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Mais pourquoi Anne Hidalgo a-t-elle mis autant de temps à évincer le directeur général de Paris-Habitat ?
©Reuters

Lente à la détente

Mais pourquoi Anne Hidalgo a-t-elle mis autant de temps à évincer le directeur général de Paris-Habitat ?

Mis en cause dans la presse pour sa gestion, le directeur général de Paris-Habitat a été éjecté avec l'aval d'Anne Hidalgo. La maire de Paris aurait appris "avec stupeur" ces informations. Peut-être. Mais elle ne pouvait tout ignorer. En effet un salarié avait alerté le Parquet de Paris dès février 2015 sur des soupçons d'irrégularités pesant sur un chantier de Paris-Habitat.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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  • Après quatre années de gestion, de 2012 à 2016, le directeur général de Paris-Habitat a été démis de ses fonctions par la maire de Paris, Anne Hidalgo

  • En cause : des surfacturations découvertes lors de la réfection d'appartements et révélées par l'hebdomadaire Marianne

  • Atlantico apporte de nouvelles révélations faisant état d'une plainte auprès du procureur de la République de Paris…. et révèle un rapport confidentiel d'avril 2015, sur l'atmosphère régnant à Paris-Habitat et les pressions exercées sur les salariés.

Ainsi donc, après des semaines de tergiversations, Stéphane Dambrine, le directeur général de Paris-Habitat a été éjecté de son poste ainsi que l'a indiqué le 3 juin un communiqué de la maire de Paris Anne Hidalgo. Laquelle dans le dit communiqué ne cite même pas le nom de Dambrine. Aujourd'hui, une page se tourne. Ce qui ne signifie nullement que la gestion du désormais ex-directeur général de Paris-Habitat, de 2012 à 2016, passe par pertes et profits. Loin de là. En effet, avec les révélations d'Atlantico ces dernières semaines et surtout, celles de Marianne le 3 juin qui fait état de surfacturations lors de la réfection d'appartements, propriété de l'Office HLM de la Ville, il n'est pas exclu que le Parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire dans les prochains jours.

A dire vrai, un salarié a déjà alerté le Parquet de Paris, dans une lettre en date du 2 février 2015, pour raconter, avec force détails, qu'il se passait des choses peu orthodoxes sur le chantier de la rue Rebière (146 logements en deux lots) dans le 17ème arrondissement de Paris. C'est ainsi que le dit-salarié, chef de projet, expliquait au procureur de Paris avoir "refusé d'endosser la responsabilité de la non-application des pénalités de retard –plusieurs centaines de milliers d'euros- et de minimiser les malfaçons et les non-conformités constatées par les architectes et le bureau de contrôle" Dans cette missive, toujours adressée au procureur de Paris, le chef de projet révèle que "le directeur général de Paris-Habitat est intervenue directement en 2013 pour favoriser l'octroi d'un marché de plusieurs millions d'euros à la même entreprise générale [Léon Grosse]" Et de préciser : "Cette dernière entreprise a obtenu la même année –en 2013- un autre marché non négligeable (plusieurs dizaines de millions d'euros) après un appel d'offres dont elle était la seule candidate" Le 12 novembre 2014, ce salarié avait déjà adressé une lettre à la maire de Paris, Anne Hidalgo, dans laquelle il faisait clairement allusion "à la gestion catastrophique du chantier Ribière (malfaçons et non-conformité à la pelle)" et où il dénonçait le harcèlement moral dont il faisait l'objet de la part de sa hiérarchie. Le 6 janvier 2015, il recevait une lettre de cinq lignes d'un membre du cabinet de la maire de Paris l'informant que son courrier avait été transmis au directeur général de Paris-Habitat !

