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Osez la nouvelle mode du dîner chez de parfaits inconnus.
Osez la nouvelle mode du dîner chez de parfaits inconnus.
©Reuters

Convivialité

Les restaurants vous ennuient ? Offrez-vous un dîner chez un inconnu

Alors qu'Airbnb connaît un véritable succès sur Internet, un nouveau site s'attaque au marché de l'économie sociale en offrant la possibilité aux internautes de réserver un dîner chez un parfait inconnu. Pour l'équipe du site Voulez-vous Dîner, ceci constitue un revenu complémentaire et surtout un bon moyen pour sociabiliser.

Rien de tel qu’un bon dîner avec des personnes que vous ne connaissez pas pour commencer la semaine. C’est ce que propose le nouveau site Internet Voulez-vous Dîner, sur le modèle du site Airbnb qui offre aux individus la possibilité de louer ou de mettre en location leur appartement. Le concept initial de Voulez-vous Dîner, lancé en octobre 2010 par Renaud Maigne, s’adressait aux touristes de passage à Paris désireux de s’initier aux pratiques culinaires françaises. Il s’agissait donc, pour son fondateur, de mettre en relation des hôtes de sa connaissance avec des étrangers en voyage dans la capitale. Afin d’appâter le client, des prospectus avaient été laissés à l’Office du tourisme de Paris, sur lesquels est un jour tombée Sacha Brodsky.

Pianiste et fondatrice de sa propre marque de vaisselle en porcelaine peinte à la main, Sacha a décidé de franchir le cap, il y a quelques mois, en se lançant dans la préparation de repas pour de parfaits inconnus. "Je reconnais cependant que l’idée m’effrayait un peu au départ. Recevoir des inconnus, chez moi, seule…Je craignais que cela puisse éventuellement mal tourner, tomber sur des fous qui me mangeraient ! ". N’ayant toujours pas fait office de repas à ce jour, c’est en grand professionnalisme qu’elle nous a reçu pour son "Diner concert" affiché sur le site à 58 euros. Accompagné d’un ami mexicain de passage à Paris, c’est effectivement dans un beau salon haussmannien que je pénètre. Nous faisons alors la connaissance d’Isabelle, qui travaille pour une grande marque de joaillerie américaine, et d’Arnaud Mary, le concepteur du site Internet dont la nouvelle version est mise en ligne depuis le mois d’avril. Aussitôt munis de deux coupes de champagne, nous entamons la conversation afin d’en savoir plus au sujet de chacun. Je pose alors mes premières questions à Arnaud qui me révèle qu’à ce stade, Voulez-vous Dîner compte une petite centaine d’hôtes inscrits, avec à son actif près d’une quarantaine de dîners organisés, à raison de trois par semaine. "Bien que la majorité des dîners soient proposés en France, certains hôtes américains et australiens en proposent également", ajoute Arnaud.

Parce que la formule proposée contient le mot "concert" et parce qu’un grand piano occupe une bonne partie de la pièce principale, Sacha nous propose donc un intermède musical d’une grande émotion. L’interprétation de Chopin par Sacha fait briller les yeux de chacun des convives. Les deux morceaux sont suivis par un silence, puis de vifs applaudissements et enfin de compliments. Ayant rempli la première partie de son contrat, elle nous convie dans la pièce d’à-côté afin de commencer le dîner.

De nombreuses assiettes en porcelaine ornent les murs de la salle à manger, ainsi que de nombreux autres éléments de vaisselle, tous différents les uns des autres. "Je propose à chacun de mes clients une création unique. Nous nous entretenons pendant une heure, et à l’issue de cet entretien, je conçois une assiette originale, selon ce que la personne m’a fait ressentir d’elle-même". C’est donc dans de belles assiettes signées Sacha Brodsky que nous entamons le dîner. Au menu : crème de légumes épicées servie dans un coquetier fait main ; salade au saumon, artichaut et citron ; poisson "Tour Eiffel" sur rivière de riz blanc, agrémenté de fleurs de lotus (un délice !) ; assiette de fromages ; succulent moelleux au chocolat caramel accompagné d’une addictive glace à la pastèque ; et bien évidemment, parce que le dîner a lieu dans un bel appartement haussmannien, un très bon vin blanc et rouge du baron Haussmann pour accompagner la soirée. Le souci du détail jusqu’au bout. Sacha en profite pour nous révéler que "chaque dîner donne lieu à de nouveaux plats". "Qu’est-ce qui nous garantit que ce n’est pas du Picard ?", lance alors pour rire l’un des convives. Mon regard se tourne alors vers Arnaud, afin d’en savoir plus quant à l’authentification et à la qualité des menus qui sont proposés sur Voulez-vous Dîner. "Nous faisons le pari du social, c’est-à-dire que nous voulons que le site soit ouvert à tous. Par conséquent, nous ne vérifions pas les dîners proposés.  Nous envisageons cependant, dans un avenir proche, la création d’un label Voulez-vous Dîner. Néanmoins, nous comptons sur les avis clients afin de construire la réputation des hôtes ". Sacha saute sur l’occasion pour proposer à Arnaud d’évaluer également les invités car une mésaventure lui est déjà arrivée : un couple avait en effet annulé le dîner à la dernière minute.

