Manuel Valls et la police, vrai changement ou mauvaise copie ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
Manuel Valls et la police, vrai changement ou mauvaise copie ?
©

22 vla les flics

Manuel Valls et la police, vrai changement ou mauvaise copie ?

Fraîchement nommé, le nouveau ministre de l'Intérieur Manuel Valls s'attaque à reformer la police. Après avoir attaqué son prédécesseur Claude Guéant, le nouveau ministre veut instaurer une police "sans angélisme ni course au chiffre". Réalité ou utopie ?

Georges Moréas

Georges Moréas

Georges Moréas est un ancien policier français, devenu romancier et scénariste.

Il tient depuis novembre 2006 un blog, « POLICEtcetera » sur le site le Monde.

Voir la bio »

Atlantico : Sous le mandat de Claude Guéant, les propos sur les relations entre nationalité et délinquance ont fait débat. Certains y voient une stigmatisation et le nouveau ministre, Manuel Valls, a promis la fin de ce type de pratiques. Ne pas évoquer cette réalité a-t-il un sens au vu du quotidien des policiers ?

Georges Moréas : Là, on parle de contrôle d’identité. Les contrôles d’identité, en France, répondent à des critères administratifs et judiciaires. Le contrôle judiciaire est fait sous un statut "procural" et cela peut parfois correspondre à un signalement d’individus recherchés. Ensuite, vous avez des contrôles administratifs qui relèvent du travail d'un fonctionnaire on ne peut plus classique. Il est clair que certains individus sont plus contrôlés que d’autres. A titre personnel, je ne vois pas comment on peut faire pour ignorer cette réalité, cela n’a pas de sens. La plupart des gens suspectés par la police ont généralement le même profil.

Si l’on dit aux policiers qu’ils ne peuvent effectuer des contrôles en fonction du visage ou du comportement d’un individu, cela revient à leur donner pour instructions de contrôler tout le monde. On se prive alors d’un filtre : l’instinct du flic. Il s’agit donc uniquement de limiter les abus. Sur le terrain, je ne vois pas trop comment faire.

Enfin, il est amusant de constater que ce que l’on reproche à certains policiers va être fait d’une manière quasi automatique avec le nouveau fichier TAJ (traitement d’antécédents judiciaires) qui va permettre la reconnaissance faciale et les comparaisons biométriques des visages, en utilisant, si besoin, les images des caméras de vidéosurveillance. Je pense qu’il n’y a pas de solution sur le terrain où alors on décide de ne plus faire de contrôles.

Manuel Valls a annoncé vouloir éviter toute forme de "course au chiffre". Est-ce une bonne résolution ?

On ne peut pas travailler sans avoir une forme de contrôle. Au cours des années précédentes, nous avons évolué vers une individualisation de ces contrôles. On a demandé aux fonctionnaires de faire du chiffre. Dire à un policier "Toi, tu as fait tant de garde à vue, cela ne suffit pas ; toi tu as fait tant de PV cela ne suffit pas...", c’était une bêtise. En revanche, je pense qu’il faut maintenir un principe de contrôle dans les services. Ce sera alors au chef de service, au commissaire, de devoir rendre des comptes sur l’activité de ses équipes dans leur ensemble.

Comment voyez vous la nomination de Manuel Valls ? Comment va-t-il être perçu par la police ?

Je pense que parmi les candidats qui étaient possible, Manuel Valls est celui qui passe le mieux auprès des policiers. Il bénéficie à la fois d'une expérience de terrain et d'un vrai dynamisme. Il devrait être respecté car il sera plutôt sévère. D’autres candidats auraient peut-être fait plus de réformes. Enfin, il faut rappeler que c'est Manuel Valls qui est ministre de l’Intérieur. Il n'y a plus à discuter. Je veux dire par là qu' il est ministre de la police et de la gendarmerie. Alors que ses prédécesseurs avaient d'autres tâches qui pour l'instant semblent lui échapper.

Que pensez-vous de la probable future éviction de Frédéric Péchenard (Directeur général de la Police nationale) et Bernard Squarcini (Directeur central du renseignement intérieur) ?

Il semble normal que le nouveau ministre de l’Intérieur remplace des hommes jugés trop près de l’ancien président de la République lorsque ceux-ci occupent des postes clés. La personnalité du nouveau DGPN peut donner une indication sur les orientations que M. Valls compte donner à la police. Mais, dans le passé, souvent, ce poste été confié à des "administrateur" qui n'avaient pas nécessairement les connaissances techniques.

Pour Bernard Squarcini, c’est différent. La question n’est pas de savoir qui va le remplacer mais plutôt de s’interroger sur l’avenir de la DCRI. De nombreux spécialistes du renseignement estiment qu’il faut revenir en arrière et redonner du poids aux RG. Je suis également de cet avis. De plus, il n’est pas sain de voir un service de "police judiciaire" s’isoler derrière le "secret-défense". C’était déjà le cas de l’ancienne DST, mais celle-ci comptait 3 à 4 fois moins de fonctionnaires et ses missions étaient plus spécialisées. Il y aura sans doute d’autres départs dans différentes directions. Mais, finalement, un peu de sang neuf, ce n’est pas si mauvais.

Propos recueillis par Charles Rassaert

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !