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Mais qui vous envoie ces mails sur le Viagra et autres médicaments contre les troubles érectiles ?
©Reuters

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Mais qui vous envoie ces mails sur le Viagra et autres médicaments contre les troubles érectiles ?

C'est l'une des énigmes de la vie quotidienne moderne. Généralement il s'agit de sociétés commerciales, souvent mafieuses, basées bien au-delà de nos frontières, et qui de ce fait se trouvent rarement inquiétées par la justice.

Sauveur Boukris

Sauveur Boukris

Sauveur Boukris est médecin généraliste.

Enseignant à Paris, il participe à de nombreuses émissions de radio et de télévision sur les questions de santé. Il est l'auteur de plusieurs livres médicaux dont "Santé : la démolition programmée", aux Editions du Cherche Midi.

Il a écrit  "Médicaments génériques, la grande arnaque" aux Editions du Moment.

Son dernier livre s'intitule "La fabrique des malades" aux Editions du cherche midi.

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Jean-Pierre Blum

Jean-Pierre Blum

Jean-Pierre Blum est conseiller auprès du Président du groupe d’etudes parlementaire numérique et santé à l'Assemblée nationale.
Il est docteur en Médecine et docteur en pharmacologie cellulaire.

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Atlantico : Nos boîtes mails sont souvent remplies de SPAM avec des publicités non désirées pour acheter des médicaments à l’origine non-identifiée. Selon l'EAASM d'ailleurs, 62 % des médicaments achetés sur Internet seraient des contrefaçons. Quelles sont les entités à l'origine de ces mails ?

Jean-Pierre Blum : S'il est vrai que nous recevons ce type de proposition en Europe, les pays en voie de développement et aux populations peu éduquées, aux normes et moyens de contrôles inefficaces sont des cibles privilégiées (antipaludéens, anti-VIH, Vaccins). Gardons-nous cependant de tout triomphalisme car la Plaie s’abat sur les contrées occidentales (Viagra) On sait que les donneurs d’ordre sont le plus souvent des réseaux mafieux organisés, on connaît également l’origine des usines à contrefaçons. Ce sont des pays à très faibles coûts de mains d’œuvre où les contrôles s’avèrent difficiles tels la Chine, l’Inde, l’Indonésie, des pays de l’Est et l’Amérique du Sud.

Selon l’OMS, le Center for Medicine in the Public Interest et l’International Narcotics Control Board (INCB), la contrefaçon de médicaments représente 10% des médicaments dans le monde, 30% dans les pays émergents, 1 million de morts, 200 milliards de chiffre d’affaires annuel et 90% de croissance en 5 ans, 50% des médicaments vendus en ligne et 97% pour le seul Viagra.

Sauveur Boukris : Ce ne sont pas des pharmacies en ligne mais des sociétés commerciales, qui viennent d'Afrique noire ou francophone. Les pharmacies en ligne doivent recevoir une autorisation de la part de l'administration. En l'occurrence, il s'agit de médicaments contrefaits, et donc d'escroqueries.

Les médicaments contrefaits émanent d'Inde et de manière plus générale d'Asie pour deux raisons. D'une part, parce que les coûts de production y sont faibles, et garantissent une marge opérationnelle plus importante. D'autre part, la sommes des nombreux sous-traitants impliqués rend la traçabilité impossible pour des autorités européennes.

En quoi le fait de passer par internet préserve-t-il ces entités commerciales de toute action émanant de la justice ?

Jean-Pierre Blum : La raison en est que les amendes prévues pour ce type de délit sont bien en deçà des gains potentiels (L. 4223-1 du Code de la santé publique : … est passible de 5 ans de prison et 500.000 € d’amendes) et que le truchement de la vente en ligne, souvent transfrontalière, préserve, au moins un temps, de la main vengeresse de la Justice. Les narco trafiquants l’ont bien compris, faisant de la vente de viagra par internet une alternative moins risquée à leur coupable activité historique de trafic de drogues traditionnelles, qui est, aux dires du International Narcotics Control Board (INCB) 25 fois plus rentable que le trafic d’héroïne. C’est également un moyen de blanchir d’autres trafics encore moins avouables (trafic de drogues on l’a vu, trafic d’armes, etc.). Comme souvent, les technologies utilisées à de mauvaises fins vont plus vite que la Loi et ce d’autant qu’avec internet il faut faire s’accorder des entités juridiques différentes en fonction des pays et que les outils de coercition manquent souvent à l’appel en termes de coordination et de moyens. Le Viagra a occasionné, à lui seul, plus de 24 millions de requêtes sur internet en 2013. L’érection de ce "marché" considérable a bien vite été perçue par les contrefacteurs que l’éthique et la santé publique n’étouffent guère, mus par le seul appât d’un gain facile, rapide et anonyme.

Comment se procurent-ils nos mails ?

Jean-Pierre Blum : Les organisateurs du trafic sous couvert de virginité, avec des sites de vente "vitrines", peuvent se procurer ces adresses mails de deux manières. La première, illégale, est réalisée via des opérations de piratages de bases de données de sites divers, qu'ils soient institutionnels (comme les hopitaux) ou de manière légale en achetant des emails ciblés auprès de sociétés de communication qui peuvent mettre à leur disposition des bases de données de millions d'adresses mails ciblées contre rémunération. Cette récupération peut également avoir lieu sur des sites à thèmes divers, lorsqu'il est proposé à l'internaute de donner son adresse mail en échange d'un avantage ou d'un service.

Quels sont les risques inhérents à la consommation de ce type de médicaments ?

Sauveur Boukris : Tout dépend du niveau de contrefaçon et d'irresponsabilité des réseaux. Pour un médicament comme le viagra, qui ne répond pas à une problématique curative mais plutôt de confort, la meilleure chose à craindre est l'inefficience du produit. Mais comme il n'y a aucun contrôle, rien ne dit que ces laboratoires pharmaceutiques clandestins engagent des personnes suffisamment formées...

Pour d'autres maladies comme le diabète, le fait de prendre un médicament à base de farine plutôt que du principe actif s'apparente à une absence de traitement, ce qui peut tout simplement déboucher sur la mort du patient.

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