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Marianne et le voile
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Tribune

Marianne et le voile

La question du voile est au coeur du débat et de l'actualité depuis la récente polémique lors d’une session du conseil régional de Bourgogne. Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne et vice-président des Républicains, publie une tribune pour Atlantico.

Gaël Perdriau

Gaël Perdriau

Gaël Perdriau est maire de Saint-Etienne et vice-président du parti Les Républicains. 

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L'affaire du voile est révélatrice du naufrage éthique du débat politique en France. Il aura suffit qu'un élu se laisse aller, tel un Tartarin, à des vociférations contre une femme pour que le débat s'enflamme autour d'une laïcité soudainement menacée par un simple voile. S'en est suivi, un débat d'une rare médiocrité auquel de trop nombreux élus se sont prêtés se livrant à une surenchère malsaine dont l'objet était de rechercher la meilleure définition d'une laïcité de combat contre l'Islam.

Un débat laissant à entendre que nos compatriotes de confession musulmane ne seraient pas entièrement Français. Faut-il s’interroger longuement pour chercher les causes des événements de Bayonne ? Un discours entretenu, depuis des années par le RN, où la haine de la différence sert de boussole et permet de réduire toute situation à un affrontement ennemi/ami ou, si on préfère, eux/nous. Un nous réduit à sa plus simple expression tribale, expurgé de toute référence civilisationnelle, ouvrant ainsi le chemin à la violence la plus primaire.

Ainsi, au moment où, pour affronter une crise sociale sans précédent, la Nation a besoin d'unité, nombreux sont ceux qui cherchent, en divisant les Français, à exister en prétendant défendre la laïcité. Le voile devient alors le prétexte à rechercher l’union, au nom d'une laïcité, aux contours d’autant plus incertains, qu’elle est prise en otage. Union d'autant plus fragile qu'elle se fonde sur l'ignorance, la peur et le rejet de l'autre. Ma famille politique doit se garder d'emprunter ce chemin car elle commettrait une faute irrémédiable devant tout à la morale et rien à l'intelligence, fusse-t-elle politique. Tout comme pour Charlie ou le Bataclan, où il y a un avant et un après, le cours de l’histoire ne peut reprendre paisiblement son chemin après Bayonne. Il est urgent que tous les républicains, au-delà de toutes les croyances, opinions et différences, se posent les bonnes questions.

Aujourd'hui, en France, la véritable question posée est celle des particularismes, qu'ils soient religieux, sociaux ou sociétaux et du danger mortel, pour la République, dont ils sont porteurs. Depuis des années à l’œuvre, ils cherchent à imposer des normes spécifiques à la République. Des règles ayant perdu leur caractère universaliste, celles consacrant le citoyen, au profit de particularismes relevant exclusivement de l'individu. Ne l'oublions jamais, la laïcité est la garante ultime de ce combat républicain contre les prétentions hégémoniques des particularismes, fondements de tous les communautarismes.

Ainsi, en tant que valeur absolue, la laïcité ne souffre d'aucune exception. Pas plus qu’elle ne saurait tolérer les divers qualificatifs tels qu'ouverte, inclusive ou tolérante dont elle est désormais affublée. Autant de concepts cherchant à affaiblir la laïcité alors qu'elle est la garante d'une certaine idée de la République.

Une République qui ne devrait pas être fondée sur le respect des croyances en tant que telles mais bien sur celui de la faculté de croire, ou pas, reconnue à chacun au nom de la liberté d'opinion. Ceci signifie très clairement que le citoyen doit jouir de cette faculté de croire, ou pas, de pratiquer une culte, en toute quiétude mais sans jamais prétendre l'imposer au reste de la Nation.

C’est pourquoi, la puissance publique doit rester neutre par rapport à tous les cultes sans verser dans une foi en l’athéisme qui substituerait aux privilèges des religions ceux reconnus au scepticisme cultuel. Si tel était le cas, la République cesserait d'être laïque et perdrait son message universaliste. Est-ce à dire alors que nous devrions accepter tous les signes religieux qu'ils soient ostentatoires ou pas ?

