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Lunettes à réalité augmentée : comment Google prépare l'avènement de la notion
de cerveau collectif
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Bienvenue dans la matrice

Lunettes à réalité augmentée : comment Google prépare l'avènement de la notion de cerveau collectif

Google a présenté ce jeudi "Project Glass", son prototype de lunettes à réalité augmentée. Cette nouvelle technologie permettrait aux Hommes d'avoir, sur ce qu'ils regardent ou entendent, des informations instantanées issues du réseau.

Philippe Ulrich

Philippe Ulrich

Philippe Ulrich est l'un des personnages historiques du jeu vidéo en France.

Il a participé notamment à la création des sociétés de développement de jeux vidéo Ere Informatique et Cryo Interactive. On lui doit ainsi des jeux tels que Crafton & Xunk, L'Arche du Capitain Blood ou Dune.

Désormais reconverti dans la musique, il fut notamment le producteur du disque Chambre avec vue d'Henri Salvador.

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Atlantico : Google a présenté jeudi son prototype de lunettes à réalité augmentée. En rien comparable à un ordinateur ou un smartphone, ce projet représente une réelle innovation technologique. Mais depuis quand cette idée trotte-t-elle dans l'esprit des informaticiens ?

Philippe Ulrich : C’est un vieux rêve qui se réalise enfin, c’est quelque chose que l’on avait envisagé dans les jeux vidéo et notamment pour Lara Croft. En effet, le joueur aurait eu la possibilité de mettre une paire de lunettes capable de traduire des inscriptions ou de déchiffrer ce qui se trouvait sur les murs. Mais aujourd’hui, technologiquement on la capacité de réaliser ce genre de projets. Déjà, à la fin des années 1990 on avait imaginé un prototype de lunettes avec un écran dans le coin du verre et inscrit avec un miroir qui permettait de voir en même temps que l’image réelle extérieure des informations qui défilaient.

Comment l'utilisation de ces lunettes se traduit-elle dans la vie quotidienne ?

Ces lunettes reprennent les mêmes fonctions qu’un téléphone mobile, elles renseignent sur des positions géo-localisées : le système sait où vous trouvez et ce que vous regardez. Par exemple si vous regardez le ciel et les étoiles par-dessus votre vision vous pourrez avoir le nom des astres et des constellations que vous fixez. Si vous regardez un artiste, vous pourrez avec des images de ses clips ou quelques extraits de ses chansons. Evidemment on peut aussi imaginer des systèmes de traductions, par exemple dans un pays étranger le système traduit tous les mots que vous voyez dans la langue du pays.

Car au final, une paire de lunettes, c’est un écran qui remplace parfaitement celui du téléphone ou de l'ordinateur. Par ce biais - et c'est bien le plus passionnant  - l’image inscrite dans la vision. Plus que la réalité augmentée c'est l'avènement de la notion de cerveau collectif. Dans ce cadre on peut imaginer croiser une personne et voir s’inscrire son nom et des informations la concernant, en définitive c'est comme si chacun s'emparait du pouvoir que n’ont pour l’instant que les douanes pour lutter contre le terrorisme.  On entre vraiment dans une autre dimension.

Telle que vous la décrivez cette avancée pourrait être inquiétante. N'est-ce-pas là un danger qui pèse sur le domaine privé ?

Le danger n’existe plus car, si je puis dire, la bombe à déjà explosé : en termes de vie privée on est déjà tous morts, la catastrophe est déjà arrivée. Avec l’évolution des technologies, des fichiers s’entremêlent et aucun homme ne peut vraiment déchiffrer ce qui se passe sur le réseau aujourd’hui en raison de la superposition des informations. Depuis le début de notre entretien, des informations nous concernant ont déjà fait plusieurs fois le tour de la planète.

Le danger se trouve ailleurs en réalité. Imaginez que demain, nous nous retrouvons dans la même configuration que lors de la Seconde Guerre mondiale, que des gens comparables aux nazis mettent la main sur toutes ces informations, et peuvent tout savoir des gens, alors oui ce système devient clairement effrayant. Mais d’un autre côté, on ne peut pas ignorer la possibilité qui nous est donnée d’échanger, de communiquer instantanément toutes ses informations. Cela pourrait aussi permettre par exemple à des peuples de se révolter plus rapidement. C’est la confrontation du côté Wikileaks au côté carcéral et espionnage.