Alors que nous ne nous connaissions absolument pas au début de la soirée, l’atmosphère était telle pendant le dîner que nous avions l’impression de nous retrouver, un lundi soir, entre amis. Les sujets de conversation ont tous été amenés avec une grande facilité : de la violence au Mexique aux avantages procurés par la révolution des technologies de communication, en passant par les diamants ou bien la hantise d’être enterré vivant comme Uma Thurman dans Kill Bill.

N’oubliant tout de même pas la raison première de ma présence à ce dîner (le reportage !), j’oriente à nouveau la conversation sur le concept même du site Voulez-vous Dîner. "Hormis le fait de pouvoir se constituer un revenu d’appoint, l’un des intérêts du projet réside véritablement dans son aspect convivial", précise Arnaud. "Rencontrer des personnes que n’aurions pas la possibilité de rencontrer nécessairement dans la vie demeure le seul attrait de l’expérience" pour Sacha. "En aucun cas je ne fais cela pour l’argent, car il est impossible que cela puisse constituer un revenu complémentaire. Pour un dîner de six personnes, s’il reste à peine 20 euros de bénéfice à la fin, je peux déjà m’estimer heureuse. A hauteur de 2/3 dîners par mois, on ne peut pas dire que je puisse aller très loin ! Ou alors il faudrait que je fasse de très nombreux dîners !", reconnaît Sacha. Se pose alors la question de la rentabilité d’un repas pour l’hôte : comment évaluer le prix d’un repas afin que celui-ci soit rentable ? La question est d’autant plus difficile qu’il convient de prendre en compte le temps passé à la préparation. Je demande également à Arnaud plus de détails sur le modèle économique de Voulez-vous Dîner : "Nous fixons une commission de 20% sur le prix de chaque dîner : ainsi, un dîner proposé initialement par l’hôte à 20 euros est affiché sur le site 24 euros. Ensuite, sur les 20 euros par tête, nous prenons 9 euros par repas."

Arnaud profite de ce moment pour rappeler l’offre promotionnelle du moment sur le site, qui propose un dîner gratuit pour un dîner acheté, allant jusqu’à émettre l’idée que des hôtes puissent prochainement proposer des repas gratuits. "Cela risque d’avoir un effet 'soupe populaire', amplifiant la probabilité pour que des psychopathes puissent venir chez vous pour tout autre chose que partager un repas" s’offusque Sacha. Cette proposition fait partie de celles auxquelles Arnaud et le reste de l’équipe de Voulez-vous dîner songent afin d’attirer et de fidéliser de plus en plus de personnes. "Nous avons également mis en place un système de parrainage", ajoute-t-il.

Alors que les propositions continuent de fuser, Sacha en profite pour nous révéler les nouvelles idées qu’elle a afin de rendre l’expérience toujours plus attrayante : "Pourquoi pas proposer un atelier d’initiation à la peinture sur porcelaine, afin que chacun puisse repartir avec sa propre assiette ; ou alors, entreprendre une création originale devant les invités. Je songe même à instaurer, une fois par mois, une soirée échecs car j’adore ce jeu."

N’ayant pas regardé l’heure de la soirée, je songe, à un moment donné, à le faire. 2h45 du matin ! "Et l’idée d’une heure limite de fin de la soirée ?" finis-je par proposer.

Reportage réalisé par Thomas Sila

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