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L'origine de la polémique : Madonna qui se réfère au titre de The Economist pour critiquer Berlusconi.
L'origine de la polémique : Madonna qui se réfère au titre de The Economist pour critiquer Berlusconi.
©Reuters/The Economist

Peopolitique clash

Madonna est-elle communiste (et Berlusconi un obsédé du complot) ?

Madonna a émis publiquement, en début de semaine, des doutes sur la crédibilité de Silvio Berlusconi. L'entourage du "Cavaliere" a réagi en la traitant de "communiste". Moins anecdotique qu'il n'y paraît, cette polémique révèle finalement les principaux traits du berlusconisme.

Marc Lazar

Marc Lazar

Marc Lazar est professeur d’histoire et de sociologie politique à Sciences Po où il dirige le Centre d’Histoire. Il est aussi Président de la School of government de la Luiss (Rome). Avec IlvoDiamanti, il a publié récemment, Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties chez Gallimard. 

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Atlantico : La chanteuse Madonna a émis publiquement,  en début de semaine, des doutes sur la crédibilité de Silvio Berlusconi. L'entourage du "Cavaliere" a réagi en la traitant de "communiste".  Cet épisode est-il anodin ou révèle-t-il quelque chose du "berlusconisme" ?

Marc Lazar : Silvio Berlusconi laisse passer peu de choses. Dès qu'il y a une critique portée contre lui - et il y en a beaucoup ! - lui et son clan réagissent durement. Pour deux raisons :

  • Une raison structurelle : selon son entourage, plus on parle de Silvio Berlusconi mieux c'est. Par conséquent, lorsque les stars s'en mêlent, on ne peut pas laisser passer ca. Cette polarisation permet à Berlusconi d'exister. C'est aussi pour cela qu'il intervient dans des émissions qu'ils ne lui plaisent pas... Cela pose un problème d'ordre journalistique : jusqu'où faut-il aller dans la couverture médiaitique de Berlusconi, sachant qu'il se nourrit de cette dernière ? Il raisonne structurellement : plus on parle de lui, moins on parle des autres. Il est toujours au coeur du débat pour défendre en première ligne ces arguments.
  • Une raison conjoncturelle : le clan Berlusconi est une forteresse assiégée. Ils sont convaincus en ce moment que tout le monde veut le faire tomber. Tout le monde est suspecté, que ce soit la classe politique, le patronat italien, la BCE, le Vatican... Il y aurait un complot, et il faut sauver Berlusconi, quitte à mourir debout avec lui... De là à dire que Madonna fait partie du complot, il n'y a qu'un pas à franchir ! En tout cas, toute attaque doit déclencher une riposte.

 

La référence au communisme n'est pas anodine en Italie. Comment l'interprétez-vous ?

Le berlusconisme a réactivé l'anti-communisme, disparu depuis les années 1990, avec la chute du mur, l'effondrement soviétique et la fin du communisme italien. Cela fonctionne plutôt bien.

A l'étranger image angélique et merveilleuse du Parti communisme, présenté comme un parti autonome de Moscou, n'est pas perçue comme cela par une partie de l'opinion publique italienne. Cette légende dorée est d'ailleurs anéantie par l'étude des documents d'archives. Vous n'avez pas idée de la vigueur et de l'anti-communisme dans ce pays, à cause de la présence du Parti communisme italien, le plus important PC occidental, qui rassemblait un électeur sur trois, parce qu'il y avait notamment à la frontière du pays l'ex-Yougoslavie communiste, et parce qu'une partie de la population catholique, conservatrice et libérale avait une peur terrible du communisme. Donc, même si ce parti a disparu, cette peur a marqué les esprits, et Berlusconi l'a réactivée de 1994 à 2008, année de sa dernière victoire.

Lui-même est marqué par les horreurs du communisme : sa maison édition qui a édité le Livre noir du communisme a orchestré et instrumentalisé cette peur du communisme. A cela s'ajoute le fait que la bureaucratie italienne ne fonctionne guère et empêche une partie de sa population électorale de prospérer. Je pense notamment aux petits chefs d'entreprise, commerçants, artisans, professions liberales qui se plaignent de la lourdeur de l'appareil étatique italien.

 

Le Secrétaire d'État italien à la famille a réagi aux propos de la star en indiquant que Madonna était "favorable aux familles homosexuelles. En conséquence, elle se positionne contre notre culture et notre Constitution qui ne prévoient pas les familles gays"...

Le clan de Silvio Berlusconi espère ainsi renouer avec l'électorat de la droite catholique chrétienne. Depuis les révélations sur sa vie privée un brin dissolue, cet électorat se pose des questions à son sujet, considérant les dissonances entre sa vie privée et sa vie publique dévoyée à la religion.

L'église, en tant qu'institution, ne s'est pas spécialement élevée contre Berlusconi. Le Vatican et l'Église ont peut être développé une forme de convergence institutionnelle pour Berlusconi.

En s'en prenant à Madonna, le Cavaliere cherche donc à apparaître comme le dernier rempart contre la dissolution des mœurs, au moment où l'Italie fête son 150ème anniversaire avec une question au cœur des débats que connait le pays : qu'est-ce qui fait qu'on est Italien ?

L'une des réponses tient dans l'Église et le catholicisme. Une autre voudrait qu'il n'y ait pas une Italie mais des Italie. Une dernière, enfin, est celle incarnée par le Président de la République, un patriotisme qui se réfère à sa Constitution, qui est fier d'être Italien pour des raisons politiques liées à la constitution démocratique et ouvert à l'Europe.

 

Finalement, cette polémique entre Madonna et Berlusconi n'est-elle pas surprenante si l'on considère que la Ciccone est un pur produit de l'imagerie véhiculée par les médias détenus par Silvio Berlusconi ?

Il est certain qu'il y a un jeu de miroir dans le sens où Silvio Berlusconi a réalisé une révolution dans la classe politique italienne, en introduisant une communication politique personnalisée, ou le politique devient une star et où les stars deviennent des politiques. D'où ce jeu de miroir déformant et renversé entre Madonna et Berlusconi, l'homme des implants capillaires, qui apparaît maquillé en toute occasion, prête une attention extrême à son apparence, même en petit comité, au cas où une caméra trainerait dans le coin. Niveau maquillage, il est orange dès 8h du matin !

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