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Les roturières savent 
garder leurs princes !
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Un mariage à Monaco

Les roturières savent garder leurs princes !

Le Prince Albert II de Monaco et Charlene Wittstock se sont dits "oui". Judicieux que de porter son choix sur une roturière : les unions avec des princesses étrangères ont rarement été heureuses.

Daniel de Montplaisir

Daniel de Montplaisir

Daniel de Montplaisir est historien, conseiller de l'Assemblée nationale. Il est l'auteur de la première biographie de l'actuel titulaire de la couronne de France, Louis XX, petit-fils du Roi Soleil (ed Jacob Duvernet, 2011), à paraître le 2 juillet 2011.

 

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Maintenant, les princes épousent les roturières, et c’est une très bonne chose !


Dès le XVIème siècle, dans son Éducation du prince chrétien, le fondateur de l’humanisme, Erasme, conseille aux princes d’épouser les femmes de leur choix plutôt que, pour des motifs politiques, des princesses étrangères. Il avait en effet déjà observé que les unions entre familles royales, censées favoriser la paix entre les nations, atteignaient rarement leur objectif.
Une princesse étrangère ne permet le bonheur de personne


La venue d’une princesse étrangère, souvent ignorante des mœurs, des usages, parfois même de la langue, de son pays d’adoption, ne connaissant de son fiancé qu’un portrait fait à distance et souvent retouché, ne réalise le bonheur de personne. Le future roi néglige son épouse imposée, si ce n’est pour remplir son devoir dynastique : engendrer une descendance. Après quoi, il se désintéresse de l’éducation de sa progéniture et va chercher l’amour auprès d’autres femmes. Quant, au surplus, les mariés sont cousins, la multiplication des croisements généalogiques aboutit à de dangereuses unions consanguines.

Le meilleur exemple en fut fourni par le dernier Habsbourg d’Espagne, Charles II, issu de parents proches, comme l’étaient déjà ses grands-parents et ainsi de suite. Rachitique, perclus de tares et de maladies diverses, il ne put faire d’enfants à ses deux épouses successives, princesses française puis bavaroise, la deuxième détestée par le peuple espagnol. C’est ainsi que la couronne de Madrid revint à un Bourbon, Philippe V, aïeul de l’actuel héritier du trône de France, le prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou.

Celui-ci a, en 2004, épousé Marie-Marguerite Vargas. De nationalité vénézuélienne, elle descend de ces conquistadores qui n’avaient pas besoin d’armoiries pour s’emparer du nouveau monde. Le droit royal français ignore le morganatisme : la femme du roi, d’où qu’elle vienne, dès lors qu’elle s’est engagée devant l’Église par son hymen, recueille instantanément tous les droits afférents à son statut de reine.

Le libre choix des princes

Longtemps, il en fut différemment dans d’autres royaumes, notamment en Espagne et en Autriche. On connaît, pour ce dernier pays, l’exemple de l’archiduc François-Ferdinand, assassiné à Sarajevo (Bosnie) le 28 juin 1914. Héritier du trône des Habsbourg, il ne pouvait le transmettre à ses enfants pour avoir épousé Sophie Chotek, la femme qu’il aimait. Plus récemment, à Madrid, quelques vieux aristocrates grincheux reprochèrent au prince des Asturies, le fils aîné du roi Juan-Carlos, de s’être marié, le 22 mai 2004, avec une « simple » journaliste, qui plus est divorcée, Letizia Ortiz. Mais le bons sens l’emporta et plus personne aujourd’hui ne conteste à Felipe son droit à la couronne.

Davantage tolérantes - protestantisme oblig e- les monarchies britannique et scandinaves admettent désormais sans difficulté le droit pour l’héritier, ou l’héritière, du trône de choisir librement son conjoint. Il suffisait, pour s’en persuader, d’observer la liesse de tout un peuple, effaçant le mauvais souvenir de Diana, pour se rassembler autour de sa famille royale lors du mariage du prince William avec la séduisante Kate Middleton, le 29 avril dernier. Tel sera aussi le cas, à Monaco, de l’union du prince Albert avec sa charmante nageuse, Charlene Wittstock. Les quelques résidus réactionnaires que compte encore parfois l’aristocratie doivent s’y faire : nos prince ont, et sans doute pour longtemps, décidé d’écouter enfin Erasme !

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