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Comment Londres est devenue "the place to be" quand Paris sombrait dans la léthargie

J-56 avant les Jeux olympiques de Londres. La capitale britannique, 6ème ville française en nombre d'habitants, semble s'être bien plus adaptée à la modernité que Paris.

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig a fondé en 2013 le think-tank libéral GenerationLibre. Il enseigne la philosophie à Sciences Po Paris. Il a travaillé précédemment au cabinet de Christine Lagarde à Bercy, et à la BERD à Londres. Il est l’auteur de romans et d’essais, et apparaît régulièrement dans les médias, notamment à travers ses chroniques dans Les Echos et l’Opinion. 

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Atlantico : Londres est la 6ème ville française en nombre d’habitants, avec près de 400.000 expatriés. Comment expliquer cette tendance ?

Gaspard Koenig : Cela s’explique par la facilité de circulation des personnes entre la France et l’Angleterre. C’est motivant. Le nombre d’inscrits au Consulat a doublé depuis 2007. Et puis, ce qui attire à Londres, c’est la flexibilité du marché du travail. Qu’on ne se méprenne pas : le taux de chômage est aussi élevé qu’à Paris. Sauf qu’ici il y a énormément des Français qui viennent et trouvent facilement un petit boulot, puis un autre puis encore un autre.

Ensuite, il y a deux autres phénomènes bien plus récents : l’élection de François Hollande. On sait que cela va jouer entre autres sur l’immobilier en France (ndlr : réforme sur la défiscalisation) et pousser les gens à acheter ailleurs. Et puis, il y a la chute de l’euro qui joue énormément. Les Français considèrent que Londres est une monarchie stable hors de l’euro et elle confère une stabilité monétaire plus ouverte à l’internationale.  Du coup, à Londres, on remarque une réelle hausse des achats immobiliers venant des Français. Cela favorise grandement leur arrivée massive de ces dernières années.

Comment réagit Londres et les anglais en général face à cette invasion de froggies ?

Il y a une véritable francophilie. Les Londoniens sont ravis de l'arrivée des Français et ne veulent pas qu'ils repartent à Paris. Cela a commencé avec la nourriture. Il y a quelques années à Londres, il n’y avait que des fishs and chips. Avec l’arrivée des Français, on a pu enfin avoir une rigueur dans l’approvisionnement, avec de bons produits.  Dans des dizaines de quartiers (luxueux ou pas), on entend parler français dans la rue. Il y a une vraie communauté parallèle, un réseau d’entraide pour les jeunes qui débarquent ici.

Peu de temps après la loi de Nicolas Sarkozy sur les transactions financières,  le maire de Londres s’est même adressé aux Français en leur disant « Welcome to London ».  Ils sont des milliers dans la City.  Et encore une fois, l’attitude est différente sur l’immigration. A Paris, en France généralement, on se dit que plus d’immigrés, c’est moins de boulot pour les Français.  Ici, on fait tout pour que les gens viennent. Les jeunes arabes se sentant discriminés en France adorent vivre ici.  La société britannique n’est pas exclusive.

 

Londres est donc le symbole de la mondialisation ?

Oui et c’est surtout le symbole de la mondialisation réussie. Les communautés vivent de façon pacifique entre elles. Il peut y avoir des conflits voire des émeutes mais elles se créent sur fond de pauvreté et pas pour des problèmes raciaux comme c’est le cas en France. A Paris, il y a une forme de rigidité. L’approche jacobine de l’intégration est beaucoup plus nuancée à Londres. On souhaite tirer l’Angleterre vers le haut et donc « attirer l’intelligence » sur le territoire anglais.  Londres est basée sur l’économie de la connaissance, sur la jeunesse et la modernité.

Paris serait moins moderne que Londres ?

Oui ! Paris n’est  pas « the place to be ». Déjà en termes d’architecture.  A Londres, on se fiche  de changer la skyline (horizon). On créé de nouveaux buildings, on rase un pâté de maison pour construire autre chose. A Paris, si on veut construire un immeuble de 15 mètres, c’est la levée de boucliers. C’est ce qu’il se passe avec le projet Jean Nouvel dans le 13ème ! Ici, il n’y aura jamais ça. Il existe une forme de drôlerie architecturale. Dans la City, une église du 14ème siècle peut sans problème côtoyer une maison hyper futuriste.  Et puis à Paris, notre rigidité nous empêche vraiment d’avancer. La bureaucratie est  trop importante, il y a trop souvent des cases avec un parcours obligé. Forcément, il y a moins de liberté personnelle. C’est elle que l’on vient chercher ici à Londres. Et c’est vraiment un esprit à importer à Paris.

On sent également une effervescence qu’il n’y a plus à Paris…

Clairement, Londres est une ville qui bouge. C’est un centre cosmopolite où l’étranger est choyé, où la jeunesse est mise en avant. Et si les gens viennent, ce n’est pas par souci d’économie comme dans certains pays. De toute façon, il y a plus d’impôts en Angleterre ! Non…c’est un choix de mentalité ! C’est pour cela qu’on a que des gens actifs et motivés.  Dans une promotion d’étudiants en commerce, la moitié part à Londres.  Et il faut sortir du cliché sur les traders…L’attrait pour Londres ne concerne pas en majorité le haut du panier. On va retrouver beaucoup de serveurs, de designers, de modélistes ou des entrepreneurs.  Ils sont bien plus motivés pour travailler ici : le code du travail est plus léger, il y a plus de motivations que l’on soit jeune, vieux, diplômés ou moins diplômés.  Londres c’est en fait le « rêve américain » mais en Europe.

Propos recueillis par Valérie Meret

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