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Loi Pacte : le gouvernement peut-il parvenir à changer les comportements des Français en matière d’épargne retraite ?
©STR / AFP

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Loi Pacte : le gouvernement peut-il parvenir à changer les comportements des Français en matière d’épargne retraite ?

Dans le cadre de la loi pacte portée par Bruno Le Maire, le gouvernement souhaite flexibiliser l'épargne retraite, tout en la rendant plus attractive sur le plan fiscal.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Dans le cadre de la loi pacte portée par Bruno Le Maire, le gouvernement souhaite flexibiliser l'épargne retraite, tout en la rendant plus attractive sur le plan fiscal. Au regard des propositions faites dans le cadre de cette loi, quels sont les éléments susceptibles de modifier le comportement des français dans leurs choix d'épargne ? 

Philippe Crevel : Les suppléments de retraite par capitalisation ne représentent, actuellement en France, qu’à peine 3 % du total des pensions versées aux retraités contre de 10 à 15 % chez nos voisins. L’encours des produits d’épargne retraite s’élève à environ 200 milliards d’euros, contre 1700 milliards d’euros pour la seule assurance vie. Or, d’ici le milieu du siècle, la population retraitée passera de 15 à 20 millions. Selon le Conseil d’Orientation des Retraites, le taux de remplacement sera amené à baisser dans les prochaines années tout comme le niveau de vie des futurs retraités.

Les entreprises françaises, faute de pouvoir s’appuyer sur des fonds de pension, doivent faire appel à des investisseurs étrangers ce qui est plus coûteux. Par ailleurs, la logique de ces investisseurs ne les portera à privilégier obligatoirement les intérêts nationaux.

Dans le cadre du projet de loi PACTE, le gouvernement entend rationaliser l’épargne retraite qui ressemble à un beau maquis corse avec son grand nombre de produits obéissant à des règles diverses et variées. Dans le cadre de cette rationalisation, il a prévu d’améliorer la portabilité des 4 produits d’épargne retraite, PERCO, article 83, PERP et Madelin. Cette portabilité permettra les transferts de l’épargne d’un produit vers un autre. Elle répond à la mobilité croissante des actifs. Il veut également inciter les Français à réaliser des versements volontaires des ménages donneront droit à une déduction fiscale dans la limite de l’enveloppe fiscale de l’épargne retraite individuelle (environ 30 000 euros par an).  Les différents produits comporteront enfin, au nom de leur harmonisation, des sorties en rente et capital.

Avec cette réforme, le gouvernement a pour objectif d’accroître l’encours de l’épargne retraite de 100 milliards d’euros d’ici 2022 (contre 200 actuellement) mais en la matière les prévisions sont rarement atteintes.

Aujourd’hui, l’épargne retraite est un mille-feuille de produits, demain, chaque produit sera un mille-feuille.

Sur la réorientation de l’épargne, il y a un risque de télescopage avec la mesure permettant des sorties en capital pour acheter sa résidence qui serait possible avant même la cessation d’activité. Pour placer sur le long terme en actions, les assureurs doivent avoir une certaine visibilité en ce qui concerne la sortie. Or, avec les sorties en capital, ils auront une épée de Damoclès au-dessus de leur tête et seront tentés de réduire leurs risques en optant pour des placements obligataires.

Quelles sont les mesures les plus intéressantes dans ce cadre ? Quelles sont celles qui pourraient avoir un effet ? 

Le fait que le gouvernement considère que l’épargne retraite constitue un volet important de financement des entreprises est une bonne nouvelle. La volonté d’inciter les entreprises à proposer des suppléments en est une également. Proposer une gestion pilotée plus axée « actions » censée proposer de meilleurs rendements est sans nul doute un progrès.

A l'inverse, quel est le plafond de verre d'efficacité de telles réformes ? Quels sont ces comportements d'épargne qui ne pourront pas être influencés par la loi ? ​

Le gouvernement a renoncé à fusionner les produits et à créer deux grands produits, l’un de nature collective au niveau des entreprises et l’autre de nature individuelle. Le travail réel de simplification restera donc à réaliser. Sur les modes de sortie, le gouvernement joue la facilité en augmentant les sorties en capital censées plaire aux Français. C’est néanmoins oublié qu’un produit retraite à vocation à fournir un revenu régulier à leurs souscripteurs au moment de la cessation d’activité. Nul ne s’étonne que la pension de la CNAV ou de l’AGIRC soit une rente. Avec l’augmentation de l’espérance de vie et les problèmes de financement de la dépendance, la rente n’offre pas que des inconvénients.

Le gouvernement a décidé de réformer l’épargne retraite avant la retraite. Il y a inversion du calendrier. Il eut été préférable d’avoir une vision claire en matière de retraite par répartition avant de s’attaquer aux suppléments de retraite. De même, le texte du gouvernement vient avant celui de l’Union européenne qui devrait instituer un Plan Européen d’Epargne Retraite.

En matière de comportement, les Français aiment la sécurité et la liquidité. Ce comportement est légitime. Il n’est pas si éloigné de celui des épargnants allemands ou italiens. Pour réorienter l’épargne vers des placements longs, il faudra que les Français y trouvent leur compte. Cela de toute façon suppose au préalable du temps et de la stabilité en matière fiscale. Aujourd’hui, les Français privilégient les fonds euros car ils offrent une garantie en capital, qu’ils sont assez liquides et que le rendement reste correct même s’il est en baisse. Le Livret A est toujours apprécié, plus de 10 milliards d’euros de collecte en 2017 car il offre lui aussi liquidité et sécurité. En outre, il est défiscalisé, cela n’a pas de prix, si celui du rendement. Ces deux produits ont l’avantage d’être bien compris par les Français car ils sont inscrits de longue date dans le paysage de l’épargne. Ils fêtent tous les deux leur bicentenaire. Pour modifier les comportements, il faudra donc que les professionnels, les pouvoirs publics proposent des produits simples et pérennes.

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