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Des soldats français au Mali.
Des soldats français au Mali.
©Reuters

Bisounours

Mali : la fin des illusions ?

Un monde sans guerre, couper dans le budget de la Défense pour redresser les finances publiques, la possibilité d'une défense européenne. L'intervention française au Mali doit permettre de dissiper ces trois illusions de la gauche.

Les Arvernes

Les Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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L’intervention française au Mali est la démonstration que, dans le naufrage du "modèle français", nos forces armées continuent de faire bonne figure. Aguerries par dix ans de guerre en Afghanistan, elles ont, semble-t-il, porté des coups décisifs aux forces djihadistes qui opèrent un hâtif repli stratégique vers le nord montagneux du pays. Si cette phase de "haute intensité" du conflit est bien en passe d’être gagnée, il faut maintenant entamer un moment plus délicat, celui de la (re)construction d’un Etat malien dont les insuffisances sont à l’origine de l’opération Serval. Comme les précédents de l’Afghanistan et de l’Irak l’ont montré, cette entreprise de "state building" sera longue et périlleuse. En attendant, si la guerre au Mali a permis, selon des mots que l’on n’avait jamais entendu en France, de "tuer" ou "détruire" des terroristes, elle doit sans doute aussi dissiper trois illusions très puissantes de la gauche française.

La première illusion est celle d’un monde sans guerre, où le dialogue et la diplomatie, voire "l’apeasement" avec les ennemis de l’Occident, peuvent régler tous les conflits. Cette illusion d’un monde irénique est celle de beaucoup au Parti socialiste. Certes, l’antimilitarisme est une tradition ancienne de la gauche. Il n’est pas si loin le temps où François Mitterrand renonçait à la modernisation pourtant indispensable de la force de frappe nucléaire française. 

Plus proche de nous, si la gauche française a décidé l’intervention au Kosovo en 1999 puis l’Afghanistan en 2001 (mais comment s’y opposer après le choc du 11 septembre 2001 ?), elle s’est montrée ensuite très critique. Après l’intervention des Etats-Unis en Irak en 2003, mue par son antiaméricanisme viscéral, elle a trouvé commode de limiter sa réflexion à une dénonciation entêtée de "l’hyperpuissance" américaine, unique fauteur de troubles mondial dans les années 2000.

En 2011, elle n’a soutenu que du bout des lèvres l’opération contre Laurent Gbagbo, membre de l’internationale socialiste, en Côte d’Ivoire, comme le renversement du colonel Kadhafi en Libye. Et la première décision de François Hollande, comme président, fut de retirer les troupes françaises d’Afghanistan fin 2013, laissant nos alliés seuls, jusqu’en 2014, dans ce pays où nous étions entrés ensemble. Il ne faut peut-être pas chercher plus loin leur peu d’empressement à nous aider aujourd’hui…

La seconde illusion que le Mali doit détruire est l’idée selon laquelle la France pourra redresser ses finances publiques en coupant dans ses dépenses militaires. Avec 32 milliards d’euros, le budget de la défense français est au second rang en Europe derrière le Royaume-Uni. Dans la compétition mondiale entre Etats, c’est un atout majeur qui garantit à la France une place à part parmi les nations et, très concrètement, un siège de membre permanent au Conseil de sécurité. L’objectif du prochain Livre Blanc, dont la parution est imminente, est de justifier, par des analyses biaisées, les coupes budgétaires à venir (10% du budget). C’est une erreur majeure. Réduire notre budget de la défense, le cœur des missions régaliennes, n’est pas à la hauteur des économies nécessaires pour redresser nos comptes (songeons au 400 milliards d’euros des dépenses sociales). C’est, en outre, dans un monde hobbesien, où le printemps arabe plonge des pays dans la guerre (60 000 morts en Syrie), prendre un risque majeur. Comme le rappelait Borges, "le manque de vraisemblance est un privilège dont la réalité a l'habitude d'abuser (cf Hitler)". Il est vrai qu’il est une réalité que la gauche au pouvoir n’oublie pas : de tous les agents publics, les militaires ne craignent pas de lui accorder ses voix avec parcimonie.

Enfin, l’opération Serval dissipe une troisième illusion, celle d’une défense européenne. On ne peut dire qu’elle est morte dans les sables du Sahara, n’ayant jamais existé que sur le papier. Elle a fait la preuve de son impossibilité pratique. Comme en 2011 au moment de la guerre en Libye, notre partenaire allemand nous a laissé seuls face aux désordres du monde. Pour des raisons bien connues, les Allemands ne veulent, ni ne doivent exercer de responsabilités militaires. Les autres Etats européens, confrontés à leurs problèmes budgétaires, réduisent leurs dépenses militaires au moment où, partout dans le monde, on les augmente (+50% sur la décennie 2000, soit 1200 milliards d’euros aujourd’hui). Il faut accepter de voir la réalité en face et cesser d’agiter, telle une formule totémique, l’idée d’une défense européenne comme substitut au maintien d’une défense française crédible couplée à une alliance atlantique forte. Outre nos propres capacités, qui doivent être renforcées (drones, avions de transport), la seule aide concrète que l’on peut attendre, en matière militaire, vient et viendra de notre allié britannique et des Etats-Unis, malgré la timidité stratégique d’une administration Obama prolixe en démonstration de modestie (concepts du "leading from behind", du "light footprint"). Plutôt que de commander un inutile rapport (celui d’Hubert Védrine) sur les avantages de notre plein retour dans l’OTAN (2009), plutôt que de se disperser dans des rapprochements oiseux avec l’Allemagne ou la Pologne, le gouvernement devrait prolonger la logique du traité de Lancaster House (2010) et créer un véritable partenariat franco-britannique en matière de défense.

Dans un monde décidément dangereux, où notre capacité militaire reste un de nos atouts-maîtres, pour nous-mêmes et pour l’Europe, il est urgent de cesser d’affaiblir encore et toujours notre armée. Cette armée, pour laquelle nos gouvernants déguisent de moins en moins leur mépris, victime toute désignée de l’ajustement budgétaire brutal qui se prépare, est trop respectueuse des Institutions pour sortir de sa posture de "Grande muette". Nous ferons donc très prochainement des propositions en ce sens.

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