ailleurs refusé de débattre avec Jean-Luc Mélenchon. Malgré tout, elle semble stagner dans tous les sondages sur les intentions de vote au premier tour.

André Bercoff

André Bercoff est journaliste et écrivain. Il est notamment connu pour ses ouvrages publiés sous les pseudonymes Philippe de Commines et Caton.

Il est l'auteur de La chasse au Sarko (Rocher, 2011), Qui choisir (First editions, 2012), de Moi, Président (First editions, 2013) et dernièrement Bernard Tapie, Marine Le Pen, la France et moi : Chronique d'une implosion (First editions, 2014).

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Atlantico : Les sondages montrent une stagnation du score de Marine Le Pen dans les intentions de vote du premier tour. Comment expliquez-vous cela ?

André Bercoff :Cette stagnation est, paradoxalement, due à la réussite relative de Marine Le Pen quant à la "dédiabolisation" de son parti. Tous ses efforts ont, en effet, consisté à sortir des éructations calculées de papa afin de montrer que le FN pouvait être, comme les autres, une formation susceptible de participer au gouvernement de la France. Mais dès lors que le vote FN n'est plus seulement de protestation mais aussi et surtout d'adhésion, l'électeur est en droit de demander des précisions, notamment économiques, sur le programme. Il n 'est pas un Français qui ne connaisse la complexité de la situation économique et sociale d'un pays qui n'est plus une île depuis longtemps. De ce point de vue, il y a encore beaucoup de travail pour asseoir la crédibilité des orientations marinistes...

De manière plus générale, que pensez-vous de la campagne menée par la candidate Front National ?

Bonne en ce qu'elle tranche notablement sur le consensus plus ou moins mou de l'adhésion au système régi par les marchés et les agences de notation ; cela plaît à des millions d'hommes et de femmes qui ne comprennent toujours pas pourquoi l'austérité doit commencer par eux, la classe moyenne. Le spectacle navrant de ce qui se passe en Grèce peut décourager les meilleures volontés quand on ne leur explique pas ce qui se passe vraiment dans le maelstrom. Les gros s'en sortent, les maigres paient : de ce point de vue, Marine Le Pen, comme Mélenchon, fait une bonne campagne. En revanche, son omniprésence médiatique signe sa faiblesse : à part quelques rares et frêles exceptions, elle est la seule qui prenne la parole. On peut en conclure qu'elle n'a pas d'équipe à niveau : où sont les experts qui valideraient sérieusement son retour au Franc et le retour de la Banque de France ? On ne peut contester son éloquence, mais à partir du moment où il s'agit de gouvernance, l'absence d'un collectif se fait lourdement sentir auprès du citoyen électeur-consommateur devenu de plus en plus exigeant, avec raison, sur le rapport qualité-prix. On ne choisit pas impunément le syndic des copropriétaires de la République.

Sa campagne semble actuellement se résumer à la question des parrainages et l'on ne parle ni de son programme ni de ses déplacements : sa communication sur ce sujet pourrait-elle se révéler contre-productive ?

Sa présence à l'émission de Laurent Ruquier sur France 2 montre qu'elle parle longuement de son programme et que la question des parrainages semble se résoudre positivement pour elle. Son problème n'est pas là mais encore une fois, dans l’aptitude qu'elle aura à apporter des solutions crédibles dans une navigation en pleine tempête.

Comment avez-vous trouvé sa prestation sur le plateau de Laurent Ruquier samedi soir ?

Autant Marine Le Pen s’est bien tenue, et a bien tenu ses propositions chez Ruquier, autant ses emportements lors du meeting de Lille et ses joutes mélenchoniennes avec les journalistes traduisent une nervosité certaine, dont l’efficacité laisse, selon moi, à désirer. Cela fait deux fois en effet qu’elle utilise le gadget du carton rouge. Cette agressivité lui assurera-t-elle sa place au second tour ? De moins en moins sûr.

Jean-Marie Le Pen aurait-il fait une meilleure campagne ?

Je ne le crois pas. Encore une fois, la grosse différence entre le père et la fille, c'est que le premier ne voulait en aucun cas du pouvoir, à la différence de sa fille. Il n'aurait pas hésité à sortir un calembour ou une expression dont il a le secret pour faire hurler tout le monde et se poser en marginal victimisé par « l'établissement ». Si Marine Le Pen était présente au second tour, François Hollande ou Nicolas Sarkozy n'atteindraient pas, j'en suis sûr, le score de Jacques Chirac en 2002.

La candidature officielle de Nicolas Sarkozy et son positionnement politique peuvent-ils faire baisser le FN comme cela a apparemment été le cas en 2007 ?

L’électorat du FN qui fait actuellement un pourcentage plus qu’honorable dans les sondages, redevient l’objet de toutes les attentions du candidat Sarkozy qui sait qu’il ne pourra l’emporter qu’avec des électeurs qui s’apprêtaient à voter Front National mais se détacheraient de celui-ci - par réalisme ? - pour voter Sarkozy dès le premier tour. Mais 2012 n’est pas 2007 : le rejet de l’actuel président étant ce qu’il est, ses prises de position sur l’identité française, les dangers de l’immigration clandestine et la montée du communautarisme n’y suffiront pas si l’accent n’est pas porté sur les faiblesses, voire les béances, du programme économique et social du Front National. C’est là-dessus que se jouera d’abord l’élection. Ne jamais oublier que l’omni-régnante crise mondiale est toujours là et que tout peut se passer à tout moment dans la zone euro, au Moyen Orient et ailleurs. Deux mois, c’est long.

Marine Le Pen a déploré le fait que, selon elle, " l'ensemble de la viande qui est distribuée en Ile-de-France était halal ". Est-ce une manière pour elle de revenir vers les fondamentaux du FN ?

De deux choses l’une, ou elle dit vrai et c’est effectivement préoccupant. Ou comme l’affirment les professionnels de l’alimentation, elle profère une contre-vérité qui devient tintamarre électoral habituel au FN. Et c’est le moment que choisit Jean-Marie Le Pen pour reparler de Robert Brasillach, éminente plume de la collaboration avec les nazis, et pour proférer quelques perles hénaurmes… Bis repetita placent : le père ne cherche-t-il pas au fond, l’échec de sa fille ?

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud

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