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Contrairement à toute attente, les taux d’intérêt remontent et la valeur des actions baisse.
Contrairement à toute attente, les taux d’intérêt remontent et la valeur des actions baisse.
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L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Les taux remontent et la bourse baisse : début du krach ou retour à la normale ?

De New-York à Paris, le petit monde de la finance et de la politique se perd en conjectures. Contrairement à toute attente, les taux d’intérêt remontent et la valeur des actions baisse. Les plus pessimistes expliquent que c’est le début du krach. Les plus optimistes pensent que tout redevient normal. Incompréhensible ? Pas forcément.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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L’évènement cette semaine sur le front de l’économie aurait pu passer inaperçu tellement il parait marginal pour le commun des mortels. Il combine deux phénomènes.

Le premier, assez étonnant, concerne les taux d’intérêt. Ces derniers ont amorcé une remontée assez spectaculaire cette semaine en Europe notamment. Depuis des mois et des mois on s’était tellement habitué à des taux d’intérêt très bas, proches de zéro et même des taux négatifs, que les opérateurs ont failli en avaler leurs calculettes. Les taux à long terme sont passés en moyenne de 0% à 0,5%, en France ils ont touché les 0,8%. Ce mouvement n’a pas épargné les Etats-Unis où les taux se sont installés au dessus des 2%.

A partir de ce renversement de tendances, une majorité d’analystes se sont mis à redouter un risque de bulle obligataire en Europe avec, évidemment, au bout du bout un risque de krach. Il est évident pour tout le monde que si les taux d’intérêt très bas ont l’avantage de permette un financement de la dette très facile, ils portent en germe un risque de retournement brutal. Si les gouvernements en profitaient pour réduire leur déficit et si les économies repartaient, la remontée des taux d’intérêt serait amortie mais, comme ce n’est pas le cas, notamment en France, beaucoup ont pris peur. 

Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, qui n’est déjà pas en temps normal le roi des joyeux drilles, a pris cette semaine la tête des très mauvais jours implorant une fois de plus le gouvernement de faire les réformes qu'il se refuse à engager depuis trois ans. L’amélioration de l’équilibre des comptes publics est très artificielle. 

Le montant des dépenses publiques n’a absolument pas baissé. Et si le déficit de fonctionnement s’est un peu rapproché de la norme européenne, c’est parce que le coût de la dette a diminué. Le seul poste qui se soit dégonflé est celui du coût de la dette. Il suffirait donc d’une remontée des taux pour que l’horizon se bouche à nouveau. On ne tremble pas encore chez les gérants d’assurance vie, mais on se dit qu'à un moment il va falloir faire les comptes entre ce que l’on a promis de payer aux assurés et ce que l’on offre comme rémunération aux épargnants. 

Du coté de Bercy, on a regardé ce mouvement à la loupe et on a envoyé à l’Elysée une note très rassurante. « La remontée des taux s’explique par une anticipation d’un resserrement de la politique monétaire américaine et par une amélioration des perspectives économiques en Europe particulièrement en Allemagne qui serait sortie de la zone de risque déflationniste ».  

Pour faire plus simple, les spécialistes de la direction du Trésor reconnaissent que des taux zéro sont particulièrement malsains, qu’ils n’encouragent absolument pas l’investissement puisqu’ils ne rémunèrent plus le risque et qu’il faudra bien en sortir un jour. En attendant, les taux bas agissent comme de la drogue. Ils font croire aux gouvernements qu’ils ont de la marge pour manœuvrer, du coup, ils en profitent pour ne faire absolument rien. La gouvernance française a beaucoup de talent dans ce genre d’exercice. La mère de Napoléon disait toujours, « pourvu que ça dure…» 

En attendant, du côté du Trésor, on estime qu’il n’y pas de grands risques de krach tant que la banque centrale continuera de nous livrer une politique monétaire aussi généreuse. C’est parfait !  Les gouvernements peuvent dormir tranquilles encore quelques temps. Le Waterloo économique et monétaire est encore loin.

Le deuxième phénomène, c’est la baisse de valeur sur le marché des actions. Entre 1 et 2 % de baisse par jour pour des titres qui avaient battu leur record historique et retrouvé plus que la valeur d’avant crise. Du coup, la chute parait brutale. Comme toujours, les optimistes considèrent que l'on assiste actuellement à une pause, une sorte de pallier de décompression avant de reprendre l’ascension vers la fortune. Les plus pessimistes rappellent que la hausse boursière depuis un an est alimentée par les liquidités des banques centrales, qu'elle est donc totalement artificielle, et qu'un jour ou l’autre, il faudra bien remettre les compteurs à zéro comme en 2001 ou en 2008. En moyenne tous les 7 ans. La valeur boursière doit refléter, qu'on le veuille ou non, la valeur économique. Or, en termes d’activités, de créations de richesses et d’emplois, il y a un découplage entre la valeur monétaire et la valeur réelle.

En attendant, dans les salles de marché ou dans les grands fonds d’investissement, on estime ne pas être à la veille d’un réajustement brutal, donc on ne descend pas du train. Sauf que l’on se rapproche quand même de la sortie, pour ne pas être les derniers à sauter. 

Là encore, on estime en France que le système tiendra bien en équilibre encore au moins deux ans. Ce qui est décourageant quand on rapporte les évolutions de marché à l’action politique, c’est que l'on se retrouve chaque fois confronté aux réalités. La rencontre est souvent brutale.

D’abord, on sait très bien que les marchés finissent par avoir raison. On peut ne pas l’accepter mais on est bien obligé de l’assumer. Quoiqu’il arrive, il faut que les retraites soient payées à moins d’accepter de ruiner les retraités. Quoi qu'il arrive, un entrepreneur n’investira et créera de la richesse et de l’investissement que, si et seulement si, le risque qu’il prend sera rémunéré. Ce qui n’est plus le cas. Donc il n’investit pas. Il s’en va gérer de la dette publique dans des hedges funds. C’est beaucoup plus rentable que de jouer au football ou monter des usines à Shanghai. 

Ensuite, on sait que les marchés laissent du temps aux responsables politiques pour qu’ils adaptent les structures du système aux évolutions inéluctables. Les lubrifiants monétaires sont là pour ça. Ils sont moins douloureux que le jeu de l’emploi comme variable d’ajustement. 

Enfin, on sait aussi qu'il faut, d’une façon ou d’une autre, s’adapter au monde tel qu’il est. Ce qui est désespérant dans le cas de la France, c’est que nos gouvernants sont comme ceux de la Grèce, ils refusent cette réalité. Ils pensent que les autres vont faire le travail. Que le monde va changer pour se plier à nos habitudes. 

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