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LIBOR, le scandale financier du siècle : Pourquoi les marchés continuent de financer les banques à des taux si bas
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Eaux troubles

LIBOR, le scandale financier du siècle : Pourquoi les marchés continuent de financer les banques à des taux si bas

Deux crises successives ont agité la planète finance et la planète tout court. Alors que la majorité des Etats européens peinent à se financer, l'horizon de refinancement des banques, lui, semble étrangement clair. Peut-être parce que des ententes pour maintenir les taux d'intérêts à des niveaux bas allègent bien des préoccupations...

Isabelle  Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux est directrice de publications chez Publications Agora.

Elle a notamment co-écrit Le déclin du Dollar : une aubaine pour vos investissements ? (Valor, 2008).

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Trois étalons dictent leur loi sur les marchés : le roi dollar, étalon de la planète devises, le S&P500, étalon des marchés actions et un troisième étalon au cœur de la planète finance, tout aussi puissant : le taux LIBOR. 350 000 milliards de dollars de produits financiers sont indexés sur le LIBOR.

Cartes bancaires, prêts hypothécaires à taux variable, contrats de couverture, produits structurés… le taux LIBOR sert de référence pour fixer le taux d’intérêt de milliers de produits financiers. Il est le « taux mère » dont découle un ensemble de taux applicables à une multitude de produits.

Imaginez une pyramide inversée : il en constitue la base et il « donne le La » à toute la pyramide. C’est le cœur du système. Pour faire simple, le taux LIBOR est le coût de l’argent. C’est le taux auquel les banques se prêtent de l’argent entre elles, le taux de référence du marché interbancaire.

Ce « taux mère » a fait l’objet de manipulations. Un cartel de quelques grandes banques est suspecté. Un scandale de plus… et un nombre infini de victimes qui s’ignorent.

La jauge de la santé des banques vous mentirait-elle ?

Le Taux Libor est donc le taux moyen auquel les banques se prêtent de l’argent entre elles.

Évidemment, ce taux intègre le risque. On ne prête pas au même taux à une banque solide qu’à une banque qui présente un risque de solvabilité. Plus le risque de contrepartie est grand, plus le taux monte. Quand les banques se font confiance, le taux est bas. Logique. Voilà pourquoi ce taux LIBOR est aussi pour nous autres investisseurs, LA jauge de la santé financière des banques.

Pourtant, dès la fin 2007, certaines banques commencent à être étranglées par les subprimes toxiques qui pèsent lourdement sur leurs comptes… Le risque de contrepartie commence à émerger. Mais le taux LIBOR ne monte pas, les banques continuent à emprunter de l’argent à taux bas et semblent se faire confiance. Etrange…

Début 2008, les CDS (assurances qui vous couvrent contre le défaut les banques) voient leur coût grimper fortement face au risque bancaire latent. Le LIBOR ne suit pas. Etrange…

Ainsi naissent les premiers soupçons de manipulation, les premières interrogations…

Les taux seraient-ils délibérément maintenus artificiellement bas par les banques ?

Le LIBOR est calculé tous les jours à 11H sur la base d’un sondage réalisé par la BBA (Associations Britannique des Banques), qui demande aux 15 plus grandes banques à quel taux elles estiment pouvoir se financer sur les marchés monétaires ; elle en tire une moyenne : le Libor.

« La main sur le cœur, je pense pouvoir aujourd’hui me refinancer à … » : voilà comment est calculé le taux qui sert de référence à 350 000 milliards de dollars de produits financiers. Voilà comment est calculée la jauge qui nous permet de juger de la santé des banques.

Le taux le plus important du monde est le fruit d’un sondage et de supputations, suppositions.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, aucune transaction réelle ne justifie ce taux qui repose uniquement sur la bonne foi que l’on met dans la parole de quelques banquiers. Banquiers qui sont à la fois partie et contrepartie !

On se retrouve donc avec des banques qui créent et vendent des produits à leurs clients, et qui fixent elles-mêmes le taux de référence qui déterminera l’intérêt applicable à ces mêmes produits.

Trouvez l’erreur…

Quel intérêt pour les banques de maintenir le taux bas ?

  • Pour ne pas inquiéter les marchés quant à leur santé réelle, vous dira-t-on… Disons plutôt pour cacher leur fragilité financière aux investisseurs dans ce cas. Tout va bien Mme la marquise… un simple mensonge de plus au cœur de la tempête des marchés.
  • Mais il y a une autre raison : l’argent. Vu les milliards d’actifs financiers que ces banques ont dans leur bilan, modifier le taux de référence de façon infime peut être très rémunérateur du fait de l’effet multiplicateur.


« En 2009, Citibank a indiqué qu’elle empocherait 936 millions de dollars si les taux d’intérêt baissaient d’1/4 de point par trimestre durant une année. Le gain s’élevant à 1,9 milliard s’ils chutaient de 1% », lit-on dans le quotidien suisse Le Temps. Les banques en profitent pour se refinancer à taux bas et maximiser ainsi leur marge en prêtant à taux élevé.

Qui est le dindon de la farce dans cette histoire ?

Les clients de la banque, particuliers & entreprises…

Pas étonnant dans ces circonstances de voir se multiplier les plaintes civiles. A commencer par celle de Charles Schwab qui estime le préjudice à « plusieurs centaines de millions de dollars, voire milliards de dollars ».

Les autorités de marchés US et nippones se lancent dans la bataille

Opacité, manipulation des taux, entente… les autorités de marchés veulent en avoir le cœur net. UBS a été citée à comparaître et est menacée de tentative de manipulation de taux. Elle a décidé de « coopérer », espérant ainsi réduire l’amende potentielle. L’enquête cherche aussi à déterminer s’il y a eu « entente », action de concert. Les banques se sont-elles entendues de 2008 à 2011 pour maintenir le taux bas ? Crédit Suisse, la Société générale, Citigroup, Barclays… sont dans le collimateur des agences de contrôle

Il y a fort à parier que cette bataille juridico-financières durera des années. Elle se terminera sans doute comme toutes les autres batailles : à l’amiable, avec un gros chèque à la clé.

Toujours pour les mêmes raisons : le lobby des banques est l’un des plus puissants qui soit, il est très fortement imbriqué au monde politique américain qui en dépend, et l’argent est le nerf de la guerre. Un sujet que nous connaissons que trop bien…

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