Est-ce l'acquisition d'une nouvelle transparence ?

C’est une nouvelle ère, celle du cerveau collectif. L’humanité est en train devenir réellement l’humanité, comme un seul être. Toutes ces informations nous mélangent et nous mettent dans la même bulle intellectuelle. Bien entendu, il y a le meilleur et le pire. D’un côté le savoir et la connaissance mais de l’autre, il est vrai une forme de folie. De toute façon ce nouveau monde me passionne car on commence à peine à entrevoir ce qu’il va se passer. Et cet apport de google est un premier pas vers un monde étonnant !

N'est-ce pas là une étape vers l’homme robot, ou l’homme presque tout puissant ?

Toutes les caméras qui nous observent sont des robots, ce sont des entités extérieures à l’humain. Le robot est une fenêtre artificielle, telle qu’une caméra avec une adresse IP, complètement autonome, qui espionne tout et détourne toutes les images. Là on est dans l’humain, c’est vraiment la matrice.

Il existe forcément des limites à cette nouvelle technologie, quelles seraient-elles ?

Il y aura forcément des leurres, au bout d'un moment, des hackers sauront entrer dans le réseau et trouver le moyen de vous faire imaginer des choses qui n’existent pas. D'ailleurs, le leurre informatique existe déjà : sur Internet on trouve de faux sites : vous arrivez sur un site qui en fait n’en est pas un et qui vous pique toutes les informations de votre mémoire. Ce ne sera pas un monde parfait.

Ce qui est formidable, c’est que les sociétés les plus puissantes ont essayé de contrôler, de mettre la main sur Internet, mais n’y sont pas arrivés. Donc sur ce média il reste toujours une zone de liberté. Aujourd’hui, se mène un combat qui fait qu'à chaque fois qu’on essaye de contrôler le réseau, des informaticiens, des hackers, ou des quidams feront évoluer la technologie pour la libérer. C’est une course poursuite sans fin.

Peut-on prévoir une période de commercialisation ?

Tout dépend de la quantité d’investissements qui y est consacrée. C’est un peu comparable à la commercialisation de l’iPhone chez Apple, car personne ne s’attendait à une telle qualité de mobile. Dans le cadre de ces lunettes, l’un des principaux problèmes est l’autonomie car un tel gadget perd de son intérêt s’il faut se promener avec une batterie dans la poche. D’autre part, il y a aussi la question de la légèreté : des lunettes ne peuvent pas peser 500 grammes sur le nez. Donc il faut encore travailler l’ergonomie. Je ne sais pas comment Google compte s’y prendre, pour l'instant on peut imaginer une sorte d’interface avec le téléphone mobile. De toute manière on arrivera tôt ou tard à ce qu’il n’y ai plus besoin d’écran pour s’immerger dans le monde virtuel. L’évolution des technologies fera que l’on confondra la réalité et le virtuel et on admettra que même que la réalité n’existe pas.

Comment imaginer une telle perspective ?

Il faut bien comprendre que cela fait plusieurs années que les scientifiques essayent de couper tous les intermédiaires entre le cerveau et ses espaces. Pour l'instant, les yeux observent encore un écran, des oreilles écoutent un haut parleur, Ils veulent abolir ces moyens pour aller directement au cerveau. Et ce n’est pas fou de le penser. Déjà on imagine comment un réalisateur pourrait filmer avec ses propres yeux et enregistrer le son de ses propres oreilles, en devenant l’outil direct de sa technique. Il suffit de récupérer les signaux qui traversent tout le cortex et les transférer vers le public. Cela aurait l'avantage de donner les sensations exactes de la personne qui filme avec la restitution des sensations tactiles, olfactives et visuelles bien évidemment. Ce sont ces projets qui existent dans l’imaginaire de ceux qui écrivent la science-fiction aujourd’hui et ce sera une réalité demain.

Propos recueillis par Priscilla Romain

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