Bien entendu, la réponse est non ! L'édifice législatif est largement suffisant pour répondre à toutes les situations sans pour autant stigmatiser une partie de nos compatriotes. Sans les blesser et les désigner comme des personnes suspectes. Répétons-le ce qui est contraire à la laïcité ce n'est pas la religion mais le prosélytisme dont certains, quelle que soit leur religion ou leur athéisme, font montre.

Regardons la réalité en face et osons dire aussi que si une croyance est digne de respect, elle n'en demeure pas moins susceptible d'être manipulée. Certains se servant alors des croyances comme d’un levier politique destiné à imposer une vision de l'espace et de la société fondées sur le particularisme d'un message. En revanche, si nous prenons le parti de ne considérer que la faculté de croire, ou pas, on a vite fait de découvrir qu’elle est digne de respect. Avec une condition simple : que chacun mette une distance salvatrice entre lui et son culte.

Pour cela l'éducation doit remplir une mission fondamentale. Il s'agit de faire comprendre, par la raison, aux jeunes que l'on «n'est» jamais une religion mais qu'au contraire, plus simplement, on «a» une religion. Cette distance entre l'étant et l'ayant peut paraître peu de chose, elle est, au contraire, le chemin étroit qui conduit du particulier vers l'universel, réalisant ainsi tous les objectifs de la République.

La laïcité constitue le socle même de notre République en cantonnant les croyances dans la sphère privée, en offrant à chacun, grâce à une école ne rejetant pas les croyances, mais aidant tous les jeunes à construire une distance par rapport à sa foi ou son athéisme. Liberté reconnue à chacun de croire ou pas. Egalité de traitement appliquée à chacun sans qu'aucune opinion ne puisse jamais prendre le dessus. Fraternité de tous au sein d'une Nation reconnaissant l'équilibre entre tous les cultes.

Aujourd'hui, au nom d'une vision très « particulière » de la laïcité nous sommes en train de la transformer en une puissante arme dirigée contre les cultes, en général, et, plus spécifiquement, contre l'Islam. C'est inadmissible ! La République ne saurait, dès lors que la laïcité obéit aux critères précédemment évoqués, trembler devant tel ou tel autre signe d'appartenance religieuse. Nous devrions, au contraire, nous réjouir que des femmes portant le voile viennent, quelque soit le cadre, assister aux débats publics sur l'avenir d'une collectivité.

Il me semble indispensable d'en appeler à la raison afin de cesser de stigmatiser les musulmans de France qui deviennent une cible. Le renforcement de notre cohésion nationale ne peut exister par le rejet d'une frange de nos compatriotes. Comment pourrait naître un universel républicain reposant sur une aussi profonde injustice ?

Voilà pourquoi, je mets en garde ma famille politique contre la tentation des amalgames faciles qui emportent la raison collective d'une Nation épuisée par la crise sociale et économique, doutant de ses valeurs et dont le cap politique semble sombrer dans un concept aussi improbable que dangereux pour notre Etat de droit, celui de la société de la vigilance récemment défendu par Emmanuel Macron.

Au contraire, je pense que nous devons défendre une société de la responsabilité, ouverte à tous, et capable, à ce titre, d'assumer un débat sur la laïcité. C'est uniquement en allant, comme je le fais à Saint-Etienne depuis 2014, à la rencontre de nos compatriotes musulmans que nous pourrons bâtir un projet commun donnant un tour concret au message universaliste de la République. C'est aussi de la sorte que nous pourrons mieux combattre, ensemble, tous les particularismes qui conduiront, inexorablement, s'ils venaient à triompher, à la violence.

Oui, cessons de courir derrière les chimères identitaires agitées par l’extrême droite et les champions de tous les communautarismes, pour renouer avec la vision respectueuse et républicaine de Victor Hugo qui écrit, en 1875, dans son admirable texte «Le Droit et la Loi » :

«La formule républicaine a su admirablement ce qu'elle disait et ce qu'elle faisait; la gradation est irréprochable. Liberté, Égalité, Fraternité. Rien à ajouter, rien à retrancher. Ce sont là les trois marches du perron suprême. La liberté, c'est le droit, l'égalité, c'est le fait, la fraternité, c'est le devoir. Tout l'homme est là...»

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