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Macron et les chefs d’entreprise : avec le « name and shame » pour traquer les comportements déviants, le Président enlève les carottes. Restent les bâtons
©IAN LANGSDON / POOL / AFP

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Macron et les chefs d’entreprise : avec le « name and shame » pour traquer les comportements déviants, le Président enlève les carottes. Restent les bâtons

Plus de 100 chefs d’entreprise ont écouté le chef de l’Etat et les plus malins ont compris que le temps des carottes était révolu. Reste le bâton. En vocabulaire moderne, ça s’appelle le Name and shame.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Emmanuel Macron a donc invité plus de 100 chefs d’entreprise hier soir à l’Elysée et leur a donné quelques points forts à méditer pendant leurs vacances pour qu’ils comprennent bien que les temps ont changé, du moins du coté du pouvoir politique.

Il y avait là les patrons des très grandes entreprises comme Accor Hôtel, Sodexo, Danone, Renault, mais il y avait surtout des représentants des entreprises moyennes régionales, parce que ce sont ces entreprises régionales dont la France a besoin pour revitaliser ses territoires sinistrés par les délocalisations industrielles.

Les entreprises du CAC 40 sont intéressantes, mais l’essentiel de leurs salariés sont à l’étranger, leur capital est détenu à 80% par des fonds d’épargne gérés par des anglo-saxons, et leur avenir dépend de leur détermination à s’internationaliser. Leur avenir est indexé sur leur capacité à prendre des parts de marché dans les pays émergents. Elles sont françaises, oui, leur service de recherche est en France (merci le crédit impôt- recherche), leur direction générale habite officiellement la France, leur conseil d’administration se réunit dans des salons parisiens, mais leur Comex, lui, travaille le plus souvent par téléconférence entre New-York, Singapour et Shanghai. Résultat, les emplois qu‘ils créent ne sont pas le plus souvent dans l’hexagone. Plus grave, ils ont besoin de sous traitants et beaucoup les emmènent avec eux dans leurs bagages, c’est ce qui s’est passé avec l’industrie automobile qui a rapproché de ses marchés une grande partie de son potentiel de production.

En clair, ce qui intéresse le pouvoir politique, c’est de renforcer les moyennes entreprises sur leur territoire de façon à ce qu‘elles revitalisent les régions très abimées. Les grandes métropoles (Paris, Lille, Rennes, Toulouse, Lyon, Marseille) doivent gérer leur croissance, les territoires, eux, doivent gérer la pénurie d‘activités.

Les chefs d’entreprises présents à l’Elysée n’attendaient pas de recettes miracles. Pour une raison simple, l‘Etat n‘a pas d’argent. Mais ils ne s’attendaient sans doute pas à un discours aussi nouveau dans la bouche d’un responsable politique.

La stratégie que leur propose le président est très simple mais va les obliger à changer quelques-unes de leurs habitudes.

1er point, le pouvoir politique a besoin des entreprises pour créer de la richesse régionale.

2e point, n’ayant pas d’argent public à distribuer, le pouvoir politique peut intervenir sur l’environnement des entreprises. Ce qu’il a commencé à faire : moins de règlementations, plus de flexibilité sur l‘emploi, moins de fiscalité sur l’investissement et le capital.  

Mais s’il y a moins de pression fiscale, les chefs d’entreprise ont très bien compris qu’il y aura moins d’aides et subventions. On va donc débrancher. Donc ça va grogner. Si Bercy ferme des niches fiscales, l’Elysée leur demande en revanche de faire taire les chiens de garde. Ca va être complique quand on en arrivera à supprimer des taux de TVA très bas dans certains secteurs (bâtiment ou restauration hôtellerie par exemple )

3e point, le fait très nouveau, c’est qu’Emmanuel Macron leur a fait comprendre que l’outil le plus efficace pour inciter des entreprises à jouer collectif, c’était de toucher à leur image, et le gouvernement est prêt à pratiquer le name and shame beaucoup plus qu’il ne l’a fait jusqu'à présent. Nommer et dénoncer les entreprises qui ne respectent pas les règles, les codes et les bons usages.

Dans le domaine de respect des délais de paiements, ça a commencé à marcher. Mais ça peut marcher aussi dans le domaine social, environnemental, respect du consommateur.

Ce qui est très intéressant, c’est que le président de la République reprend à son compte la démarche et les ambitions de Nicole Notat et Jean-Dominique Senard quand ils ont préparé leur rapport sur la raison d’être.

Une entreprise doit pouvoir introduire dans ses statuts, des objectifs sociaux, et environnementaux, des objectifs d’emplois, d’égalité, de propreté dans ses process de fabrication, bref des objectifs qui n’ont pas un impact direct et immédiat sur ses résultats à court terme, mais qui participe à l’amélioration de son écosystème.

A priori, pas besoin de règles ou d’obligations légales. L’incitation ou le risque client doit suffire à changer le comportement de l’entreprise.

Pas de carotte, pas d’argent public, mais des bâtons au niveau du marketing et de l’image.

La meilleure preuve est que pour beaucoup de chefs d’entreprise, et le nouveau président du Medef est de ceux-là, une entreprise qui marche bien est une entreprise qui n’optimise pas seulement le résultat pour ses actionnaires, l’entreprise qui marche bien est celle où toutes les parties prenantes sont satisfaites.

D’abord, les actionnaires. Que leur actif soit bien ou mal coté par le marché à un moment ou à un autre, ce qui compte c’est l’évolution à long terme. L’entreprise ne peut pas être un outil de spéculation à la merci de quelques traders de Londres.

Ensuite, leurs salariés qui doivent se sentir heureux de travailler. L’intérêt de l’entreprise est de fidéliser ses salariés. C’est évidemment compliqué, ça passe par l’organisation du travail et le salaire certes, mais aussi par le climat, la considération, le sens, la formation, le potentiel, la visibilité, la force de la marque employeurs (presque aussi importante que la force de la marque commerciale).

Par ailleurs, le client est celui sans lequel rien n’est possible. C’est le cœur du réacteur. C’est lui qui commande les grandes évolutions, qui a le droit de vie ou de mort sur l’offre de produit et de service.

Enfin, l’environnement où l’entreprise travaille, sa région, son lieu, ses racines.

L’entreprise peut prospecter tous les marchés de la planète, à une condition, qu‘elle souvienne d’où elle vient. Son ADN supporte son avenir.

Pour remplir un tel cahier des charges, on pourra toujours publier des règles administratives plus ou moins contraignantes. On peut aussi faire confiance au fonctionnement du marché. Faire savoir et faire connaître la performance de l’entreprise. Mais aussi pourquoi pas, faire savoir et faire connaître les contre performance de l’entreprise. Ça s’appelle le Name and Shame.

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