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Les trois scénarios de l'avenir du PS après la victoire potentielle de Benoît Hamon (et le plus vraisemblable vu d'aujourd’hui est-il vraiment le plus probable ?)
©Reuters/Charles Platiau

S'alliera, s'alliera pas

Les trois scénarios de l'avenir du PS après la victoire potentielle de Benoît Hamon (et le plus vraisemblable vu d'aujourd’hui est-il vraiment le plus probable ?)

Benoit Hamon sort vainqueur du premier tour des primaires et semble bien parti pour continuer sur sa lancée au second. Mais qu'en est-il de l'après primaire ? Quel avenir pour le parti socialiste face aux favoris des présidentielles ? Trois scénarios possibles :

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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1 - Une alliance avec Mélenchon

Christophe De VoogdJe commencerai par dire qu’il faut être prudent : Manuel Valls n’a pas encore perdu et il n’est pas homme à vite baisser pavillon. Il s’est enfin décidé à refaire « du Valls » depuis dimanche soir et c’est un redoutable débatteur. La comparaison Hamon/Fillon a, de plus, ses limites : près de 20 points séparaient Fillon de Juppé au premier tour de la primaire de droite ; 5 cette fois-ci (aux incertitudes de résultats près!).

Ceci dit, la dynamique est du côté de Hamon : un rapprochement avec Mélenchon apparaît le plus logique entre deux hommes portés à la dépense publique sans limites, pratiquant -surtout Hamon -le politiquement correct sur l’immigration et l’Islam, et viscéralement anti-libéraux. Ils s’accorderont sans peine sur un matraquage fiscal et réglementaire, notamment des entreprises. En tant que spécialiste de rhétorique je suis frappé par leur vocabulaire commun : « contraindre », « forcer », « interdire » et « imposer » (dans tous les sens du terme). La liberté n’a qu’à bien se tenir. Le seul problème c’est qu’il y a un candidat de trop : si Benoît Hamon gagne largement la primaire, laissera-t-il sa place ? Ce qui est sûr c’est que Mélenchon ne laissera jamais la sienne. Si accord il y a (donc sur la candidature de Mélenchon) la base d’un nouveau parti très à gauche un peu comme die Linke en Allemagne sera bien là. Mais je doute que les élus socialistes soient nombreux à le rejoindre.  
 

2- Une alliance avec Macron

Christophe De Voogd : En effet tout oppose les deux hommes sur le plan économique, ce qui est tout de même la base de tout ; notamment de la redistribution sociale ; et c’est le point de départ du leader d’ « En Marche ». Macron est un vrai libéral, à l’opposé du dirigisme punitif d’un Hamon. Jamais le premier, qui fonde toute son image sur la modernité et le progrès, n’acceptera de taxer les robots. L’homme qui a inspiré le pacte de stabilité et la réforme du code du travail est aux antipodes d’un frondeur qui s’est opposé précisément à ces deux mesures.

Macron est certes aussi libéral sur les questions sociétales mais je vois mal un programme commun fondé sur la légalisation du cannabis ! On attend les propositions de Macron sur les sujets régaliens comme la lutte contre la délinquance et le terrorisme : il est possible qu’il soit proche de Hamon là-dessus. Mais la vraie question est : quel est l’intérêt politique pour le premier de se rapprocher d’un candidat socialiste très marqué à gauche ? Ce serait offrir un argument en or à F. Fillon sur le thème de « Macron héritier et faux-nez du socialisme ». Et sur le fond, cela plomberait sa candidature dans la majorité de l’électorat français qui est en demande d’autorité forte et de laïcité ferme ; sujets qui seront décisifs au moins au second tour des présidentielles, et sur lesquels il est déjà, à mon sens, en position de fragilité.

3- Une candidature isolée

Christophe De VoogdC’est sans doute le scénario que Hamon a en tête. Mais deux conditions sont requises : une mobilisation bien plus forte au second tour de la primaire et une très large victoire « à la Fillon ». J’ai des doutes, surtout sur la première, d’autant que les « cafouillages » (pour ne pas dire plus) du premier tour ne vont certainement pas stimuler les électeurs. Le talent oratoire de B. Hamon, son bon contact humain, la bonne adéquation entre sa personne et son message, son ouverture sur des questions nouvelles comme la transition énergétique ou le revenu universel (je ne parle pas de ses réponses) peuvent le faire progresser par rapport au score médiocre qui lui est actuellement promis.

Mais la loi d’airain de cette présidentielle ne lui est pas favorable : il manque tout simplement d’espace politique entre Mélenchon et Macron, et ce serait le cas pour tout candidat socialiste. Il est impossible que dans la configuration actuelle il dépasse les 10%. Attention au syndrome médiatique du « tout nouveau, tout beau » ! Mais s’il atteint ce score, cela le posera en bonne position pour opérer la reconstruction à gauche. Reconstruction d’après chaos, qui est la prévision la plus sûre que l’on peut faire, quels que soient les candidats : car le parti socialiste ne peut pas sortir indemne du moment actuel, comme cette semaine va encore le prouver.

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