Les raisons pour lesquelles Hillary Clinton est soupçonnée d’être manipulée par Goldman Sachs<!-- --> | Atlantico.fr
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Hillary Clinton est comme tous les candidats, elle passe à la lessiveuse pour reprendre le langage des équipes de campagne. Et elle apparaît sévèrement secouée. Il faut dire qu'elle est particulièrement ciblée.
Hillary Clinton est comme tous les candidats, elle passe à la lessiveuse pour reprendre le langage des équipes de campagne. Et elle apparaît sévèrement secouée. Il faut dire qu'elle est particulièrement ciblée.
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Atlantico Business

Désignée comme la candidate officielle des démocrates, Hillary Clinton se retrouve face à de terrifiantes campagnes de dénigrement. La dernière en date : celle qui la soupçonne d’être tenue par Goldman Sachs.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Les campagnes présidentielles américaines n'ont rien d'un parcours de santé pour Bisounours désœuvrés ou romantiques. Tous les coups sont permis, y compris les plus sordides et les plus violents.

Hillary Clinton a été soupçonnée de tout et n'importe quoi : son laxisme pervers dans la gestion des faiblesses sexuelles de son mari, ses imprudences quant à l'utilisation de mails privés pour correspondre sur des faits touchant à la sécurité du pays, son arrivisme forcené, sa cupidité apparue après le départ de Bill Clinton de la Maison Blanche, sa gestion pas très rigoureuse de la fondation qu'elle a fondée avec son mari et last but not least, ses relations ambiguës avec la banque Goldman Sachs qui l'aurait grassement payée pour des conseils et des conférences - ce qui entache son intégrité et sa droiture.

Cette rumeur court dans les rues de New York depuis quelques semaines et s'avère particulièrement pernicieuse. 

La démocratie américaine n'a jamais fait de cadeaux à tous ceux qui voulaient s'y frotter pour accéder au pouvoir. Tous les présidents américains ont essuyé des tempêtes terribles. Parfois, ils tombent de cheval en plein course comme Richard Nixon. Parfois, ils en sortent grandis. Steven Spielberg a accusé et démontré qu'Abraham Lincoln avait dû se livrer à un tas de manœuvres nauséabondes et financières pour obtenir une majorité capable de voter l'abolition de l'esclavage, mais qu'il n'avait pas pour autant abîmé son image de président américain.

Hillary Clinton est comme tous les candidats, elle passe à la lessiveuse pour reprendre le langage des équipes de campagne. Et elle apparaît sévèrement secouée. Il faut dire qu'elle est particulièrement ciblée. 

D'abord parce que c'est une femme et que pour la première fois, une femme est en position de prendre la présidence des Etats-Unis. Le pays a beau être celui de la modernité, il reste encore très conservateur. L'arrivée d'une femme serait presque plus innovant que ne le fut l'arrivée d'un Noir.

Ensuite, parce qu'Hillary Clinton n'a pas un charisme de folie et surtout ne dégage pas une empathie délirante. D'autant que son bilan en politique étrangère dans l'équipe Obama ne laissera pas une trace exceptionnelle.

Enfin, parce que son adversaire ne fait pas dans la dentelle. Donald Trump n'est pas un modèle de distinction, et d'élégance a fortiori avec les femmes. 

L'arrivée de Goldman Sachs dans le débat va prendre une dimension particulière parce que c'est Goldman Sachs et que Goldman reste qu'on le veuille ou non, l'ennemi public numéro 1.

Goldman est une énorme banque d'investissement et de marché, mais son impact et son image va bien au-delà. Pour beaucoup, c'est "la Firme" dont le cinéma a mille fois démontré l'influence. Pour beaucoup, Goldman abrite l'une des sectes les plus puissantes du monde, capable de tricoter ou de détricoter des empires industriels, d'apporter des financements à des pays fragiles et de les mettre à genoux pour qu'ils remboursent.

C'est une organisation assez mystérieuse pour tous ceux qui n'y sont jamais allés mais qui a un talent fou pour se créer un réseau dans le monde entier.

Quand José Manuel Barroso, l'ancien président de la Commission européenne est engagé chez Goldman, tout le monde sait que ça n'est pas pour son expertise dans l'ingénierie des produits dérivés, mais pour son carnet d'adresses dans l'Europe du Sud. 

Mêmes des ministres ou chefs d'Etat sont passés par Goldman... N'est-ce pas Mario Draghi, l'actuel président de la Banque centrale européenne qui auparavant a fait une partie de sa carrière chez Goldman dans le montage des financements d'Etat ?

N'est-ce pas Mario Monti, l'ancien commissaire européen, devenu chef du gouvernement italien à la demande des créanciers de l'Italie (parmi lesquels il y avait Goldman) qui avait lui-même travaillé quelques années dans les bureaux de Goldman ?

Enfin, dernière relation qui a fait couler beaucoup d'encre : le rôle de John Paulson, secrétaire d'Etat dans l'équipe Bush quand il a décidé la faillite de la banque Lehman Brothers, ce qui a précipité le monde entier dans une crise historique.

Or, ce qui est troublant dans cette affaire, c'est que Lehman Brothers était le principal concurrent de Goldman et que Paulson avait été, avant d'entrer dans l'équipe Bush, président de Goldman. Il y a des coïncidences fâcheuses.

Mais passons. Passons aussi sur le fait que la banque américaine a depuis le 19e siècle été dominée par, d'un côté des familles juives, de l'autre des familles protestantes. 

Or, plus d'un siècle plus tard, au moment des subprimes, certains commentateurs soulignaient avec quelques perfidies que Lehman était d'origine protestante, alors que Goldman était d'essence juive.

Il y a encore aujourd'hui un peu d'antisémitisme dans la critique à l'encontre de Goldman. Mais pas seulement bien sûr. 

Accuser Hillary Clinton d'avoir eu des liaisons interdites par la morale politique ou des connexions avec Goldman Sachs n'est donc pas neutre. Qu'en est-il au juste ? La presse américaine lui reproche d'avoir accepté de faire des conférences à la demande de Goldman pour certains gros clients. Et de se faire payer plusieurs centaines de milliers de dollars. Classique. Banal.

Sauf que l'arrivée probable d'Hillary Clinton à la Maison Blanche ne serait pas banale. Et que Goldman Sachs n'a rien d'une banque classique

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