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La rivalité entre Copé, Fillon et Sarkozy inquiète à l'UMP
La rivalité entre Copé, Fillon et Sarkozy inquiète à l'UMP
©Reuters

Un fauteuil pour trois

Malgré la guerre des égos, comment l'UMP peut se rassembler

Les ténors de la droite testent leurs forces en cette rentrée politique. Alors que Jean-François Copé est aujourd'hui à Châteaurenard devant parlementaires et militants, François Fillon le suivra de peu mercredi prochain avant une réunion des amis de Nicolas Sarkozy le 1er septembre. Une guerre de chapelles assez commune à droite, mais qui reste préoccupante pour la santé du parti.

Jean-Luc Mano

Jean-Luc Mano

Jean-Luc Mano est journaliste et conseiller en communication chez Only Conseil, dont il est le co-fondateur et le directeur associé.

Il anime un blog sur l'actualité des médias et a publié notamment Les Perles des politiques.

 

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Atlantico : Malgré un accord signée le 30 juin dernier entre copéistes et fillonistes, l'UMP reste animée par ses divisions internes. Alors que le parti continue de balancer entre ses trois figures principales (Fillon, Copé, Sarkozy), est-il possible d'imaginer qu'il puisse se mettre en ordre de marche à l'horizon du premier « test » des municipales de 2014 ?

Jean Luc Mano : Si le fait d'être en proie à des divergences empêchait un parti de remporter des élections locales, cela se saurait. Il n'apparaît donc pas impossible de voir l'UMP « globalement » en ordre de marche d'ici les prochains mois. Il s'agit d'une formation composite regroupant différents courants de la droite française et du centre, et je dirais que son véritable problème est de n'avoir pas su dégager une ligne politique après l'élection de son président. En l'absence d'une majorité déclarée, l'orientation du parti ne peut pas être claire aujourd'hui. On trouvait une véritable différence entre Copé et Fillon, mais le résultat du scrutin n'a pas permis de les départager. M. Copé reste donc aujourd'hui minoritaire dans un parti qui se « balkanise » de plus en plus. Ce déficit de « lien » politique se retrouve cependant dans la majorité de gauche, dans des proportions peut-être même plus importantes. Le gouvernement agit cependant pour tenter de cimenter et fixer des limites, qui sont parfois franchies.

La « guerre des égos » est un classique récurrent de l'histoire de la droite sous la Ve République (Balladur-Chirac, Villepin-Sarkozy...). Les rivalités actuelles s'inscrivent-elles dans ce même processus de désignation d'un « chef » ou est-ce plus grave ?

Cela fait effectivement écho à cette culture plus individuelle de la droite politique, culture héritée du principe bonapartiste et gaulliste du rapport direct entre un homme, un peuple et son pays. Cependant, l'Histoire a démontré que ce type de divisions peut aller dans les deux sens : elles peuvent provoquer une catastrophe, comme avec Giscard et Chirac en 1981, ou déboucher sur un succès comme avec Chirac et Balladur en 1995. On est ici dans un processus normal de désignation, non pas d'un chef, mais d'un leader. Je constate cependant deux faits que l'on ne retrouve pas dans le passé. Tout d'abord on a vu pour la première fois un vote « nul » qui n'a pas réussi à sceller la victoire d'un courant contre un autre, d'où cette actuelle absence de légitimité totale. D'autre part il y a ce phénomène formidablement inédit, le phénomène Sarkozy, qui rend le jeu de la désignation d'un leader bien plus complexe qu'elle ne devrait être. On peut dire en quelque sorte que la statue du Commandeur bouge encore. Les deux candidats déclarés que sont Copé et Fillon se méfient ainsi moins l'un de l'autre que de l'ancien Président.

La lassitude semble avoir envahi les militants UMP alors que seulement 30% d'entre eux ont décidé de renouveler leurs cartes d'adhérents en 2013 selon le magazine Le Point (14/06). Y'a t-il un risque de voir cette contagion s'étendre au sein des sympathisants du parti si ce combat se prolonge ?

Il y a toujours un risque, en particulier dans un électorat de droite qui s’accommode mal de la division. La gauche, si je puis dire, vit avec cette division qu'elle transforme en « pluralité » tandis que la droite vit sa propre pluralité comme un handicap. Il s'agit là d'un fait qui date de la Ve République, voire de la IVe dans une certaine mesure. Il ne serait donc pas totalement surprenant de voir s'aggraver une lassitude qui a déjà commencé à s'installer dans l'opinion à l'égard des deux challengers et du parti dans son ensemble. Dans la situation actuelle, l'hostilité vigoureuse qui monte contre la politique de François Hollande limite cependant le danger d'une désaffection trop importante. Cette réalité politique construit une espèce de hiérarchie du désamour qui fait pour l'instant passer la désunion de la droite au second plan. L'électorat de droite se dit qu'il prendra celui qui se distinguera le moment venu et qu'il fera même contre mauvaise fortune bon coeur pour s'unir contre le Parti socialiste.

Beaucoup avaient tablé sur l'explosion de l'UMP en cas de défaite de Nicolas Sarkozy en 2012. Ce risque est-il toujours d'actualité, ou bien peut-on dire que le « plus gros de la tempête » est passé ?

On entend cette ritournelle après chaque défaite politique majeure. Il y a toujours eu quelqu'un pour prévoir en ces instants des explosions qui se produisent finalement de façon rarissime. Ce qui fait concrètement le lien d'un grand parti ce sont les élus locaux, élus qui ont pour la plupart un intérêt direct à rester dans ce grand parti en question. A la différence du football, les mercatos sont peu nombreux en politique. Je ne croyais pas à l'hypothèse d'une explosion de l'UMP après la défaite de Sarkozy, et je n'y crois pas plus aujourd'hui. Le véritable enjeu pour l'UMP est d'arriver aujourd'hui a faire vivre ses différentes mouvances, sans quoi ils n'arriveront pas à faire cohabiter des centristes proche de l'UDI avec les membres de la Droite Populaire. Il faudra pour cela s'habituer à la tenue de grand-rendez vous destiné à trancher et à établir une ligne politique claire. Le maintien d'un « flou » politique, que l'on pourrait croire astucieux dans le sens où il permet de garder plus de monde dans la bergerie, ne saurait être une stratégie durable.

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