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Une journaliste de Newsweek a violemment critiqué les politiques menées par le gouvernement.
Une journaliste de Newsweek a violemment critiqué les politiques menées par le gouvernement.
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Mais qui profite du french-bashing ?

Le french-bashing n’a jamais été aussi violent que depuis le début de l’année. L’article de Newsweek, rédigé par une journaliste américaine vivant à Paris, a provoqué une vague énorme de protestations et de commentaires sur les réseaux sociaux.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Il faut dire que l’on a rarement attaqué et ridiculisé la France, et la politique française, à ce point. Cela dit, il n’y a pas que la presse américaine, britannique ou allemande qui s’acharne à dénoncer les erreurs de la gouvernance française. Les Français installés à l’étranger ne se privent pas de se lamenter sur l’incapacité du pays à prendre en compte les contraintes de la modernité, de les assumer et de s’y adapter. Les politiques de l’opposition sont des enfants de cœur comparés à ce qu'on entend à l’étranger. 

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D’une certaine façon, le french-bashing est animé par des pays qui ont intérêt à l’affaiblissement de la France et de l’Europe. Les États-Unis, les Chinois et même les Anglais n’ont pas besoin, à court terme, d’une Europe forte et encore moins d’une France musclée. L’Europe affaiblie, c’est un marché presque captif et un concurrent en moins. Nous sommes en guerre.

Quant aux Français de l’étranger, l’affaiblissement de leur pays justifie leurs décisions d’expatriation. On ne peut pas en vouloir aux riches de partir pour payer moins d’impôts, ni aux entrepreneurs de penser que la prise de risque doit être plus facile ailleurs, ni même aux étudiants d’aller hors des frontières accepter un travail que l'on n’est pas capable de leur offrir ici.

Que la géopolitique ne soit pas habitée par des Bisounours, ce n’est pas une surprise. Il ne faudrait toutefois pas exagérer. La critique du pays s’appuie objectivement sur une double réalité qui est apparue au grand jour depuis le 1er janvier.

Première réalité, les faits et les chiffres décrivent un avenir bouché dans les pays de l’Europe du Sud. La croissance s’est affaiblie alors qu’elle reste soutenue dans les pays de l’Europe du Nord. L’année 2014 pourrait être l’année d’une rupture entre l’Europe du Nord pilotée par l’Allemagne et une Europe du Sud dominée par la France. Au Nord, la croissance, le plein emploi, la compétitivité sur les marchés extérieurs. Au Sud, le déclin, le chômage et un modèle social financé à crédit mais pour combien de temps. Au Nord, entre 2 et 3% de croissance et au Sud, moins de 1%.

La deuxième réalité qui alimente la critique acerbe, c’est l’incapacité du gouvernement à prendre la mesure de cette réalité et surtout à considérer que le pays n’est pas ou peu responsable de sa situation. Depuis dix-huit mois, on a tout entendu.

Ce fut, d’abord, la faute à Sarko, puis à la crise étrangère, puis à l’Europe, puis la faute à la BCE, puis à l’euro fort. Bref, jamais on a pensé qu'en France nos difficultés pouvaient venir d’un déficit de productivité globale, des 35 heures ou d’un excès démesuré de dépenses publiques et par conséquent d’impôts et de charges, donc de dettes. Jamais on a dit, et expliqué, que l’on vivait à crédit grâce à des financements pas chers puisqu’ils sont garantis par les européens du Nord.

Cette double réalité a constitué un mélange détonnant qui a provoqué cette vague de french-bashing qui agace tant de monde, et qui a sans doute décidé le président de la République à changer sa partition. D’autant que les conseillers de l’Élysée et de Bercy craignent une nouvelle dégradation de la note au printemps et par conséquent des échéances financières qui seront difficiles à boucler.

Ce qui est étonnant, c’est qu'il suffirait que le Président fasse réellement ce qu'il a dit pour faire taire ces adeptes du french-bashing. A savoir, baisser les charges, baisser les dépenses publiques et respecter loyalement le règlement intérieur de la zone euro. Il suffirait qu’il est le courage d’ouvrir ces chantiers très vite, avant même les élections municipales et européennes pour éviter que la France tombe dans une situation calamiteuse, humiliante et irréversible.

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