Avoir joué les lanceurs d'alerte a coûté cher à ce chef de projet, puisqu'il a été mis sur la touche et a été victime d'un harcèlement moral qui l'a conduit à porter plainte. Auditionné le 2 avril 2015 par un policier du 5ème arrondissement de Paris, voici ce que ce salarié a déclaré : "Je précise que la majeure partie du harcèlement que j'ai subi vient de Mme Marie-Pascale Arnaudet [chef de service de la Construction Neuve], mais le reste de la direction l'a soutenue et protégée. Elle a commencé  en septembre 2013 toujours de me faire refaire mon travail, me surveiller, me faire des remarques devant des personnes internes ou externes à la société. [… ] Je pense que c'est lié à mon opposition à M. Dambrine par rapport aux chantiers concernant la société Léon Grosse et j'ai été muté dans le service de Mme Arnaudet qui est réputée pour être pointilleuse, afin que je sorte de mes gonds et que je sois renvoyé pour faute. Mais j'ai tenu et intériorisé au départ, ce qui a causé mes problèmes de santé." Ce salarié a aussi alerté l'inspection du travail qui dans une lettre adressée le 15 octobre 2014, le conforte en tous points, se montrant au passage très critique sur Mme Arnaudet. A son sujet, l'inspection du travail fait ce commentaire : "Le harcèlement de Mme Arnaudet consiste quotidiennement à lui parler mal [au chef de projet], devant témoins, en le mettant en cause à l'extérieur du service, et auprès de sa hiérarchie. D'un côté, elle pointe les erreurs ponctuelles au niveau de la méthode de travail pour faire entamer une procédure disciplinaire, et de l'autre, elle nous tient un discours sur une incompétence définitive." Et la lettre poursuit : "Les salariés témoignent des difficultés relationnelles de Mme Arnaudet, qui vient d'être promue, à leurs dires, sans avoir les qualités d'encadrement : le fait qu'elle a peur de la hiérarchie, a des répercussions sur son attitude vis-à-vis de vous-même." En clair, le chef de projet.

Jolie ambiance donc à Paris-Habitat. Ce n'est pas "Embrassons-nous Folleville." En réalité, vous l'avez compris, le climat y apparait détestable. Jugez plutôt : début avril 2016, une salariée de la Direction de la Logistique, très au fait des détournements de biens mobiliers, a demandé à être reçue par Stéphane Dambrine. Objectif ? Monnayer les documents qu'elle prétendait détenir. Résultat ? Fin de non-recevoir...

Pour avoir une autre idée de la mauvaise ambiance qui empoisonne l'atmosphère, il suffit de lire le procès-verbal de la réunion extraordinaire, en date du 2 avril 2015, du Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de Paris-Habitat. Rappel : cette instance a pour mission de contribuer à l'amélioration des conditions de travail des salariés et à contribuer à leur protection physique et mentale. Or, à la seule lecture des pages 6 et 7, on reste ébahi. On y apprend, par exemple, qu'à l'agence Bargue située dans le 15ème arrondissement et qui compte une cinquantaine de salariés, ces derniers "se plaignent de la surcharge de travail avec épuisement professionnel en raison du non-remplacement de salariés partis ou en arrêt de maladie." Réponse de la direction : "pas de modification réelle sur le terrain". On y apprend encore qu'il existe une vidéo surveillance qui filme en permanence les déplacements des salariés. Quoi d'autre encore ? Des salariés de Paris-Habitat seraient exposés à des poussières qui pourraient contenir des particules de fibre d'amiante. Dans son procès-verbal du 2 avril 2015, il est fait allusion au suicide d'un salarié hors de l'entreprise, mais pendant la pause-déjeuner. Le rapport du comité d'hygiène laisse entendre "que la charge de travail n'avait pas été anticipée" Tout récemment, une salariée, mise au placard, a également fait une tentative de suicide. Enfin, que penser du sort de cette employée, gérante de profession, qui adresse une lettre, en avril 2013, à la direction générale dans laquelle elle affirme subir stress et pression de sa hiérarchie ? Eh bien, elle sera exclue temporairement avant d'accepter une rupture conventionnelle de son contrat. C'est dire qu'il est temps pour Paris-Habitat de revoir sa stratégie en manière de management et de gestion du personnel. Qui sait si après l'article de Marianne et les plaintes de quelques salariés de Paris-Habitat qui ont découvert quelques dérives qui semblent avoir nom fausses factures, la justice ne va pas se mettre en branle, avec l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris. Dans cette hypothèse, la PJ pourrait ratisser large et s'intéresser à la direction de la logistique. C'est là qu'un vol de biens mobiliers a eu lieu – à hauteur de 130 000 euros en 2015-2016 sans que la direction générale de Paris-Habitat juge utile de porter plainte. Question intrigante encore : comment se fait-il que des dizaines de salariés ont été considérés comme insuffisant professionnellement alors que certains avaient plus de 10 ans d'ancienneté ? L'un avait même 23 ans de maison…

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